Interrogé à son tour par la commission des lois, Patrick Strzoda est revenu sur l'affaire Benalla. Le directeur de cabinet du président de la République "assume" ne pas avoir saisi la justice. Il déplore aussi le "comportement individuel fautif" de l'embarrassant conseiller.

Le directeur de cabinet du président de la République, Patrick Strzoda, devant la commission des lois de l'Assemblée nationale.
Le directeur de cabinet du président de la République, Patrick Strzoda, devant la commission des lois de l'Assemblée nationale.

L'audition de Patrick Strzoda était très attendue. Et pour cause, le directeur de cabinet du chef de l'Etat est le supérieur hiérarchique d'Alexandre Benalla filmé en train de violenter deux manifestants le 1er mai dernier. "C'est moi qui ai signé son contrat de travail", "je l'ai autorisé à assister à cette mission des forces de l'ordre", "j'ai pris seul (la décision de sa sanction)" sont quelques unes des phrases à retenir de ses deux heures d'interrogatoire.

J'assume", Patrick Strzoda en parlant de sa décision de ne pas saisir la justice.

Plutôt que de saisir la justice, le directeur de cabinet du président de la République a donc mis à pied Alexandre Benalla pendant 15 jours. Une sanction assortie d'une suspension de traitement et suivie d'une rétrogradation. "Les éléments dont je disposais le 2 mai, donc le lendemain, m'ont conduit à cette sanction, que j'ai considérée comme adaptée, proportionnée à un comportement individuel fautif", a-t-il déclaré devant les députés en précisant qu'elle était assortie d'un limogeage en cas de récidive. 

Il a dépeint Alexandre Benalla, embauché à l'Elysée parce qu'il s'occupait de la sécurité de la campagne du candidat Emmanuel Macron, en professionnel qui "excellait" dans ses missions de coordination de la sécurité des déplacements du président, de gestion des invitations aux cérémonies du 14-Juillet et d'organisation des voyages privés du président.

Les députés protestent contre un manque de transparence

Patrick Strzoda a ensuite promis d'être "très précis" sur une question qui venait de lui être posée sur la rémunération et les avantages que touchait Alexandre Benalla. Il a d'abord démenti les rumeurs faisant état d'un salaire de 10 000 euros mensuels. "C'est faux !" s'est-il emporté. Répétant ce même "c'est faux !" aux rumeurs sur son logement de fonction de 200 à 300 m² ou sur sa future nomination en tant que sous-préfet.

Le directeur de cabinet a pourtant fini par provoquer les rires et protestations des députés quand il termina sa réponse par un "quels sont les avantages ? Je ne pourrais pas y répondre". Patrick Strozda invoque alors le principe de séparation des pouvoirs.

Le coupable idéal ?

Tout au long de son audition, Patrick Strzoda s'est posé comme défenseur de l'intérêt premier de l'État. À quelques mois de la retraite, le directeur de cabinet de l'Élysée a rappelé sa longue carrière préfectorale, au service de la République. Le député UDI Jean-Christophe Lagarde s'est d'ailleurs dit "gêné" après cette nouvelle séance de questions.

Patrick Strzoda ayant confirmé être celui qui a autorisé Alexandre Benalla à assister à la manifestation du 1er mai, et ayant assumé sa décision de ne pas saisir la justice, le député PS Olivier Faure pense qu'il "cherche à jouer le fusible" dans cette affaire. 

Alexis Corbière regrette lui que cette audition se soit faite "sous liberté surveillée" du président de la République. "Il n'avait pas donné mandat à son directeur de cabinet pour répondre à toutes les questions", déplore le député France Insoumise qui demande une nouvelle fois l'audition d'Emmanuel Macron.

Après l'audition de la patronne de l'IGPN ce mardi soir, ce sera au tour du général Éric Bio-Farina, commandant militaire de l'Élysée, et du colonel Lionel Lavergne, chef du Groupe de sécurité de la présidence de la République, d'être entendu par la commission d'enquête ce mercredi 25 juillet.

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