Pour la deuxième fois de son histoire, le Front national accède au second tour de la présidentielle. En 2002 le vote contre Jean-Marie Le Pen avait été massif. Mais face à Marine ?

Bulletin de vote pour Marine Le Pen lors du premier tour de la présidentielle
Bulletin de vote pour Marine Le Pen lors du premier tour de la présidentielle © Reuters / Regis Duvignau

Le 21 avril 2002, on parlait de séisme politique, avec l'apparition totalement inattendue du visage de Jean-Marie Le Pen face à celui de Jacques Chirac. Un séisme qui avait durablement bouleversé le paysage politique français, poussant même Lionel Jospin, le candidat socialiste à cette élection, à se retirer de la vie politique lors d'une déclaration fracassante. Au second tour, Jacques Chirac avait alors bénéficié d'un vote massif "contre" le Front national, récoltant un score record de 82,21 % des suffrages.

Le 23 avril 2017, tout a changé. Difficile de parler de véritable surprise en voyant arriver Marine Le Pen au second tour. La candidate du Front national était attendue, annoncée assez haut dans les sondages et dans les esprits. Face à elle, Emmanuel Macron, un candidat qui n'a pas forcément le profil du rassembleur, tant certains de ses adversaires ont mené campagne, notamment, contre lui et son statut "d'héritier" du quinquennat précédent.

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Convaincre de voter, même à reculons ?

Alors, pour qui voteront les électeurs dont le candidat a été éliminé lors du premier tour ? Verra-t-on un "front républicain" ? Le concept a du plomb dans l'aile depuis un bon moment, on l'a vu notamment lors des dernières municipales et régionales, où certains candidats ont refusé de se retirer dans des triangulaires au profit du candidat le mieux placé pour "faire barrage" au Front national.

Mais la présidentielle, c'est une autre affaire. Et côté politiques, on a presque ressenti l'impression de gravité de la situation dans les réactions des uns et des autres. En toute logique et sans aucune surprise, les représentants du PS et du gouvernement, qu'ils aient ou non déjà rejoint le fils prodigue, ont appelé presque immédiatement à voter pour Emmanuel Macron. Cela a été le cas de Benoît Hamon, appelant depuis son QG de campagne à battre "le plus fortement possible" la candidate du Front national, puis du Premier ministre Bernard Cazeneuve, de Manuel Valls, de Stéphane Le Foll, de Jean-Marc Ayrault ou de Marisol Touraine.

François Fillon votera Macron

Cela a été aussi le cas très rapidement dans le camp adverse : François Fillon a appelé "à voter contre l'extrême-droite et donc "en faveur d'Emmanuel Macron". Reprenant l'appel déjà lancé par d'autres ténors de la droite comme Jean-Pierre Raffarin, Nathalie Kosciusko-Morizet, François Baroin, Laurent Wauquiez ou Christian Estrosi. Alain Juppé, finaliste de la primaire, a lui aussi appelé à voter Macron "contre l'extrême-droite qui conduirait la France au désastre".

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Sauf que c'est peut-être du côté des électeurs que la machine pourrait se gripper. La campagne a été particulièrement dure, tout comme les critiques contre Emmanuel Macron, désigné selon les candidats comme l'héritier de François Hollande, le candidat des banques, ou plus sobrement comme un candidat inexpérimenté et incapable de gouverner. Des attaques que les militants eux-mêmes ont reprises et relayées. Chez les soutiens de Jean-Luc Mélenchon ou de François Fillon par exemple, l'image du candidat de "En Marche" est souvent désastreuse et en fera sûrement réfléchir beaucoup le jour du second tour.

Selon un sondage Ipsos Sopra Steria, Emmanuel Macron part assez largement favori : 62 % des personnes interrogées ce dimanche soir pensent voter pour Emmanuel Macron au second tour, contre 38 % pour Marine Le Pen. Les électeurs de Benoît Hamon sont les plus mobilisés : 79 % d'entre eux comptent reporter leur suffrage sur le candidat de "En Marche" (9 % voteront Marine Le Pen). Parmi les soutiens de Jean-Luc Mélenchon, ils sont 62 %, un chiffre qui tombe à 48 % chez les électeurs de François Fillon. Ces derniers sont 33 % à dire vouloir voter pour Marine Le Pen...

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Et les premiers à voir cette limite au "front républicain", ce sont les représentants du Front national. Son vice-président Florian Philippot a ainsi appelé "tous les électeurs, y compris ceux de Fillon" à voter pour Marine Le Pen au second tour. Tout en parlant aussi aux nombreux déçus du quinquennat qui s'achève : "Macron est, depuis le premier jour, le candidat de François Hollande. Les Français ne voudront pas repartir pour cinq ans de plus." Reste à savoir s'ils sont davantage prêts à un quinquennat mené par Marine Le Pen.

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