Quelques passes d'armes, des punchlines, des menottes et des morceaux du mur de Berlin : voici ce qu'il ne fallait pas rater du premier débat des européennes jeudi soir sur France 2 et France Inter.

Le grand débat des Européennes, en direct sur France Inter et France 2
Le grand débat des Européennes, en direct sur France Inter et France 2 © Capture d'écran

La campagne pour les élections européennes a commencé ce jeudi soir. Les douze principales têtes de liste ont commencé à débattre peu après 21H05 et ont terminé plus de trois heures après, vers 00H20. 

En conclusion

Après plus de trois heures de débat, les tête de liste ont eu quelques minutes pour conclure. Nathalie Loiseau, François Xavier-Bellamy et Jean-Christophe Lagarde ont tous les trois appelé à la constitution d'une “Europe forte”. Jordan Bardella appelle lui à suivre “la voix des peuples”.

Raphaël Glucksmann a, lui, une nouvelle fois tendu la main à Benoît Hamon et Yannick Jadot : “Si la situation est si grave, pourquoi on n’est pas en train de se battre ensemble ? On a exposé des idées, c’était presque les mêmes.”

Les candidats, s’ils sont élus, finiront leur mandat (sauf François Asselineau)

00h00 - Ils se sont engagés : la quasi totalité des têtes de liste iront au bout de leur mandat s’ils sont élus le 26 mai prochain. Une abstention, néanmoins, celle de François Asselineau, qui “compte bien être candidat à l’élection présidentielle”.

Seul François Asselineau ne s'engage pas à terminer son mandat, s'il est élu.
Seul François Asselineau ne s'engage pas à terminer son mandat, s'il est élu. / Capture d'écran France 2

Nathalie Loiseau (encore) attaquée sur le glyphosate

23h30 - Dans un nouveau vote proposé aux candidats, tout le monde s’est prononcé pour l’interdiction du glyphosate d’ici 2023. Manon Aubry fait remarquer à Nathalie Loiseau que les députés LREM ont voté contre l’interdiction de l’herbicide en France d'ici 2021, à l’Assemblée nationale. Réponse de la tête de la liste de la majorité : “Nous nous sommes engagés à sortir du glyphosate en trois ans en ne laissant personne au bord du chemin. Nous avons des solutions pour 90% des territoires, nous avons accentué la recherche pour les 10% qui restent.”

Débat sur le financement de l’UE

23h15 - Dans une séquence consacrée au financement de l’Union européenne, Florian Philippot, qui prône une sortie de l’UE, estime qu’il est “scandaleux” de donner à l’Europe plus que ce que la France reçoit. Mise au point de Nathalie Loiseau : “L’UE coûte à chaque Français 85 centimes par jour, moins qu’un café. Neuf milliards arrivent tous les ans pour la PAC.”

Jean-Christophe Lagarde a, lui, proposé de remplacer la contribution de la France par une taxe carbone et une taxe sur les transactions financières. Deux propositions défendues également par Benoît Hamon qui propose, dans le même temps, de changer les règles de concurrence pour éviter le dumping social des pays les plus pauvres qui bénéficient des fonds européens.

Nicolas Dupont-Aignan se fait souffler par François-Xavier Bellamy

23h00 - Invité à voter, comme les autres candidats, sur l’adhésion de la Serbie à l’Union Européenne, François-Xavier Bellamy répond “non”. Suit cet échange :

- Nicolas Dupont-Aignan: “Arnaud Danjean et Brice Hortefeux qui sont sur votre liste ont voté pour dans une résolution. Si vous avez un problème avec les membres de votre liste, je vous accueille sur celle de Debout la France !”
- François-Xavier Bellamy: “Au moins il y aura quelqu’un...”
- Nicolas Dupont-Aignan: “Ce n’est pas très… fair play...”

Accrochage entre Jordan Bardella et Nathalie Loiseau

Dans la foulée du débat sur les lobbies, Jordan Bardella a accusé Nathalie Loiseau et la République en Marche de vouloir s’allier au parti libéral ALDE, financé par Monsanto. Réponse de la tête de liste LREM : "J’aurais du mal à avoir un parti ou un groupe européen puisque je n’ai aucun député européen, à la différence de votre parti qui s’est fait financer en 2014 par une banque russe.”

Haro sur les lobbies

22h30 - Dans une séquence consacrée à la gouvernance de l’Union européenne, le débat a très vite dérivé sur la place prise par les lobbies à Bruxelles. “Ce qui se passe aujourd’hui à Bruxelles c’est de la corruption, il faut une Haute autorité de la transparence et lutter contre les lobbies”, estime Raphaël Glucksmann (une idée "piochée" selon Yannick Jadot dans le programme d'EELV). Ian Brossat, la tête de liste du PCF, ne dit pas autre chose : “Le Commissaire au climat est un ancien magnat d’une compagnie pétrolière, c’est un peu comme si on avait confié à Dracula le camion du don du sang.”

Nathalie Loiseau estime, elle, que l’on peut combattre les lobbies à Bruxelles et à Strasbourg : “On vient de les battre sur les droits d’auteurs : les GAFA se sont précipités sur les parlementaires et finalement ce sont les artistes et la culture qui ont gagné.” "Le poids des lobbies, c'est ça qui m'a poussé à m'engager en politique", raconte Manon Aubry qui veut envoyer à Bruxelles des "parlementaires de combat".

Florian Philippot, Ian Brossat, François-Xavier Bellamy s'en prennent à Nathalie Loiseau et à la politique migratoire du gouvernement 

22H00 - "Aujourd'hui Schengen est en panne", a jugé Nathalie Loiseau lors d’une séquence consacrée à l’immigration estimant qu'il fallait "renforcer les frontières extérieures" en envoyant 10.000 hommes supplémentaires pour gérer au mieux les flux migratoires. "C'est déjà prévu", a rétorqué Florian Philippot accusant le président de la République de ne rien faire d'autre que d'appliquer les ordres de la Commission européenne. La tête de liste de la République en Marche lui répond que ce sont les "chefs d'Etat et de gouvernement" qui décident.

Sur le même thème, Ian Brossat (PCF) reproche à la candidate LREM d'avoir été dans un gouvernement qui a "divisé par dix" le nombre de réfugiés accueillis en France. François-Xavier Bellamy (les Républicains) estime lui que le gouvernement n’a rien fait pour réguler l’immigration économique : “Jamais la France n’a accordé autant de titres de séjour : 258.000 en 2018.” Précision de Thomas Sotto : “Dont 19.000 réfugiés et 80.000 étudiants.”

Nicolas Dupont-Aignan compare l’Europe à un “immeuble”

21H55 - Interrogé sur Schengen, Nicolas Dupont-Aignan, qui prône le retour de frontières nationales a fait une analogie entre l’Union européenne et un “immeuble” dont le syndic de copropriété aurait décidé “de supprimer toutes les portes des appartements” : “L’immeuble devient un squat et tout le monde vient se servir dans votre frigidaire.”

Première passe d'armes, entre Manon Aubry et Yannick Jadot

21H33 - Interrogé sur le Brexit, Manon Aubry (LFI) a estimé que c’était l’occasion de remettre à plat les règles de l’UE. Puis, s’adressant à Yannick Jadot : “Moi je vous dis monsieur Jadot, ce n’est pas l’Europe à tout prix, mais l’Europe sur des bases de souveraineté populaire.” Et Yannick Jadot d’enchaîner : “J’ai bien compris que, pour vous c’est l’Europe on la change ou on la quitte, nous c’est l’Europe on y est et on la change.” 

Le ton est ensuite très vite monté, sur la question de l'écologie : “Comment faites-vous la transition écologique quand vous devez respecter les 3% de déficit ?”, demande Manon Aubry, dont le programme prône la sortie des traités européens. Yannick Jadot : “J’espère madame que vous serez élue au Parlement européen, vous verrez qu’on faire plein de choses sans changer les traités.”

Chaque candidat a apporté un objet qui représente l'Europe

21H15 - Les candidats ont eu chacun une minute pour présenter un objet qui, selon eux, représente l’Europe.

Neuf des 12 objets apportés par les candidats
Neuf des 12 objets apportés par les candidats / capture d'écran / montage FI
  • François Asselineau (UPR) a choisi une paire de menottes au couleur du drapeau européen, car selon lui, “toutes les politiques sont fixées par les traités européens et par le rapport annuel des grandes orientations économiques publiées par la Commission européenne chaque année”.
  • Florian Philippot (les Patriotes) a ramené sur le plateau une baguette de pain, symbole selon lui de “l'augmentation forte des prix lors du passage à l’euro”, des “révoltes populaires” ou du pouvoir d’achat. 
  • Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République), est venu avec un Airbus miniature, “symbole de l’Europe qui a marché, celle de la coopération à quelques pays, pas à 28. C’est tout le contraire de l’Union européenne qu’on nous impose depuis 20 ans”.
  • Jordan Bardella (Rassemblement national) a lui rapporté “sa” passoire : “L’UE est aujourd’hui incapable de protéger nos emplois, notre environnement, notre identité avec l’immigration massive, et incapable de nous protéger face au terrorisme.”
  • Jean-Christophe Lagarde (UDI - Les Européens) est venu avec des fragments du mur de Berlin, un moyen de s’en prendre à ceux qui ont pris la parole avant lui : “On vient d’entendre ceux qui veulent reconstruire des murs !”
  • Manon Aubry (la France Insoumise) a ramené un chèque de 5 milliards d'euros, “celui qu’a fait Emmanuel Macron aux 20% les plus riches avec la suppression de l’ISF”. Un chèque qui, selon la candidate “pourrait être celui qu’a fait l’UE aux multinationales qui utilisent les paradis fiscaux européens”.
  • Ian Brossat (PCF) a ramené un bracelet de naissance, symbole des services publics qui ferment “parce que depuis 20 ans, l’UE nous impose des politiques d’austérité”.
  • François Xavier-Bellamy (Les Républicains) a ramené un exemplaire de l’Iliade et l’Odyssée d’Homère. “Si je m’engage dans cette campagne, c’est parce que l’identité européenne aujourd’hui est menacée à cause de notre impuissance à faire face à la guerre économique, au défi migratoire ou au défi écologique.”
  • Yannick Jadot (Europe Ecologie les Verts) tient dans ses mains un pot de miel, fabriqué par une apicultrice de Bretagne qui a perdu “200 ruches sur 260 à cause des pesticides”
  • Benoît Hamon (Génération.s) a amené un gilet de sauvetage : “C’est ce gilet que l’Europe a tendu aux banquiers responsables de la crise de 2008, c’est aussi celui que l’Europe n’a pas tendu à des milliers de personnes qui sont mortes en Méditerranée.”
  • Raphaël Glucksmann (Place publique, PS, Nouvelle donne) a ramené, comme Jean-Christophe Lagarde, un morceau du mur de Berlin. E“Il faut s’interroger sur pourquoi aujourd’hui on reconstruit des murs : parce qu’on a trahi la promesse qu’on a faite aux Européens à la chute du mur.”
  • Nathalie Loiseau (la République en marche) a amené du piment d'Espelette : “Il y a trente ans, ce piment a failli disparaître à cause des contrefaçons venues de Chine. Les producteurs se sont organisés et ont obtenu un label européen à condition d’être au plus haut niveau de qualité.”

21H07 - Le top départ est donné.

Des chaises hautes pour trois heures de débat

Les candidats étaient arrivés autour de 18h50, les uns après les autres dans les studios de France Télévisions, situés à Saint-Cloud près de Paris. Sans surprise, les plus détendus sont ceux qui connaissent l’exercice comme Benoît Hamon, Nicolas Dupont-Aignan, François Asselineau  candidats lors de l'élection présidentielle de 2017. 

Ian Brossat (PCF) règle les derniers détails avec les organisateurs du débat.
Ian Brossat (PCF) règle les derniers détails avec les organisateurs du débat. © Radio France / Xavier Demagny

Initialement, il était prévu que les têtes de liste restent debout toute la durée du débat. Il y aura finalement des chaises hautes. Question de taille peut-être, de fatigue aussi. Difficile de rester plus de trois heures, que l’on ait 61 ans (comme François Asselineau, de l’UPR, le doyen du débat) ou 23 ans (comme Jordan Bardella, du RN, le plus jeune de tous les candidats). 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.