L'arrêté est destiné à bannir "les tenues ostentatoires qui font référence à une allégeance à des mouvements terroristes qui nous font la guerre" explique la Mairie de Cannes

Le maire de Cannes interdit le Burkini
Le maire de Cannes interdit le Burkini © Maxppp / DPA/Stephanie Pilick

Plongeurs en combinaisons, surtout ne vous risquez pas à sortir de l’eau sur une plage de Cannes. Un policier municipal pourrait confondre votre combi avec un burkini, un maillot de bain très couvrant interdit depuis le 18 juillet sur les plages de la ville, par un arrêté municipal pris par le maire LR de Cannes, David Lisnard.

L'accès aux plages et à la baignade sont interdits à compter de la signature du présent arrêté jusqu'au 31 août 2016, à toute personne n'ayant pas une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité, respectant les règles d'hygiène et de sécurité des baignades adaptées au domaine public maritime. Le port de vêtements pendant la baignade ayant une connotation contraire à ces principes est également interdit. Toute infraction fera l'objet d'un procès-verbal et sera punie de l'amende, de 1ère catégorie, soit 38 euros.

Il y a 60 ans, les moralistes s'offusquaient de l'apparition du bikini sur les plages. Cet été, c'est une combinaison de bain intitulée "burkini", une contraction des mots "burqa" et "bikini", qui enflamme l'opinion et les politiques. Un vêtement de bain, qui couvre le corps et les cheveux (mais pas le visage), porté par certaines femmes musulmanes pour se baigner. Inventé par une Australienne pour permettre à ces femmes de pratiquer les sports nautiques, il est en train de devenir en France l'enjeu d'un débat de société passionnel, irrationnel souvent, sur fond de menace terroriste.

Tout est parti de Cannes

Interrogé par l’AFP, le directeur général des services de la ville de Cannes explique qu’"il ne s'agit pas d'interdire le port de signes religieux à la plage" – on imagine en effet difficilement les policiers municipaux traquer croix, étoiles de David et croissants sur les poitrines des baigneurs -. Le but, pour Thierry Migoule, est de bannir "les tenues ostentatoires qui font référence à une allégeance à des mouvements terroristes qui nous font la guerre". Donc, porter un burkini, ou agiter le drapeau de Daech, c'est la même chose…

Cet arrêté permet d’assurer la tranquillité publique, explique David Lisnard, interrogé par France Info qui explique que la clientèle du Golfe porterait le burkini à Cannes…

Soit le burkini est plus rare que prévu, soit les femmes craignent une amende – on ne peut imaginer qu’il ne s’agisse d’une gesticulation politique –. En tout cas la Mairie précise qu'aucun burkini n'a été observé sur les plages de Cannes depuis la prise de cet arrêté.

Selon plusieurs juristes, cet arrêté n'est pas légal

La loi française interdit le port du voile intégral dans l'espace public, ici il n'est pas question de voile intégral mais de vêtement qui couvre le corps et la tête.

Serge Slama est maître de conférences en droit public à l’Université Paris Ouest-Nanterre La Défense. Il est également membre du CREDOF (Centre de recherche et d'études sur les droits fondamentaux) . Pour lui, "cet acte n'a aucune consistance juridique mais uniquement une portée politique. Le droit n'est qu'un habillage pour le message islamophobe du maire".

Le burkini n’est pas une tenue de combat de Daech

Serge Slama dénonce une décision anti-religieuse. Une bonne-sœur pourrait d'ailleurs être verbalisés si elle se risquait sur une plage.

Au début du mois d'août, une polémique était née à Marseille, puis dans la classe politique, lorsqu’un parc aquatique des Pennes-Mirabeau (Bouches-du-Rhône) avait annoncé vouloir organiser au cours d’une journée privée, une journée burkini, qu'il a finalement annulée.

Deux associations ont annoncé leur intention de porter plainte

La Ligue des Droits de l'Homme de Cannes et le Collectif de lutte contre l'islamophobie en France (CICF) vont porter plainte. La Ligue se demande "comment ne pas craindre que, par des attitudes aussi exclusives et répressives, certains de nos compatriotes ne se sentent exclus de la cité ?"

Pour Michel Tubiana, président d'honneur de la LDH, la sécurité n'est pas concerné et le maire met en péril la paix civile

La LDH précise qu'elle demandera la suspension de l'arrêté controversé devant le tribunal administratif et qu'elle saisira parallèlement le procureur de la République d'une plainte pénale contre le maire.

Quant au CICF, il rappelle "à ce maire qu'une trentaine de victimes de l'attaque de Nice étaient de confession musulmane, car le terrorisme nous vise tous indistinctement".

David Lisnard se complaît à vouloir assimiler tout signe religieux musulmans au terrorisme et à opposer les communautés musulmanes et catholiques (CICF)

Après Cannes, le 18 juillet, c'est au tour de la commune de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) interdire à son tour le burkini avec un arrêté municipal qui ressemble furieusement à celui de Cannes, puis le week-end dernier, une rixe entre une famille musulmane et des habitants du village de Sisco en Corse aurait débuté autour du port de ce vêtement de bain. Finalement, aucune des femmes ne portait de burkini. Mais il n'en a pas fallu plus pour que le débat s'enflamme, avec la décision de plusieurs maires de prendre à leur tour des arrêtés municipaux d'interdiction :  ont donc suivi Sisco, Le Touquet, Oye-Plage dans le Pas de calais, et Leucate dans l'Aude, aux dernières nouvelles.