Jeudi matin le médecin François Salachas a interpellé, avec des mots forts, le président de la République sur la crise de l'hôpital public. Il s'en explique: "Si on veut sauver l'hôpital public, ce qui est notre bien commun national, auquel les Français sont attachés, il y a un caractère d'urgence".

Le médecin François Salachas a interpellé Emmanuel Macron sur la crise de l'hôpital public lors d'une visite à la Pitié-Salpêtrière à Paris
Le médecin François Salachas a interpellé Emmanuel Macron sur la crise de l'hôpital public lors d'une visite à la Pitié-Salpêtrière à Paris © capture d'écran

"L’hôpital public est en train de flamber à la même vitesse que Notre-Dame a failli flamber, ça s’est joué à rien et, là, en ce moment, ça se joue à rien...". Jeudi matin, lors d'une visite à la Pitié-Salpêtrière à Paris, où est décédé le premier Français victime du coronavirus, Emmanuel Macron a fait face aux mots forts d'un médecin neurologue, François Salachas, l'un des membres du collectif inter-hôpitaux. "Je compte sur vous", lui a répondu le Président, s'attirant du tac au tac cette nouvelle flèche du médecin : "vous pouvez compter sur moi, l’inverse reste à prouver...". Au micro de France Inter, le médecin s'explique sur cette interpellation musclée.

FRANCE INTER : Racontez nous les coulisses de votre rencontre avec le Président, pourquoi il était important pour vous de l'interpeller sur la situation de l'hôpital public ?

FRANÇOIS SALACHAS: "Ça fait plusieurs mois qu'on essaye d'avoir l'écoute d'Emmanuel Macron, et pas seulement son écoute, qu'il s'investisse et qu'il prenne à bras le corps le problème de l'hôpital public. Jusqu'à présent, on a eu des mots de compassion, mais pas vraiment de passage à l'acte sur les mesures dont l'hôpital public a besoin en urgence. Par ailleurs, il se trouve que cette crise sanitaire annoncée - le coronavirus, dont on ne connait pas encore la magnitude - met en lumière la fragilité de l'hôpital public. Pour cette raison, il me paraissait important qu'il reçoive le message suivant de la part du terrain, c'est à dire des soignants en général et notamment des médecins : l'hôpital public risque de ne pas être en capacité de répondre à une crise sanitaire de grande ampleur. C'est le cas notamment en ce qui concerne les réanimations qui vont être très impliquées. 

"Il se trouve que cette crise sanitaire annoncée, le coronavirus, dont on ne connait pas encore la magnitude, met en lumière la fragilité de l'hôpital public".

Vous avez utilisé l'image de Notre-Dame, c'est une image forte.

"L'idée c'est d'alerter. Si on veut sauver l'hôpital public, qui est notre bien commun national,auquel les Français sont attachés, il y a un caractère d'urgence. Le président de la République a expliqué qu'il n'était pas responsable de tout, que la situation de l'hôpital public actuel couve depuis des années et que lui n'est au pouvoir que depuis deux ou trois ans. Je pense qu'on peut tout à fait lui donner quitus de ça. La seule question est - je lui ai dit en direct et il n'a pas contredit mon analyse - qu'est-ce qu'on fait quand le feu est présent ? Il faut l'éteindre et ne pas se cacher derrière le fait que le feu couvait depuis longtemps."

Il vous a donné rendez-vous quand ?

"Devant témoins, il a pris un engagement très clair : un rendez-vous entre le Président et le collectif Inter Hôpitaux. Ce sera effectivement la première réunion en direct avec ce collectif qui représente les médecins, les paramédicaux de l'hôpital public et bien sûr, les usagers. Il l'a fait devant les caméras. Il a dit que ce serait au plus tard fin mars." 

Mais fin mars, c'est dans un mois. D'ici là, il se sera peut être passé beaucoup de choses à l'hôpital ?

"Espérons que non. Mais il y aura certainement des réunions intermédiaires, en tout cas, nous clairement nos revendications n'ont pas changé depuis cinq mois. Elles sont très connues. Les moyens de les mettre en œuvre sont connus également. Ça s'appelle un correctif budgétaire. Reste la question de l'augmentation du salaire des paramédicaux. Vous savez, c'est très simple ; quand on veut résoudre un problème, on cherche un moyen. Quand on ne veut pas le résoudre, on cherche un prétexte. Et j'ose croire que le président de la République cherche un moyen de résoudre le problème de l'hôpital public."

Le neurologue François Salachas: "l'urgence c'est qu'on puisse réembaucher extrêmement rapidement"
Le neurologue François Salachas: "l'urgence c'est qu'on puisse réembaucher extrêmement rapidement"

Vous pensez que l'hôpital n'est pas capable d'assumer une crise qui induirait l'arrivée de beaucoup de malades ?

"Le problème qui se pose il est à la fois en termes de capacité de lits, mais aussi en termes de personnel formé à prendre en charge des patients graves, atteints d'une infection respiratoire. Donc, le problème est réel et surtout, on risque de voir un vrai effet domino. Les moyens actuels de l'hôpital public étant insuffisants, d'autres services vont être impactés. Et il n'est même pas certain qu'un redéploiement de personnel puisse permettre de faire face à cette crise." 

"Le problème du réservoir et de l'attractivité de l'hôpital public vont se poser cruellement".

Y a t il des mesures d'urgence à prendre ?

"L'urgence c'est de remettre à flot le bateau des hôpitaux publics et donc, en clair, qu'on puisse réembaucher extrêmement rapidement. Dans le mois qui vient. Et pour ça, il faut que les personnels aient envie de revenir travailler à l'hôpital public, surtout dans des conditions de crise. Donc, on ne recrutera pas. Il ne s'agit pas de dire, par exemple, comme l'a dit le ministre de la Santé Olivier Véran, qu'au bout de 48 heures d'absence, on remplacera automatiquement les infirmières qui ne sont pas là. La question c'est : avec quel réservoir de professionnels de santé ? Et là, le problème du réservoir et de l'attractivité de l'hôpital public vont se poser cruellement. Et tant qu'on n'a pas pris la mesure de ça, tout ce qu'on raconte, c'est de la littérature." 

Olivier Veran dit que si des infirmières sont malades elles seront remplacées dans les 48 heures.

"Il ne parlait pas d'infirmières malades parce que ce n'était pas dans l'idée que le virus les toucherait, non. Il parlait simplement du fait qu'il n'y aurait pas de délai de carence et que finalement, dès deux jours d'absence, on les remplacerait à leur poste. Et voilà qui aura une réactivité importante. Sauf qu'actuellement, il faut être aussi conscient que du fait du gel de la masse salariale, les hôpitaux publics ont fait énormément appel aux intérimaires et on peut se demander, on a même des raisons de penser, que remplacer une infirmière qui travaille en réanimation, qui est extrêmement compétente par une intérimaire pour laquelle on n'a pas pu vérifier qu'elle pourrait assurer exactement la même qualité de travail. C'est extrêmement inquiétant." 

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