[scald=224003:sdl_editor_representation]par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - La succession de Laurence Parisot a donné lieu lundi à un nouvel échange aigre-doux entre rivaux et soutiens de la présidente du Medef, quelques heures avant un avis de l'organisation patronale sur un changement de statuts.

Un candidat à la présidence du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, a estimé sur LCI que Laurence Parisot ne disposait pas de la majorité nécessaire à une réforme lui permettant d'aller au-delà du terme prévu de son mandat, en juillet prochain.

Réponse immédiate d'un partisan de la "patronne des patrons", Guillaume Cairou, président du Club des entrepreneurs :

"Elire le président du Medef ne justifie ni les entraves à notre démocratie interne ni de bafouer le rôle de l'Assemblée générale de notre mouvement en présumant sa décision."

Elue en 2005 et reconduite en 2010, Laurence Parisot arrive en fin de présidence le 1er juillet et ne peut se représenter en l'état actuel des statuts.

Ces derniers prévoient aujourd'hui que le président du Medef est élu pour cinq ans et que son mandat ne peut être renouvelé qu'une fois pour une durée de trois ans.

Laurence Parisot a demandé au comité chargé de veiller à l'application des statuts du Medef un avis sur une modification, susceptible de lui permettre de prolonger son mandat de deux ans ou d'en briguer un troisième.

Elle se juge la plus à même de conduire la barque patronale dans l'état économique et social actuel du pays. "La vraie question est celle de l'adéquation de chacun à la situation", déclarait-elle le 1er mars dans Le Monde.

RENOUVELLEMENT

Ses rivaux crient au passage en force, quand ce n'est pas à la tentative de putsch, tandis que plusieurs membres du comité d'éthique du Medef ont récemment démissionné.

Le Comité statutaire devait présenter lundi après-midi son avis sur une réforme des statuts au Conseil exécutif du Medef - qui fixe la politique générale de l'organisation patronale.

Celui-ci compte 45 membres élus par l'Assemblée générale du mouvement, dont au moins les trois quarts d'entrepreneurs en activité, et se réunit une fois par mois. Il ne devrait voter que le 28 mars, a précisé Geoffroy Roux de Bézieux. Il faudra encore ensuite que l'Assemblée générale se prononce.

"Il faut deux tiers des voix pour que ce changement de statuts soit accepté. Je crois que la majorité sera défavorable", a estimé le patron de Virgin Mobile et vice-président de la Fédération française des télécoms.

Si le Comité statutaire, puis le Conseil exécutif et l'Assemblée générale se prononcent pour une modification du nombre et de la durée du mandats de président du Medef, il restera à savoir si cela s'applique à la présidente sortante.

Geoffroy Roux de Bézieux défend sa propre candidature au nom du renouvellement. Laurence Parisot n'a "pas un mauvais bilan", dit-il, mais après dix ans ou plus à la tête d'une organisation patronale, "on perd la réalité du terrain".

"COUP À LA POUTINE"

Au moins trois autres candidats sont sur les rangs : Pierre Gattaz, président du Groupe des fédérations industrielles, qui accuse Laurence Parisot de vouloir changer les "règles du jeu à cinq mois d'une élection" ; Jean-Claude Volot, ancien médiateur des entreprises, qui lui reproche de vouloir faire un "coup à la (Vladimir) Poutine" et le patron de PME Thibault Lanxade.

Mais le plus dangereux de tous, pour Laurence Parisot, pourrait bien être Frédéric Saint-Geours, président de la très puissante Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), qui n'a pas encore confirmé ses intentions mais s'est signalé début mars par une charge contre la présidente du Medef.

Lors de la convention annuelle de l'UIMM, il a demandé une simplification et une plus grande collégialité de l'organisation patronale et juré de s'opposer à la réforme des statuts si elle ne respectait pas les "principes d'éthique".

Guillaume Cairou dénonce un "tsunami médiatique orchestré par des ambitions personnelles" pour tenter "de submerger tout débat raisonnable sur le bilan et l'avenir de Laurence Parisot".

Après la CGT, réunie en congrès cette semaine à Toulouse pour se donner un nouveau secrétaire général de compromis (voir ), est-ce au tour de la principale organisation patronale de s'offrir une crise de succession ?

La réponse viendra peut-être mardi en partie de Laurence Parisot, qui tiendra sa conférence de presse mensuelle au lendemain de la présentation de l'avis du Comité statutaire.

Edité par Patrick Vignal

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