Lundi et mardi à Marrakech, les dirigeants du monde entier vont se réunir pour signer, sous l'égide de l'ONU, le pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières. Un pacte non contraignant pour les États qui fait l'objet de virulentes critiques et de désinformation sur les réseaux sociaux.

Le bureau de l'ONU à Genève
Le bureau de l'ONU à Genève © Maxppp / Grégory YETCHMENIZA

C'est devenu notamment un cheval de bataille pour certains "gilets jaunes" qui accusent Emmanuel Macron de vendre la France à l'ONU. Derrière cette désinformation, on trouve l'extrême-droite, des groupuscules au Rassemblement national bien décidés à en tirer profit

En quelques jours, c'est toute la mouvance qui s'est emparée du pacte migratoire. De la revue "Synthèse nationale", au député européen Debout la France Bernard Monot, qui, dans une vidéo, devenue virale, nous met en garde : 

Le remplacement de la population européenne par des migrants n'est pas une théorie du complot, c'est une recommandation officielle de l'Organisation des Nations Unies.

Le Rassemblement national n'est pas en reste. Lors d'une récente conférence de presse, Marine le Pen n'avait pas de mots assez forts : "Le Rassemblement national exige du président de la République, qui s'apprête à signer avec une glorieuse inconséquence le pacte de Marrakech, de renoncer à cet acte de trahison."

Pourquoi cette offensive ? Par nécessité politique, affirme le politologue Jean-Yves Camus, convaincre les gilets jaunes – notamment - que la crise sociale est aussi une crise identitaire. Remettre de l'immigration donc dans les débats. 

Un agenda politique que conteste l'eurodéputé Nicolas Bay : "En réalité, la question migratoire est en permanence dans l'actualité. On est dans une situation où la submersion se poursuit et ce pacte d’immigration de l'ONU montre que finalement tout cela procède d'une volonté politique. C'est amplifié par une volonté des mondialistes d'organiser l'arrivée massive de migrants en Europe."

Des éléments de langage repris aussi par Les Républicains. Ils réclament un débat à l'Assemblée nationale.

Mais c’est quoi exactement le pacte de Marrakech ?

Ce "pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières" a été adopté à New-York en juillet par tous les pays membres de l'ONU, à l'exception notable des États-Unis.

Il recense des principes et des droits déjà existants (défense des droits de l'Homme, des enfants) et formule 23 objectifs pour aider les pays à faire face aux migrations, en facilitant l'information, l'intégration des migrants, l'échange d'expertises.  

"Juridiquement non contraignant", ce pacte réaffirme le "droit souverain des États" à définir leur politique migratoire. Il sera soumis à approbation lors du sommet lundi et mardi. Plus de cent pays ainsi que le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, sont attendus à Marrakech pour l'entériner formellement. 

L'Italie, l'Autriche, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, l'Estonie, la Lettonie, la Suisse, l'Australie, Israël et la République dominicaine ont décidé de ne pas se rendre à Marrakech. En Belgique, le gouvernement est même en difficulté à cause du "Pacte". Le Premier ministre Charles Michel a pris dimanche la tête d'un gouvernement minoritaire, après la démission des ministres nationalistes flamands de la coalition gouvernementale, en raison d'une divergence profonde sur le Pacte de l'ONU sur les migrations.  

Le vote d'une résolution de ratification est ensuite prévu à l'Assemblée générale de l'ONU le 19 décembre.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.