Mais jusqu'où ira donc se nicher le faux esprit frondeur des bien-pensant permanents ?! Depuis hier et d'après eux, il faudrait à tout prix s'offusquer de ce que la présentation du portrait officiel du nouveau Président de la République ait fait l'objet d'une conférence de presse à l'Elysée !

Raymond Depardon prsente sa photo
Raymond Depardon prsente sa photo © Christophe Petit Tesson/MAXPPP

C'est bien vrai ça (!) : qu'un pur acte de communication institutionnelle et d'image (la photo officielle) fasse l'objet d'une communication officielle, il y a de quoi monter au créneau de l'indignation ! Et c'est une première, nous dit-on ! Ce serait la preuve de l'incongruité d'une telle conférence de presse.

Réjouissons-nous plutôt de la levée d'une hypocrisie officielle. Puisque ce portrait est destiné à orner 36 000 communes et de nombreux lieux français à l'étranger, puisqu'il est, qu'on le veuille ou non, l'un des symboles républicains désormais, que vient-on chercher des poux à des communicants qui, cette fois, font correctement leur travail d'information ! Mais passons, et jetons plutôt un œil à cette photo parfaitement réussie tant elle raconte et le photographe et son "modèle" !

Depardon vient tout simplement d'ajouter un cliché à son portrait de la France et Hollande peut désormais figurer à côté de telle ou telle vue de cette France qui fut exposée à la Bibliothèque nationale et que l'on peut retrouver dans un superbe album de photos et très prochainement dans les salles avec le nouveau film de Depardon que l'on a découvert à Cannes.

Oui, parce que le Président est loin de remplir tout le cadre, parce qu'on le dirait à la fois posant et en mouvement, cette photo fait sens. Un homme dans un paysage (le vert de la pelouse et du feuillage... la Corrèze n'est pas si loin...) sur fond de bâtiment historique officiel et sur fond de couleurs nationale et européenne. Une vraie lumière également avec du soleil, de l'ombre et des percées de lumière. Et du ciel aussi, beaucoup de ciel, de l'ailleurs donc, de la respiration, de l'oxygène.

L'idée que l'Elysée et son locataire quinquennal (ou plus si affinités électives !) ne sont pas une prison et son prisonnier. Un vrai-faux instantané également. C'est en effet, à mon sens, la seule photo officielle de la Vè République qui donne l'idée d'un mouvement et d'une inscription de l'homme-président dans un cadre qui le dépasse (à l'exception de la bibliothèque mitterrandiene, peut-être). Pas un homme figé, pas une momie républicaine, pas une icône laïque.

La volonté de rupture est manifeste. Depardon et Hollande ont du beaucoup s'amuser à inventer ensemble ce pied de nez manifeste aux photographes et présidents précédents. Chapeau bas, tant l'exercice était périlleux. Le résultat est sur la corde raide, c'est à dire qu'il s'impose parce qu'il prend le risque de mélanger le permanent et le transitoire, la nature et le construit, l'ombre et la lumière, la France et l'Europe.

Raymond Depardon présente sa photo © Christophe Petit Tesson/MAXPPP - 2012

En ouvrant manifestement l'espace, en sortant de l'Elysée (beaucoup plus que Chirac ne l'avait fait sur son portrait), Hollande ouvre tout simplement les fenêtres. Seul le paysan madré qu'est Raymond Depardon pouvait aussi bien saisir toutes les nuances d'une image destinée à faire sens pour le plus grand nombre et de façon permanente. Il sait, lui, le poids et le prix de ce qui reste quand on a tout regardé.

On peut prendre le pari que son travail photographique indisposera les élites convenables et réjouira tous les autres. Ce qui se dit ici est la concrétisation d'une volonté politique : parce que c'est une photo à 50 000 exemplaires et plus, le nouveau Président se paye le luxe d'un portrait en forme de promesse. Un luxe et un risque, car cette volonté politique de rupture "tranquille", il lui faudra évidemment la tenir. Pour que la photo ne devienne pas un cliché de campagne.

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