rendez-vous à la rochelle pour un parti socialiste divisé
rendez-vous à la rochelle pour un parti socialiste divisé © reuters

Digérer une crise politique susceptible d'aggraver leurs divisions : c'est la mission des socialistes français réunis en université d'été à partir de vendredi à La Rochelle, où, entre les frondeurs et les soutiens, les choix économiques de l'exécutif feront plus que jamais débat.

Manuel Valls clôturera dimanche trois jours de travaux au terme d'une séquence qui l'a vu changer de gouvernement, en remplaçant notamment le réfractaire Arnaud Montebourg au ministère de l'Economie, et recevoir l'ovation debout des patrons du Medef réunis à Jouy-en-Josas.

Le Premier ministre, qui "aime l'entreprise" et veut "sortir des postures", peut-il compter sur un accueil aussi chaleureux de la part des militants de sa famille politique ?

Rien n'est moins sûr, même si le soutien à François Hollande de 200 députés exprimé jeudi dans une tribune montre qu'une majorité des 290 membres socialistes de l'Assemblée nationale partage la ligne de l'exécutif.

"Nous voulons réussir ensemble et non perdre les uns contre les autres", écrivent-ils dans ce texte en disant s'inscrire "dans chemin" social-démocrate défini par l'exécutif. Mais les images de Jouy-en-Josas ont "sidéré" les tenants de l'aile gauche du PS, en total désaccord avec le choix de François Hollande et Manuel Valls de tout miser sur le pacte de responsabilité qui prévoit des baisses de charges et d'impôts en faveur des entreprises, alors que leur politique n'a pour l'instant donné aucun résultat sur la croissance ni l'emploi.

Les frondeurs qui ont du mal à digérer les derniers rebondissements, Marion Lagardère

La nomination au ministère de l'Economie de l'ancien banquier Emmanuel Macron fait aussi des vagues dans les rangs des militants, surtout après ses propos sur le réaménagement des 35 heures, immédiatement salués par la droite.

"Ça va partir dans tous les sens"

Les services de Manuel Valls ont dû préciser jeudi qu'il n'entendait pas revenir sur la durée légale du travail, après la publication d'une interview d'Emmanuel Macron réalisée avant sa nomination et dans laquelle il prône des dérogations à la règle en cas d'accord avec les salariés.

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"C'est facile de se faire applaudir par le Medef quand on cède aux caprices du patronat", a déclaré à Reuters le député Christian Paul à propos du discours du Premier ministre devant le Medef. "Il n'y a pas eu un mot pour les salariés".

Dans un tel contexte de tension, l'université d'été "sera bordélique, ça va partir dans tous les sens", prédit un fidèle du chef de l'Etat. "En même temps, les socialistes savent que casser la baraque aboutirait à une dissolution et donc à une catastrophe politique. C'est là-dessus que joue Manuel Valls".

Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a estimé dans une interview publiée jeudi par Le Monde que les socialistes étaient condamnés "à surmonter leurs divergences" pour donner une majorité au nouveau gouvernement et conjurer le risque d'une dissolution de l'Assemblée.

"Collectivement, il faut être à la hauteur de la conjoncture historique", dit-il au moment où l'UMP elle-même refuse l'idée d'une cohabitation avec François Hollande.

Mais pour le député Pascal Cherki, membre des "frondeurs" socialistes, on ne peut "faire de la politique en jouant à la roulette" avec la menace d'une dissolution. "Ce qui s'est passé à Jouy-en-Josas, ça va choquer beaucoup de militants", dit l'élu, qui se demande lui-même "ce qu'il y a encore de gauche dans ce gouvernement".

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