[scald=100941:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - La Commission européenne a fait preuve mardi d'un optimisme mesuré sur l'économie de la zone euro, qui est selon elle sur le point de sortir de la crise de la dette, un diagnostic loin d'être partagé par l'opposition socialiste française.

Le commissaire européen chargé de l'Union économique et monétaire, Olli Rehn, a dressé lors d'un colloque organisé à Paris un bilan très positif des décisions adoptées par les dirigeants des Vingt-Sept et la Banque centrale européenne.

"J'ai la conviction que les réformes entreprises (...) constituent des bases solides pour la croissance et des emplois plus nombreux et de meilleure qualité en Europe", a-t-il dit.

Certes, la Commission européenne a annoncé le 23 février s'attendre à une contraction de l'activité économique de 0,3% dans la zone euro en 2012, ce qui semble peu engageant au moment où la croissance paraît repartir aux Etats-Unis.

Mais la crise de la dette qui a failli emporter la zone euro appartient selon lui au passé grâce au traité signé vendredi dernier à Bruxelles, qui prévoit de nouvelles règles de surveillance budgétaire, et aux puissants mécanismes de soutien mis en place pour venir en aide aux pays en difficulté.

"Même si la zone euro vit actuellement une légère récession, il y a dans le même temps des signaux de stabilisation", a ajouté Olli Rehn. "Je suis convaincu que (...) si nous respectons nos récentes actions décisives, nous pouvons être les témoins d'un retournement de tendance dans les prochains mois."

L'action de la BCE, qui a prêté mercredi dernier près de 530 milliards d'euros à trois ans aux banques de la zone euro, portant à plus de 1.000 milliards les liquidités injectées pour apaiser les tensions sur les marchés interbancaires, a permis de prévenir un assèchement du crédit aux entreprises et aux ménages, a ajouté le commissaire européen.

"L'architecture de l'Union économique et monétaire sera suffisamment solide pour soutenir les chocs", a prédit le commissaire lors de ce colloque organisé par l'exécutif européen. "Quand nous aurons fini de jouer aux pompiers, nous pourrons relever d'autres défis", comme celui de la croissance.

SEULEMENT UNE ACCALMIE, SELON LE PS

Le ministre français des Affaires européennes, Jean Leonetti, a abondé dans le même sens lors de ce colloque.

"Jamais l'Europe n'a été aussi loin, aussi fort dans le sens du fédéralisme", a-t-il dit en référence aux instruments de surveillance et de coordination des politiques économiques dont est désormais dotée l'Union européenne.

Mais pour l'opposition socialiste en France, qui entend renégocier le traité européen pour y ajouter un volet "croissance" qui fait selon elle cruellement défaut, cet optimisme des autorités européennes est déplacé.

Certes, a reconnu Elizabeth Guigou, ancienne ministre socialiste des Affaires européennes et de la Justice, "on a évité le cataclysme systémique sur la crise financière".

"Il y a une accalmie, tant mieux", a-t-elle dit.

Mais ni la Grèce, ni l'Espagne, ni l'Italie ne sont "sorties d'affaire" et la crise économique n'a pas été traitée.

"Il n'y a aucun acte européen pour relancer la croissance", a-t-elle ajouté en estimant que, sans reprise économique, l'endettement va à nouveau "déraper".

Un avis partagé lors du colloque par l'économiste de Sciences Po Paris Jean-François Jamet, selon lequel "on a partagé la dette, on ne l'a pas réduite".

"Ça ne fonctionnera que quand l'investissement repartira", a-t-il souligné en précisant que les montants des investissements avaient baissé de 10% par rapport à 2007.

Les socialistes français réclament donc plus que jamais que l'on revoie le traité européen pour mettre en place des leviers de croissance, comme le demande leur candidat à l'élection présidentielle, François Hollande.

Ce dernier affirme qu'il pourra trouver des alliés dans l'Union européenne pour imposer cette renégociation dont l'Allemagne ne veut à aucun prix.

Mais Elizabeth Guigou a reconnu que, si douze pays européens avaient bien écrit fin février aux autorités européennes pour leur demander une nouvelle impulsion susceptible de doper l'économie européenne, les recettes qu'ils suggèrent ne peuvent être acceptées par les socialistes.

Elles sont, a-t-elle dit, "ultralibérales", puisque ces pays prônent une dérégulation de tous les marchés.

Yves Clarisse, édité par Gilles Trequesser

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