Le Morvan, "terre rude" à la "lumière radieuse" disait François Mitterrand, d'abord élu à Montsauche-les-Settons. Quarante plus tard, le socialisme ne fait plus recette, tandis que le RN est annoncé en tête du premier tour des élections régionales. Rencontre avec deux élus locales un peu désabusées.

Marie-Claudine Bouché-Pillon, conseillère municipale et Marie Leclercq, maire de Montsauche-les-Settons
Marie-Claudine Bouché-Pillon, conseillère municipale et Marie Leclercq, maire de Montsauche-les-Settons © Radio France / Antoine Giniaux

EPISODE 1 : "La politique en général ne les intéresse plus"

On a fait appel à des volontaires [pour les élections], on a presque manqué de monde! Alors qu'il y a quelques années, les gens se présentaient spontanément et on était obligé de faire un tri". Les difficultés que rencontrent Marie Leclerq, la maire de Monsauche-les-Settons, et son adjointe Marie-Claudine Bouché-Pillon, pour tenir les deux bureaux de vote dimanche, pour les élections départementales et régionales, en disent long sur le désintérêt pour la politique qui a gagné aussi cette terre socialiste: l'ancien président François Mitterrand y fut élu conseiller général de 1949 à 1981, jusqu'à son accession à l'Elysée.

Elles-mêmes se sentent déboussolées par la vie politique actuelle, marquée par "les batailles d'égo", où "les influenceurs sur Youtube" sont ceux qui donnent le ton, et où elles ont l'impression que personne "ne prend en compte les petits, petites mairies, petits services publics, petites gens". Les deux élues se désolent de cette campagne des régionales, où l'on parle beaucoup de sécurité, comme si tous ne pensaient déjà "qu'à la présidentielle".

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Episode 1 : Le désintérêt pour la politique

Par Antoine Giniaux

EPISODE 2: "J'ai perdu le sens de la droite et de la gauche"

Dans le canton de Montsauche-les-Settons, ceux qui ont connu François Mitterrand ont le sentiment que la politique ne produit plus de telles statures. Mais parfois aussi, que ses idées appartiennent au passé.

La conseillère municipale Marie-Claudine Bouché-Pillon feuillette un album photo où l'ancien président pose, jeune, à Montsauche-les-Settons, qui fut son premier ancrage local. François Mitterrand "n'a pas toujours été parfait" dit-elle, mais il avait une "aura", une stature politique "qui n'a pas été remplacée". La Nièvre était aussi la terre d'élection de Pierre Bérégovoy, "arrivé ministre avec un CAP, cela rendait l'espoir, tout était possible" ajoute la maire PS Marie Leclerq.

À la sabotterie Marchand, quelques kilomètres plus loin, on a aussi bien connu François Mitterrand, qui était ami avec l'ancien patron, Camille Marchand. Son fils Alain parle avec émotion de l'ancien président socialiste qui venait diner à la maison, et qui savait marier le contact humain et la politique : « il devait revoir ses tablettes parce que quand il venait il savait précisément la date de naissance de tout le monde ». Il ajoute que lui fait "partie de ces gens qui ont un peu perdu le sens de la droite et de la gauche". 

Alain Marchand  a pris la relève en 1980, l'entreprise fabrique désormais des pieds de sapin, et emploie jusqu'à 60 personnes. Le gérant a le sentiment qu'en quarante ans "tout a changé", et que les gouvernements successifs ont manqué "de rigueur et de fermeté". Il voit venir la "percée des extrêmes", faute peut-être d'avoir su encourager ceux qui "se lèvent le matin pour gagner le SMIC". "J'espère qu'on va trouver un dirigeant qui va serrer un peu les boulons" conclut-il.

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Episode 2 : Ce qu'il reste de François Mitterrand

Par Antoine Giniaux

ÉPISODE 3 : À Château-Chinon, "comme il n'y a plus de travail, les gens partent"

Comme d'autres secteurs de Bourgogne Franche-Comté, le Morvan souffre de la désindustrialisation, et l'économie peine à se reconvertir. "On est loin de tout" se désole l'ancienne déléguée syndicale de Dim.

Les deux élues de Montsauche-les-Settons montrent leurs deux projets de construction sur la commune, pour accueillir des personnes âgées ou handicapées, et, tout aussi important, les "trois emplois et demi" que représente le premier et les six emplois qu'apportera le second. "On vise beaucoup les emplois à la personne, je pense que c'est ça l'avenir, on n'aura plus d'usines de production qui vont s'installer aussi loin" soupire Marie-Claudine Bouché-Pillon. La conseillère municipale a toutefois un nouvel espoir: "le télétravail, j'y crois aussi beaucoup".

Direction la commune voisine de Château-Chinon, où François Mitterrand fut élu maire en 1959. Michèle Herpin fut conductrice de machine chez Dim, jusqu'à la fermeture de l'usine en 2004.  Avec 600 employés à son apogée, "l'usine Dim faisait partie du patrimoine". Sa fermeture fut suivie par d'autres, du site de l'armée jusqu'aux commerces: "comme il n'y a plus de travail, les gens partent, ça s'est vidé petit à petit".

Château-Chinon compte moins de 2000 habitants, "un gros village" où les jeunes ne restent pas constate Michèle Herpin, aujourd'hui assistante familiale (famille d'accueil) pour le conseil général de la Nièvre. 

L'ancienne déléguée CFDT ne veut pas accabler la gauche: "ils ont fait ce qu'ils ont pu pour essayer de ramener des entreprises, mais l'endroit ne les intéressait pas pour s'installer, on est loin de tout quand même".

Michèle Herpin s'avoue néanmoins déçue, et ne sait pas encore pour qui elle va voter aux élections régionales et départementales des 20 et 27 juin. "ici il y a quand même beaucoup de gens qui n'ont pas travail, et certainement leur réaction comme au niveau national, c'est de penser que le RN va tout changer… Après, il ne faut pas se tromper, parce que ça peut être grave!"

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Episode 3 : La bataille pour l'emploi

Par Antoine Giniaux

ÉPISODE 4 : "Le RN, les gens ne voient pas le danger"

Retour à Montsauche-les-Settons, où la maire Marie Leclerq et la conseillère municipale Marie-Claudine Bouché-Pillon racontent leur "bagarre au quotidien" pour garder les services publics, convaincues que leur départ nourrit le vote d'extrême-droite.

L'ancienne trésorerie a fermé il y a déjà huit ans, il faut porter la recette du camping municipal à Château-Chinon, à 30 km, "et maintenant ils sont même en train de nous fermer en partie Château-Chinon, notre contact sera à Nevers !". Un éloignement physique et humain : "avant on connaissait, on appelait, la personne voyait ce qu'elle pouvait faire, regrette Marie-Claudine Bouché-Pillon. Maintenant c'est "non". C'est très dur, il y a un manque d'humanisme". 

La Poste est toujours là, mais elle ne sera bientôt plus ouverte que l'après-midi, tenue par le facteur après sa tournée. C'est au moins cela de sauvé, avec la gendarmerie, le collège et la maison de santé, mais "c'est vrai que cela a été ressenti comme un abandon, la fermeture des services publics".

A Montsauche-les-Settons, Marine Le Pen avait réuni 38% des voix au second tour de la Présidentielle de 2017 (40% sur l'ensemble de la Nièvre, 33,9 au niveau national). Le sentiment de relégation joue-t-il en faveur du vote Rassemblement national ? "On n'a pas de personne étrangère, on n'a pas de migrant, mais beaucoup de chômeurs, donc ça vient certainement de quelque chose, et on pense que les gens ici ne se sentent pas écoutés, abandonnés", approuve Marie-Claudine Bouché-Pillon. "S'ils se sentaient soutenus, aidés au quotidien, ça changerait sans doute", ajoute Marie Leclercq, qui veut croire elle aussi qu'il s'agit avant tout d'un vote protestataire.

Et le sentiment d'abandon, la conseillère municipale semble le partager : "il y a quelques années, je me demandais comment on pouvait voter pour ce parti [NDLR : le Rassemblement national], maintenant presque j'arrive à les comprendre, ça craint !". Marie-Claudine Bouché-Pillon estime que "les gens ne voient pas le danger", même les bénéficiaires des aides sociales qui, elle en est convaincue, auraient le plus à perdre d'une victoire de l'extrême-droite.

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Episode 4 : La mort des services publics

Par Antoine Giniaux