Gaston Flosse
Gaston Flosse © CC Wikipedia

> Les explications de Benoît Collombat sur cette affaire

> La réaction de l’avocat de la famille Couraud, Me William Bourdon, sur les derniers développements de l’enquête sur la disparition de JPK

> > L’enquête de Benoît Collombat sur l’affaire JPK, « Des requins en eaux troubles » diffusée sur France Inter le 16 décembre 2007, dans l’émission « Interception »

Les activités de Jean-Pascal Couraud étaient suivies de très près à Paris. Et cela, plusieurs mois avant la disparition de JPK, en décembre 1997. C’est ce laisse entendre le témoignage d’un ancien membre de la DGSE, André Yhuel, lors de sa garde à vue à la gendarmerie de Papeete, le 7 juillet 2006.

« Je me souviens avoir lu son nom [celui de Jean-Pascal Couraud] lorsque j’ai été reçu au B2 [bureau] du Ministère de l’Outre Mer (MINOM), explique ainsi André Yhuel, ancien du service « action » de la DGSE, au moment où il décroche « l’emploi de responsable du SED », la cellule de renseignements mis officiellement en place au profit de Gaston Flosse, par un arrêté du 13 mai 1997. Un « réseau de renseignement parallèle » alors parfaitement connu des services de l’Etat, si l’on en croit les ex-« barbouzes » de Gaston Flosse.

Gaston Flosse « avait besoin de réorganiser son service de renseignements qui existait avant que j’arrive » , explique encore André Yhuel, le 19 mai 2010, devant les juges Jean-François Redonnet et Philippe Stelmach. J’ai su que Gaston Flosse demandait quelqu’un par mon chef de base de Cercottes » , l’un des centres d’entraînement de la DGSE. Je dirais que j’ai été recruté en quelque sorte par le ministère de l’Outre Mer où il y avait une cellule qui s’occupait des bureaux d’études dans les DOM TOM dirigée par le général Vi [l’orthographe est incertaine], qui était un ancien de la DGSE. Je pense alors que M. Natalski, sénateur et honorable correspondant de la DGSE a été contacté par M. Flosse. Quand mon recrutement était en bonne voie, je me suis rendu au ministère de l’Outre Mer, rue Oudinot, où l’on m’a mis au courant des dossiers concernant la Polynésie française, où j’ai passé plusieurs journées. Ils m’ont demandé de les alerter au cas où M. Flosse aurait des velléités d’indépendance. » « J’ai su par mon chef de base que Gaston Flosse cherchait quelqu’un » pour prendre la tête de son service de renseignement, répète André Yhuel, entendu, un mois plus tard, par le seul juge Redonnet, le 11 juin 2010. Et après deux entretiens avec Gaston Flosse à la Délégation polynésienne de Paris, j’ai été embauché. »

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Un choix parfaitement assumé par Gaston Flosse. Entendu comme témoin par les gendarmes de Tahiti le 19 décembre 2007, dans le cadre d’une information judiciaire ouverte pour « atteinte à l’intimité de la vie privée » suite aux activités du SED, Gaston Flosse a détaillé la façon dont il avait recruté le patron du SED : « C’est un professionnel que j’ai recruté moi-même en France sur conseil d’amis du RPR (…) Je ne le connaissais pas avant cette première rencontre à Paris. Je l’ai recruté par le biais d’amis du RPR (…) Lorsque j’ai recruté M. Yhuel, il m’a dit qu’il avait absolument besoin d’un adjoint. Je lui ai donné mon accord en lui demandant que ce soit également un professionnel. C’est lui qui m’a proposé M. Micheloni et j’ai accepté, mais je ne connaissais ni l’un, ni l’autre. » « J’ai été recruté par mon supérieur hiérarchique, André Yhuel, que je connais depuis 1977, puisqu’il a toujours été mon supérieur hiérarchique au RDP [13ème Régiment de dragons parachutistes] ainsi qu’à la DGSE » , confirme Félicien Micheloni, sur procès-verbal.

Un recrutement dont Gaston Flosse confirmera les conditions lors de son procès en appel, en octobre 2010, pour « obstacle » au travail des magistrats de la Chambre territorial des comptes sur les activités du SED. Dans cette affaire, Gaston Flosse sera condamné à 1,5 millions de Francs Pacifique (12 570 euros) d’amende.) Mais l’ancien président de la Polynésie n’est pas allé jusqu’à donner le nom de ces « amis du RPR » qui l’ont orienté vers André Yhuel…

Pourquoi ne pas s’en être remis au service de renseignement de la République française ? « Nous avons cru bon avoir notre propre service » , explique Gaston Flosse aux enquêteurs, estimant avoir « besoin de renseignements pour mieux cerner la vie politique locale, les activités politiques de nos adversaires » , tout en précisant cruellement : « l’Etat n’y a fait aucune objection. »

Nous sommes partis là-bas pour faire du renseignement politique.

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