par Conor Humphries et Carmel Crimmins

DUBLIN (Reuters) - Michael D. Higgins, ex-ministre de la Culture et membre du Parti travailliste qui fait partie du gouvernement de coalition, a remporté officiellement samedi l'élection présidentielle irlandaise, accédant ainsi à une fonction essentiellement honorifique.

Cet homme de 70 ans, champion des droits de l'homme depuis des décennies, était assuré de la victoire depuis vendredi soir, tous ses adversaires - notamment l'homme d'affaires Sean Gallagher et l'ancien chef de l'Ira Martin McGuinness - ayant concédé la défaite avant la fin du dépouillement des suffrages.

La victoire du candidat travailliste constitue un soulagement pour la coalition gouvernementale, dont le Fine Gael (centre droit) a enregistré son plus mauvais score lors d'un scrutin présidentiel. Le Sinn Féin de McGuinness, issu de l'Irlande du Nord, a en revanche progressé.

Porté par la colère de l'opinion face à la crise économique qui a entraîné l'an dernier une opération de sauvetage de l'Irlande par l'UE et le FMI, le Sinn Féin cherche à prendre place au coeur de la politique en République d'Irlande après y être parvenu en Irlande du Nord, où il est membre du gouvernement régional.

"Le peuple irlandais, que j'apprécie tant (...), a donné un mandat très clair sur un ensemble d'idées très clair", a déclaré Higgins après l'annonce de sa victoire.

"Au fil d'une longue campagne, j'ai vu et ressenti la douleur des Irlandais. Je reconnais la nécessité d'une réflexion sur des valeurs et des suppositions souvent adoptées à la légère qui nous ont conduits dans une si mauvaise passe en termes sociaux et économiques", a-t-il ajouté.

DISCRÉTION EFFICACE

Michael D. Higgins, que ses qualités d'homme d'Etat ont situé à part dans une campagne entachée de fréquentes attaques ad hominem, a obtenu 40% des suffrages dans un premier décompte qui lui donnait une avance de 11 points sur son premier adversaire, l'homme d'affaires indépendant Sean Gallagher.

Martin McGuinness, ancien dirigeant de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) qui représentait le Sinn Féin, arrivait en troisième position avec 14% - plus du double du score du Fine Gael et une nette progression par rapport aux 10% obtenus par le Sinn Féin aux élections de février.

La relative discrétion observée par Higgins durant la campagne s'est révélée décisive - Gallagher ne s'étant, en outre, pas remis d'un scandale survenu alors qu'un dernier sondage d'opinion le créditait d'une avance de 15 points.

L'établissement des résultats définitifs des scrutins nationaux est une opération laborieuse en Irlande en raison d'un système électoral complexe et d'un dépouillement manuel. L'élection d'Higgins a ainsi été confirmée un jour et demi après le début des décomptes.

La nouvelle coalition gouvernementale réunissant le Fine Gael et les travaillistes a fait subir au pays une cure d'austérité drastique pour répondre aux exigences des créanciers internationaux.

Les électeurs irlandais semblent avoir privilégié la personnalité des candidats à la fidélité aux partis.

Les résultats de deux référendums - sur la réduction de la rémunération des juges et le renforcement des pouvoirs des commissions parlementaires - doivent encore être compilés et le décompte a débuté après l'annonce du résultat de la présidentielle.

Le Parti travailliste de Michael Higgins a aussi obtenu vendredi soir un 38e siège parlementaire à Dublin, devenant ainsi le premier parti au pouvoir à remporter une élection partielle depuis 1982 et renforçant la majorité déjà confortable du gouvernement à la chambre basse du parlement.

Marine Pennetier, Benjamin Massot et Philippe Bas-Rabérin pour le service français

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