[scald=67327:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Le débat sur le vote des étrangers ressurgit en France après le refus de Nicolas Sarkozy d'accorder le droit de vote et d'éligibilité aux ressortissants de pays non membres de l'Union européenne aux élections locales, proposé par la nouvelle majorité sénatoriale socialiste.

A cinq mois de l'élection présidentielle, la gauche accuse le chef de l'Etat d'avoir changé d'avis sur cette question pour chasser sur le terrain du Front national, tandis que l'UMP soupçonne le PS de "communautarisme électoral".

Le Sénat, qui a basculé à gauche en septembre, examinera le 8 décembre une proposition de loi constitutionnelle du PS en ce sens, déjà votée par l'Assemblée nationale le 3 mai 2000 sous le gouvernement du Premier ministre socialiste Lionel Jospin.

"Une telle proposition me semble hasardeuse (...) parce que cette proposition risque de diviser profondément les Français au moment où, plus que jamais, nous avons besoin de les rassembler", a déclaré mardi le président de la République devant quelque 2.000 maires reçus à l'Elysée.

La seule façon pour un ressortissant d'un pays non membre de l'UE de participer aux choix politiques de la France est de prendre la nationalité française, à condition d'en remplir les conditions, a-t-il souligné.

Arno Klarsfeld, le président de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, a justifié ce refus par le fait que l'intégration était loin d'être une réussite et qu'existait le risque de voir apparaître des listes fondamentalistes aux scrutins locaux.

La Droite populaire, aile sécuritaire du parti du chef de l'Etat, l'UMP, a lancé le mois dernier une pétition contre la proposition de loi PS dans laquelle elle voit une "imposture idéologique" et une "manoeuvre électoraliste".

SUR LE TERRAIN DU FRONT NATIONAL ?

En marge du Salon des maires mercredi, la première secrétaire du PS Martine Aubry avait suggéré d'accorder le droit de vote aux étrangers non européens ayant "une ancienneté de cinq ans, par exemple, sur le territoire".

"On paie des impôts, on est parent d'élève, on est représentant des locataires, on est citoyen dans sa ville, sa région, son département", a-t-elle fait valoir. "Les Européens votent déjà, il est normal que les autres le fassent aussi".

En 2005, Nicolas Sarkozy avait jugé utile un débat sur le droit de vote des étrangers non européens en France. "En ce qui me concerne, j'y suis favorable", avait-il déclaré sur France 2.

Le PS n'a pas manqué de pointer jeudi cette volte-face sur un thème sensible, son porte-parole accusant le président d'agir "en fonction de l'air du temps" et des scores promis en 2012 à la présidente du Front national.

"Il a Marine le Pen qui lui 'colle aux basques', eh bien, il est contre le droit de vote des étrangers", a ironisé Benoît Hamon sur RMC et BFM-TV.

François Rebsamen, président du groupe socialiste au Sénat, soupçonne lui aussi le chef de l'Etat de miser "sur le rejet des étrangers pour reconquérir ces électeurs perdus".

"En réalité le candidat Nicolas Sarkozy tente de reconquérir les voix de ceux qui se sont détournés de lui pour grossir les rangs du Front national", écrit-il dans un communiqué.

Marine Le Pen accuse elle-même le président de changer d'avis "au gré des stratégies électorales et des sondages".

"Pour régler le droit de vote des étrangers, Sarkozy a la solution : donner la nationalité française à tout le monde", ironise-t-elle dans un communiqué.

Mais pour l'UMP Laurent Wauquiez, le droit de vote des étrangers est "contraire à l'essence même du pacte républicain français". Le ministre de l'Enseignement supérieur a accusé sur France Info le PS d'être "prêt à brader les idéaux de la IIIe République pour acheter un communautarisme électoral".

"A quel titre des gens qui n'ont aucune attache réelle avec la France (...) pourraient-ils prétendre participer à la citoyenneté de notre pays ?", s'est quant à lui interrogé l'ancien ministre UMP Christian Estrosi sur Radio Classique.

Elizabeth Pineau, édité par Patrick Vignal

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