Frédéric Métézeau, le chef du service politique de France Inter, décrypte la campagne et aujourd'hui les enquêtes d'opinion

Doit-on jeter les sondages à la poubelle ?
Doit-on jeter les sondages à la poubelle ? © Radio France

Oui les institutes de sondages se sont trompés. Aucun sondage n'avait envisagé avec exactitude le tiercé Fillon, Juppé, Sarkozy et encore moins les scores respectifs des candidats. Bien sûr les instituts sérieux avaient noté une poussée de François Fillon - c'est le cas d'IPSOS et d'Odoxa avec lesquels France Inter travaille régulièrement -, une dynamique enclenchée mi-octobre après les débats télévisés. Il y a une semaine tout juste, IPSOS pour Le Monde donnait Fillon à 30 et Alain Juppéet Nicolas Sarkozy à 29 chacun, mais l'on était dans les marges d'erreur et l'ordre d'arrivée n'était pas garanti. 30, 29, 29 le samedi et 44, 28, 21 le dimanche. Il y a quand même un monde.

Deuxième erreur des sondages : ils n'ont pas entrevu la dégringolade de Nicolas Sarkozy. S l'on regarde les sondages IPSOS réalisés pour Le Monde et le CEVIPOF de sciences Po depuis janvier, Nicolas Sarkozy est resté étal, assez stable. Rien ne laissait envisager cette chute, tout au plus Gaël Sliman d'ODOXA estimait-il, 24 heures avant le scrutin dans une interview au Télégramme : "celui qui peut être menacé, c'est Sarkozy".

Troisième erreur : aucun ne voyait Bruno Le Maire si bas à 2,4% et cinquième derrière Nathalie Kosciusko-Morizet, alors qu'il avait presque toujours été crédité d'un score à deux chiffres.

En revanche, les instituts avaient vu juste en matière de participation. Autour de 4 millions de votants.

Que disent les sondeurs quand on leur demande des explications ?

Nos deux interlocuteurs réguliers sur France Inter, Brice Teinturier d'IPSOS et Gaël Sliman d'ODOXA, martèlent qu'un sondage est une photo à un instant donné et qu'il n'a rien de prédictif. Ils expliquent qu'en matière de primaire, l'électorat est beaucoup plus "fluide". Passer en 24 heures de la droite au PS ou du PS au FN c'est possible mais pas commun. En revanche dans la primaire d'une famille politique, on peut changer de candidat beaucoup plus facilement, et jusqu'au dernier moment, sans avoir l'impression de trahir ou de se renier. Fillon, Juppé, Sarkozy, NKM, Le Maire, Poisson, Copé, ça reste la droite, comme Hollande Aubry Montebourg Royal et Valls, ça restait la gauche. La "fongibilité" des électeurs est donc beaucoup plus forte dans une primaire que dans un scrutin national.

Autre élément de réflexion, c'est Martial Foucaud, directeur du Centre d'Etudes de la Vie Politique Française de Sciences Po qui avance cette hypothèse : le vote caché. Comment tenir compte de cette France qui passe sous les radars ? Comme cette Amérique et cette Angleterre passés sous les radars lors de la présidentielle Trump-Clinton et du référendum sur le Brexit.

Alors on jette les sondages ? Plus de sondages pour les élections primaires ?

Surtout pas. Mais il faut cesser de les considérer comme l'instrument de mesure principal voire unique de l'état d'une l'opinion publique toujours plus volatile saturée d'informations plus ou moins fiables entre les médias traditionnels et les réseaux sociaux.

Pour prendre le pouls du pays il y a les reportages des journalistes sur le terrain qui parfois sentent mieux les mouvements de fonds, ou plus tôt, c'était le cas aux Etats-Unis, c'était le cas sur cette primaire.

Tout reste à inventer nous dit Martial Foucault, chercheur à Sciences Po, les sciences humaines restent centrales, la capacité à détecter les signaux faibles également. Et puis cessons, nous journalistes et commentateurs, d'accorder une place aussi importante, aussi centrale aux sondages. Intéressons-nous plus attentivement aux tendances longues, étudions à les fiches techniques des sondages (combien de personnes sondées, quelles caractéristiques de l'échantillon etc) et donc multiplions les indicateurs. Comme le vin il faut sélectionner soigneusement les sondages et toujours les consommer avec modération.

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