L'Observatoire des violences sexistes et sexuelles pointe du doigt l'investiture de plusieurs candidats aux législatives par la majorité présidentielle malgré des accusations de violences faites aux femmes et s'interroge sur l'antagonisme avec l'égalité femmes-hommes, "Grande cause du quinquennat".

Les élections législatives permettant de renouveler l'Assemblée nationale ont lieu les 12 et 19 juin.
Les élections législatives permettant de renouveler l'Assemblée nationale ont lieu les 12 et 19 juin. © AFP / Xose Bouzas / Hans Lucas

En novembre dernier, 285 femmes signaient une tribune dans Le Monde pour appeler à écarter les auteurs de violences sexistes et sexuelles de la vie politique. Six mois plus tard, à l'heure où les partis politiques dévoilent la liste des candidats investis pour les élections législatives, le compte n'y est pas, déplorent-elles.

Les cinq femmes à l'origine du mouvement - Fiona Texeire, collaboratrice d'élus, Mathilde Viot, cofondatrice de "Chair collaboratrice", Madeline Da Silva, maire adjointe des Lilas (Seine-Saint-Denis), Alice Coffin, conseillère de Paris et Hélène Goutany, journaliste - ont créé en mars l'Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique. Chaque jour, elles partagent sur Twitter des accusations ou des condamnations et interpellent les élus et les médias.

Elles ont scruté en premier lieu la liste des candidats d'"Ensemble !" (l'alliance entre LREM devenu Renaissance, le MoDem, le parti Horizons et Territoires de progrès), dévoilée au fil des jours. Elles pointent du doigt plusieurs candidats, et notamment Jérôme Peyrat, investi dans la quatrième circonscription de Dordogne.

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Jérôme Peyrat, condamné pour violences volontaires sur son ancienne compagne

Le maire de la Roque-Gageac a été condamné en septembre 2020 pour des violences volontaires sur son ancienne compagne. L'affaire concerne une violente dispute survenue à bord de la voiture du maire. Lors de l'audience, il lui reproche de lui avoir arraché ses lunettes alors qu'il conduisait. Elle l'accuse de l'avoir frappée. Elle a eu 14 jours d'ITT. Jérôme Peyrat a été condamné à 3.000 euros avec sursis. Il n'a pas fait appel de la décision, confirme à France Inter son avocate Maître Dominique Petit. Deux mois plus tard, son ancienne compagne a à son tour été condamnée pour des appels et messages malveillants à l'intention de Jérôme Peyrat et de ses proches.

À l'époque, Jérôme Peyrat avait démissionné de son poste de conseiller à l'Élysée. Aujourd'hui, il est investi par LREM. Interrogé par France Inter, l'intéressé estime que cette peine "avec sursis" ne "m'interdit pas de continuer ma vie d'élu".

"Il y a un antagonisme entre le discours d'Emmanuel Macron sur l'égalité entre les femmes et les hommes comme 'Grande cause du quinquennat', 'je suis féministe', etc. et le fait d'investir en même temps un homme condamné", souligne pour sa part Fiona Texeire. D'autant que Jérôme Peyrat n'est pas le seul candidat investi à être impliqué dans des affaires judiciaires.

Les cas Gérald Darmanin et Yves Blein

Le plus médiatisé est Gérald Darmanin, actuel ministre de l'Intérieur. Le candidat dans la 10e circonscription du Nord est toujours au cœur d'une enquête portant sur des accusations de viols. Le parquet de Paris a requis un non-lieu en janvier dernier. La juge d'instruction doit encore se prononcer pour ordonner un non-lieu ou renvoyer Gérald Darmanin devant la justice. Aucune date n'a encore été fixée, indiquent ses avocats.

Yves Blein, député sortant et réinvesti dans la 14e circonscription du Rhône est, lui, visé par une plainte pour harcèlement sexuel. Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Lyon. À ce jour, le député n'a pas été convoqué par la justice, affirme son avocat Maître Hervé Banbanaste, qui dénonce des "boules puantes" et un "dossier brinquebalant".

"On peut douter de la capacité d'un homme politique condamné à s'investir pour les femmes"

Avec ces candidats, l'Observatoire des violences sexistes et sexuelles relèvent "beaucoup de points problématiques". L'enjeu est démocratique d'abord, selon Fiona Texeire : "On parle de gens qui vont voter des lois, un budget. On peut douter de la capacité d'un homme politique condamné à s'investir pour les femmes."

Sur ce sujet, Jérôme Peyrat est catégorique : "L'appellation de ma condamnation laisse penser que ce ne sera pas le cas mais je demande qu'on regarde les faits et la peine prononcée, je ne pense pas que ça me disqualifie. Je ne suis pas un homme violent", assure-t-il à France Inter. Il affirme vouloir "défendre la cause des femmes", avoir été à la manœuvre pour faire voter la loi Schiappa et accompagne les femmes de sa commune victimes de violences.

Mais Fiona Texeire pointe aussi du doigt le volet judiciaire, car avec l'immunité parlementaire, les instructions peuvent être bloquées. Elle souligne également le climat de travail à l'Assemblée nationale que cela peut créer et l'implication des élus dans leur mission : "Quand on voit le temps que Nicolas Hulot a consacré à s'occuper de son scandale sexuel plutôt qu'à se préoccuper du climat, c'est scandaleux."

Interrogé sur ces sujets, le délégué général de La République en marche (LREM) Stanislas Guerini a pris la défense de Jérôme Peyrat, sur franceinfo. "C'est un honnête homme, je ne crois pas qu'il soit capable de violences sur les femmes", a-t-il estimé. "Si j'avais la conviction ou même le soupçon qu'on a affaire à quelqu'un qui puisse être violent et coupable de violences sur les femmes, jamais je n'aurais accepté cette investiture-là", a-t-il assuré.

Du mieux depuis #MeToo

L'Observatoire des violences sexistes et sexuelles interpelle aussi sur les cas des députés sortants Benoît Simian (Horizons), Pierre Cabaré (LREM) et Stéphane Trompille (LREM), tous accusés de harcèlement par leur ancienne collaboratrice ou leur ex-compagne. La circonscription du troisième n'a pas encore été attribuée mais il a d'ores et déjà fait savoir au Progrès qu'il comptait se représenter, quelle que soit la décision de la majorité présidentielle. Benoît Simian et Pierre Cabaré n'ont, eux, pas été réinvestis par Ensemble! .

"On a un peu avancé", relève Fiona Texeire, qui souligne que "la mobilisation est plus forte qu'il y a cinq" grâce à la vague #MeToo survenue à partir d'octobre 2017. "Mais il reste un chemin énorme à parcourir."