[scald=67577:sdl_editor_representation]RABAT (Reuters) - Les Marocains sont appelés aux urnes vendredi pour des élections législatives anticipées censées traduire dans les faits la volonté de réforme affichée par le roi Mohammed VI dans un contexte de révoltes démocratiques dans le monde arabe.

Deux grands blocs devraient s'affronter pour les 325 sièges en jeu à la Chambre des représentants: les islamistes du Parti de la Justice et du Développement (PJD) et une alliance d'inspiration libérale composée de huit formations jugées proches du palais royal et regroupées au sein de la Coalition pour la démocratie.

Pour le palais, ce scrutin doit illustrer un changement dans le vie politique du royaume. Ce projet se heurte toutefois au risque de l'abstention.

Le Mouvement du 20-Février, né dans la rue, mène campagne en faveur du boycottage des élections, qui, à ses yeux, ne feront que reconduire au pouvoir une caste corrompue en raison de l'insuffisance des réformes promises. Son appel est relayé par les islamistes de Justice et Charité, une organisation interdite, et par deux petites formations de gauche.

Dans le sillage des révolutions en Tunisie et en Egypte, le Maroc a été, à son tour, le théâtre de manifestations en faveur de changements politiques à partir de février.

Mohammed VI a vite réagi. Il a exposé en juin une série d'amendements constitutionnels transférant une partie de ses prérogatives à des représentants élus, il les a fait adopter par référendum deux semaines plus tard et a avancé de 10 mois les élections législatives. Le souverain a cependant conservé la haute main sur les affaires religieuses et de sécurité.

RENOUVELLEMENT

L'objectif est notamment de procéder au renouvellement d'une classe dirigeante jugée corrompue par une grande partie des 32 millions de Marocains.

Certes proche du palais, la Coalition pour la démocratie est dirigée par une génération plus jeune et moins exposée que l'équipe sortante, aux yeux de l'opinion, aux accusations de corruption et de népotisme.

La principale innovation attendue du scrutin est que, en vertu de la réforme constitutionnelle, le Premier ministre sera issu des rangs de la formation arrivée en tête.

Vainqueurs en nombre de voix mais deuxièmes en nombre de sièges à l'issue des dernières législatives de 2007, les islamistes du PJD, respectueux de la souveraineté de Mohammed VI, se sentent ainsi en mesure de prendre la tête du futur gouvernement.

Des responsables du PJD ont accusé leurs adversaires de tenter d'acheter des voix d'électeurs, une pratique ayant entaché de précédents scrutins.

LE ROI APPELLE À LA "MOBILISATION GÉNÉRALE"

Ministre de l'Economie et des Finances dans le gouvernement sortant, Salaheddine Mezouar, qui est aussi un des chefs de file de la Coalition pour la démocratie, a répondu qu'il était temps de rompre ave certaines pratiques électorales du passé.

"Nous voulons un nouveau Maroc avec des représentants élus et compétents", a-t-il dit récemment à Reuters.

Le Mouvement du 20-Février ne croit guère à ces promesses. Il a rassemblé des milliers de personnes dimanche dans plusieurs villes du royaume pour dénoncer ces élections.

"Nous appelons au boycottage car la Constitution n'est pas démocratique et (...) elle permet au palais royal de dominer les appareils militaire, exécutif, religieux et judiciaire", dénonce Nadjib Chaouki, du Mouvement du 20-Février.

Malgré la faible participation (37%) au scrutin législatif de 2007, cet appel à l'abstention semble trouver peu d'écho au sein d'une population peu politisée. Mohammed VI a lui-même exhorté les Marocains à se rendre aux urnes.

"La mobilisation nationale générale reste le préalable essentiel pour relever le défi majeur consistant à assurer le succès des élections, afin qu'elles soient libres, régulières et compétitives", a déclaré le roi le 6 novembre, en assurant que ce scrutin permettrait la "mise en oeuvre démocratique" de la nouvelle Constitution.

Les autorités ont en outre pris des mesures directes contre la campagne en faveur du boycottage des élections. Plusieurs opposants, majoritairement issus de Mouvement du 20-Février, ont été arrêtés et interrogés par la police pour avoir distribué des tracts appelant à l'abstention.

Quelle que soit la nouvelle majorité issue des urnes, elle trouvera des caisses publiques un peu moins garnies en raison des hausses de salaires dans la fonction publique et des subventions aux biens de première nécessité mises en oeuvre pour éviter que le souffle du "printemps arabe" n'emporte la monarchie marocaine.

Rédaction de Rabat, Bertrand Boucey pour le service français

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