[scald=67985:sdl_editor_representation]par Souhail Karam

RABAT (Reuters) - Les Marocains ont voté ce vendredi pour des élections législatives anticipées censées traduire dans les faits la volonté de réforme affichée par le roi Mohammed VI sur fond de révoltes démocratiques dans le monde arabe.

Deux grands blocs devraient s'affronter pour les 395 sièges de la Chambre des représentants élus à la proportionnelle: les islamistes du Parti de la Justice et du Développement (PJD) et le G8, une alliance d'inspiration libérale composée de huit formations jugées proches du palais royal et regroupées en octobre au sein de la Coalition pour la démocratie.

Quelque 13,6 millions d'électeurs inscrits étaient attendus dans les bureaux de vote, dont la fermeture était prévue à 19h00 (GMT). A deux heures de la clôture du scrutin, la participation était de 34%, selon le ministère de l'Intérieur.

Le dernier scrutin législatif, en 2007, avait mobilisé 37% des inscrits.

Une forte abstention serait un échec pour la monarchie, qui a présenté la consultation comme le symbole du changement démocratique.

Mohamed VI a lui-même exhorté les Marocains à se rendre aux urnes: "La mobilisation nationale générale reste le préalable essentiel pour relever le défi majeur consistant à assurer le succès des élections, afin qu'elles soient libres, régulières et compétitives", a déclaré le roi le 6 novembre, en assurant que ce scrutin permettrait la "mise en oeuvre démocratique" de la nouvelle Constitution.

Le Mouvement du 20-Février, né dans la rue, mène campagne en faveur du boycottage des élections, qui, à ses yeux, ne feront que reconduire au pouvoir une caste corrompue en raison de l'insuffisance des réformes promises. Son appel est relayé par les islamistes de Justice et Charité, une organisation interdite, et par deux petites formations de gauche.

Mais la crainte du palais n'est pas tant l'appel au boycottage que l'apathie du Marocain de la rue.

RENOUVELLEMENT

"C'est vraiment le moment de vérité, un choix entre le régime ancienne manière et un certain changement", analyse Lise Storm, spécialiste du monde arabe à l'université anglaise d'Exeter. "Les dirigeants marocains savent qu'ils ne peuvent pas continuer à gérer les affaires publiques comme ils l'ont fait par le passé."

Dans le sillage des révolutions de Tunisie et d'Egypte, le Maroc a été, à son tour, le théâtre de manifestations en faveur de changements politiques à partir de février.

Mohamed VI a proposé en juin une série d'amendements constitutionnels pour transférer une partie de ses prérogatives à des représentants élus. Il les a fait adopter par référendum deux semaines plus tard et a avancé de dix mois les élections législatives. Le souverain a cependant conservé la haute main sur les affaires religieuses et la sécurité.

L'objectif est notamment de procéder au renouvellement d'une classe dirigeante jugée corrompue par une grande partie des 32 millions de Marocains.

Certes proche du palais, la Coalition pour la démocratie est dirigée par une génération plus jeune et moins exposée que l'équipe sortante, aux yeux de l'opinion, aux accusations de corruption et de népotisme.

La principale innovation attendue du scrutin est qu'en vertu de la réforme constitutionnelle, le Premier ministre sera issu des rangs de la formation arrivée en tête.

Vainqueurs en nombre de voix mais deuxièmes en nombre de sièges à l'issue des dernières législatives, les islamistes du PJD, respectueux de la souveraineté de Mohamed VI, se sentent ainsi en mesure de prendre la tête du futur gouvernement.

"Nous ne savons pas à quoi nous attendre. Nous espérons que la participation dépassera les 50% et que ce jour marquera la victoire de la démocratie", a dit Abdelilah Benkirane, tête de liste du parti islamiste, au moment de voter à Rabat.

"Les retours sont positifs jusqu'à présent", a dit à Reuters Salaheddine Mezouar, qui dirige la coalition libérale. "Je crois que les Marocains sont conscients de la signification particulière (de l'élection) dans le contexte actuel."

ARGENT

Des responsables du PJD ont accusé leurs adversaires de tenter d'acheter des voix d'électeurs, une pratique ayant entaché de précédents scrutins.

"Qu'est-ce qui fait voter les Marocains ? L'argent", dit pour sa part Ali Anozla, rédacteur en chef du site d'informations en ligne Lakome.com. "Propriétaires terriens et hommes d'affaires en vue forment le gros des candidats en lice pour ces élections et nous entendons déjà parler, une fois de plus, de sommes massives qui circulent", ajoute-t-il.

Ministre de l'Economie et des Finances dans le gouvernement sortant, Salaheddine Mezouar a répondu qu'il était temps de rompre avec certaines pratiques électorales du passé.

"Nous voulons un nouveau Maroc avec des représentants élus et compétents", a-t-il dit récemment.

Le Mouvement du 20-Février ne croit guère à ces promesses. Il a rassemblé des milliers de personnes dimanche dernier dans plusieurs villes du royaume pour dénoncer ces élections.

Les autorités ont pris des mesures directes contre la campagne en faveur du boycottage en faisant arrêter plusieurs opposants, majoritairement issus de Mouvement du 20-Février.

Bertrand Boucey, Clément Guillou et Jean-Philippe Lefief pour le service français

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