Si Emmanuel Macron réussit à obtenir la majorité absolue aux législatives, ceux qui l'ont soutenu pourraient bien se retrouver privés de tout poids politique.

Le Président Emmanuel Macron salue François Bayrou lors de son investiture, le 14 mai 2017 à l'Élysée.
Le Président Emmanuel Macron salue François Bayrou lors de son investiture, le 14 mai 2017 à l'Élysée. © AFP / FRANCOIS MORI / POOL

Qui aurait parié, il y a encore quelques semaines, sur un raz-de-marée de La République en marche (LREM) à l'Assemblée ?

Alors que ce vendredi marque la dernière journée de campagne avant le premier tour des élections législatives prévu le 11 juin, les sondages placent la formation d'Emmanuel Macron en tête dans les intentions de vote.

Même sans les futurs députés Modem, LREM pourrait obtenir la majorité absolue, condamnant ses soutiens à des rôles bien minimes.

Un rôle symbolique pour le MoDem ?

Le parti de François Bayrou pourrait ainsi être le "dindon de la farce".

Emmanuel Macron avait besoin du MoDem pour passer le premier tour de l'élection présidentielle et François Bayrou a donc réussi à arracher l'investiture d'environ 80 députés, contre une quarantaine dans la première liste dévoilée par le mouvement du Président.

"On compte sur 40 députés élus, voire même plus", explique Jacqueline Gourault, Vice-présidente du Sénat sur France Inter ce jeudi 8 juin.

►ÉCOUTER | Jacqueline Gourault, invité d'Éric Delvaux sur France Inter

Le MoDem espère ainsi former un groupe à l'Assemblée nationale puisqu'il suffit de 15 députés pour le faire. Le parti, qui ne comptait que deux députés en 2012, va donc renaître de ses cendres, oubliant sa traversée du désert et l'échec des dernières législatives, en 2012, symbolisé par la défaite de François Bayrou lors d'une triangulaire. Il avait du laisser son siège de député de la 2e circonscription des Pyrénées-Atlantiques qu'il occupait depuis 1988.

Avec un groupe au Palais Bourbon, le MoDem pourra aussi "souffler" financièrement puisque le financement public se fait en fonction du nombre d'élus.

Et pourtant, la victoire pourrait être amère.Si LREM obtient la majorité absolue seul, Emmanuel Macron n'aura en effet pas nécessairement besoin des députés MoDem pour légiférer.

Ainsi, pour le politologue spécialiste du centre, Alexis Massart,"le parti de Bayrou aura surtout un rôle symbolique, celui de conforter le discours d'Emmanuel Macron", de prouver que le Président s'est attaché toutes les forces centristes.

Mais la sénatrice de Loir-et-Cher Jacqueline Gourault n'envisage pas que le centre soit condamné à rester une force d'appoint.

Les centristes de tout poil comprendront que ce qu'on a espéré est en train de se réaliser par Emmanuel Macron, c'est à dire casser ce clivage gauche-droite, qui ne représentait plus aucune réalité dans la vie politique française. Il y a une espère d'arc central. Pour les centristes, c'est le moment de s'unir et de participer à cette majorité, ce serait vraiment une erreur historique que de ne pas le faire. (J. Gourault, sénatrice)

Quelle(s) marge(s) de manœuvre pour les députés "macron-compatibles"?

Si Emmanuel Macron pourrait se passer du centre, il pourrait aussi bâillonner les députés des autres formations "macro-compatibles", ceux qui n''ont pas eu de candidats LREM face à eux pour ces élections législatives et à qui l'on pourrait rappeler qu'ils ne doivent pas leur (potentielle) élection au hasard.

Thierry Solère, candidat investi par Les Républicains dans la 9e circonscription des Hauts-de-Seine, qui n'a aucun candidat LREM face à lui et qui a reçu la visite du premier ministre Edouard Philippe, le 6 juin, à Boulogne-Billancourt, refuse pourtant d'imaginer qu'il ne pourra pas faire pression sur le gouvernement.

Mon sujet à moi, c'est que les réformes soient faites (...) Même avec une majorité absolue, Emmanuel Macron aura besoin de nous pour faire face à la fronde sociale" (T. Solère, candidat LR aux législatives)

"Besoin de nous", un refrain auquel beaucoup veulent encore s'accrocher. Et pourtant, le Président pourrait donc bien réussir son tour de force : celui de n'avoir besoin de personne pour faire passer ses lois.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.