[scald=101421:sdl_editor_representation]par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - Les représentants de la communauté juive de France ont accepté mercredi les explications de François Fillon après les propos controversés du Premier ministre sur l'inadéquation, à ses yeux, des traditions d'abattage rituel avec le monde moderne.

Ils ont en revanche exprimé leur "inquiétude" au sujet de la proposition, évoquée samedi par Nicolas Sarkozy, d'étiqueter les viandes selon les méthodes d'abattage, rituelles ou non.

"Le Premier ministre a parfaitement expliqué d'abord qu'il comprenait que nous ayons été heurtés. Il a réexpliqué de façon très claire qu'il n'était pas question de remettre en cause l'abattage rituel en France", a déclaré à la presse le président du Consistoire central Joël Mergui à la suite d'un entretien d'un peu plus d'une heure avec François Fillon. "Sur ces propos, l'incident est clos", a-t-il ajouté.

"Il s'est défendu d'avoir voulu nous blesser, il s'est défendu d'avoir voulu viser la religion et la communauté juive", a renchéri le grand rabbin de France Gilles Bernheim.

Jeudi, François Fillon recevra Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris et le président du Conseil français du culte musulman, Mohammed Moussaoui.

Il avait suscité lundi la "stupéfaction" du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) par ses déclarations controversées sur l'abattage rituel par égorgement, kasher (juif) ou halal (musulman).

"Je pense que les religions devraient réfléchir au maintien de traditions qui n'ont plus grand-chose à voir avec l'état aujourd'hui de la science, l'état de la technologie, les problèmes de santé", avait dit le Premier ministre sur Europe 1.

"FORME DE STIGMATISATION"

Mais Joël Mergui et Gilles Bernheim ont dit voir dans la suggestion du chef de l'État d'étiqueter les viandes un "revirement brutal". Jusque-là, le gouvernement travaillait plutôt à une régulation des conditions d'abattage.

À partir du 1er juillet 2012, date d'entrée en vigueur d'un décret sur le sujet, les abattoirs ne pourront procéder aux abattages rituels que s'ils ont reçu une autorisation préalable de l'État et s'ils peuvent prouver via un système de "bons de commande" que cette production répond à une demande commerciale.

Interrogé sur l'étiquetage en février, le ministre de l'agriculture Bruno Le Maire avait d'ailleurs estimé que cette question relevait de la réglementation européenne et que le nouveau décret allait traiter le problème en amont.

"Notre inquiétude porte sur le fait que l'on s'attache à une parfaite traçabilité mais sur les seuls moments religieux qui interviennent dans la vie de l'animal (...) alors que sur le reste, que ce soit la castration, que ce soit le transport des animaux, que ce soit le mode de vie des animaux, nul ne demande quoi que ce soit", a déclaré le grand rabbin de France.

"(L'étiquetage) est une forme de stigmatisation, qui rend la vie plus chère et qui de ce fait peut suggérer à terme que certains rites religieux conduisent à une forme de taxation, donc à plus de difficultés à vivre en France. C'est la question du vivre ensemble qui est en jeu", a-t-il ajouté.

Mohammed Moussaoui a jugé lundi la proposition d'étiquetage du halal "stigmatisante" pour les musulmans.

Gilles Bernheim et Joël Mergui devaient être reçus ce mercredi après-midi par le ministre de l'Intérieur Claude Guéant. Cet entretien devrait aborder plus directement la question de l'étiquetage des viandes.

Edité par Yves Clarisse

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