Tradition républicaine respectée lors de toutes les élections depuis 1974 (sauf en 2002), le débat entre les deux candidats sortis en tête au premier tour a souvent été crucial.

François Hollande et Nicolas Sarkozy lors du débat d'entre-deux-tours en 2012
François Hollande et Nicolas Sarkozy lors du débat d'entre-deux-tours en 2012 © Reuters

1974 : Valéry Giscard d'Estaing contre François Mitterrand

Le moment crucial : Valéry Giscard d'Estaing, alors ministre de l'Économie et des Finances, se retrouve face à François Mitterrand, Premier secrétaire du Parti socialiste. Ce dernier l'attaque notamment sur la question de la répartition des richesses, estimant qu'il faut en la matière faire preuve "d'intelligence" mais aussi "de coeur". La phrase agace son adversaire, qui réplique "Vous n'avez pas le monopole du cœur".

L'effet sur le vote : Dès le lendemain du débat, Valéry Giscard d'Estaing gagne 1,5 points dans les sondages. Il remporte l'élection présidentielle de justesse, avec 50,81 % des suffrages.

1981 : François Mitterrand contre Valéry Giscard d'Estaing

Le moment crucial : Le débat de 1974 a laissé un mauvais souvenir à François Mitterrand, que le président de la République avait alors accusé d'être "l'homme du passé", faisant allusion à sa déjà longue carrière politique à l'époque, entamée 27 ans plus tôt. Cette fois, le candidat socialiste prend sa revanche : il prend le contrepied de la critique émise 7 ans auparavant, et accuse Valéry Giscard d'Estaing d'être devenu "l'homme du passif".

L'effet sur le vote : Cette fois, avantage Mitterrand. Ce dernier remporte l'élection avec 51,76 % des voix.

1988 : François Mitterrand contre Jacques Chirac

Le moment crucial : Ce second tour voit s'affronter le président sortant et son Premier ministre pendant deux ans. Et c'est d'ailleurs l'axe d'attaque que va utiliser François Mitterrand à plusieurs niveaux. D'abord, il s'assure que la table du débat ait exactement les mêmes dimensions que celle du Conseil des ministres... Et décide d'appeler son adversaire "Monsieur le Premier ministre", comme pour maintenir un lien hiérarchique. Jacques Chirac s'en agace... Et François Miterrand jubile.

L'effet sur le vote : Décidément, François Mitterrand est bien celui des deux qui aura le plus incarné, pour les électeurs, le président de la République. Ils le reconduisent à cette fonction à 54,02 %.

1995 : Jacques Chirac contre Lionel Jospin

Le moment crucial : Alors que tout le monde prévoyait un duel entre Jacques Chirac et le Premier ministre Édouard Balladur, c'est finalement Lionel Jospin qui se qualifie, et qui arrive même en tête au premier tour. Le débat entre les deux est calme, courtois, sans petite phrase... Ce qu'on en retiendra finalement, c'est ce petit échange entre les deux candidats, et notamment Jacques Chirac qui assure que "les Français détestent" les piques et les petites phrases.

L'effet sur le vote : Jacques Chirac remporte l'élection avec 52,64 % des voix, mais fera de Lionel Jospin son Premier ministre deux ans plus tard, après la dissolution de l'Assemblée nationale qu'il a lui-même décidée.

2002 : Jacques Chirac évite Jean-Marie Le Pen

Le moment crucial : Pour la première fois depuis 1974, cet entre-deux-tours n'a pas connu de débat entre les deux finalistes, Jacques Chirac refusant catégoriquement de débattre avec Jean-Marie Le Pen, qualifié surprise du premier tour. Le président sortant l'affirme dans un discours : "Pas plus que je n’ai accepté dans le passé d’alliance avec le Front national, et ceci quel qu’en soit le prix politique, je n’accepterai demain de débat avec son représentant."

L'effet sur le vote : Ce débat, Jacques Chirac n'en avait de toute façon pas besoin. Porté par un vaste mouvement de vote contre le Front national, il remporte l'élection avec un score record de 82,21 % des voix.

2007 : Ségolène Royal contre Nicolas Sarkozy

Le moment crucial : Ce retour au débat présidentiel ne manque pas de pêche. Nicolas Sarkozy, que les électeurs voient comme un homme irascible, essaie de donner le plus possible l'image d'un candidat calme et apaisé. À l'inverse, Ségolène Royal, jugée plus posée et peu soutenue par son parti, a tout à gagner à imposer sa présence, ce qu'elle fait à plusieurs reprises. Notamment dans cet échange assez vif, cette "colère saine" où elle s'indigne de l'accueil des élèves handicapés dans le système éducatif.

L'effet sur le vote : Stratégie réussie pour Nicolas Sarkozy, qui est paradoxalement jugé, dans les sondages, plus calme que son adversaire. Il remporte l'élection avec 53,06 % des suffrages.

2007 (bis) : Ségolène Royal et François Bayrou

Le moment crucial : Petite originalité de cette élection, après le débat entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, cette dernière participe à un débat avec François Bayrou, candidat malheureux arrivé troisième du premier tour. L'ambiance y est nettement plus conviviale que lors de l'affrontement principal, les deux politiques échangeant sur leurs accords et leurs désaccords.

L'effet sur le vote : L'échange a beau être courtois, il n'est absolument pas question ici d'un ralliement de François Bayrou à Ségolène Royal. Difficile de dire si une telle alliance aurait changé le résultat du second tour, remporté par Nicolas Sarkozy.

2012 : Nicolas Sarkozy contre François Hollande

Le moment crucial : Au cours de ce débat, le plus long jamais connu par les téléspectateurs de la Ve République (2h50 au total, un record), c'est François Hollande qui semble dominer du début à la fin, notamment parce que le tirage au sort l'a désigné comme le premier à parler sur tous les sujets, le président sortant se contentant de répliquer à ses interventions. Le débat sera moins marqué par l'affrontement entre les deux hommes que par la fameuse tirade "moi président" de François Hollande, dont presque chaque phrase est une attaque à peine voilée contre un mauvais souvenir laissé par le quinquennat précédent.

L'effet sur le vote : Porté par un fort sentiment "anti-Sarkozy", François Hollande marque des points lors de ce débat, ce qui lui permet de remporter l'élection avec une légère avance : 51,64 % des voix.

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