En 1981, le président sortant Valéry Giscard d'Estaing est battu par le candidat socialiste François Mitterrand au second tour de l'élection présidentielle. La campagne du candidat de l'UDF a pris un sérieux coup dans l'aile avec l'affaire des "diamants de Bokassa", qui éclate à l'automne 1979.

Les affiches de campagne de VGE pour l'élection présidentielle de 1981 avaient été détournées pour faire référence à "l'affaire des diamants"
Les affiches de campagne de VGE pour l'élection présidentielle de 1981 avaient été détournées pour faire référence à "l'affaire des diamants" © Getty / KEYSTONE FRANCE

Valéry Giscard d'Estaing, troisième président de la Ve République (1974-1981), est mort le 2 décembre, des suites du Covid-19, a fait savoir sa famille. Il partage avec Nicolas Sarkozy et François Hollande, ses successeurs à la fonction suprême, la spécificité de n'avoir fait qu'un seul mandat à l'Élysée.

En 1981, candidat à sa propre réélection, il finit en tête du premier tour devant François Mitterrand mais est battu par le candidat socialiste au deuxième. Or, si VGE était bien parti pour se succéder, l'affaire des "diamants de Bokassa" a empoisonné sa fin de mandat et sa campagne.

Le Canard Enchaîné révèle l'affaire 

Le 10 octobre 1979, trois semaines après la chute de Jean-Bedel Bokassa, qui s'était autoproclamé "empereur à vie de Centrafrique" en 1977, le Canard Enchaîné titre : "Quand Giscard empochait les diamants de Bokassa". Le Palmipède publie un fac-similé d'une commande de Jean-Bedel Bokassa, révélant que ce dernier a remis en 1973 à Valéry Giscard d'Estaing, alors ministre des Finances, une plaquette de diamants de trente carats. Un cadeau dans le cadre de parties de chasse en Centrafrique, lors de voyages privés du ministre Giscard d'Estaing.

Une semaine plus tard, le Canard affirme que la valeur de la plaquette est de 1 million de francs et précise que d'autres diamants ont été offerts à VGE à l'occasion de ses déplacements à Bangui entre 1970 et 1975.

Valéry Giscard d'Estaing dément dans un premier temps

Dans un premier temps, Valéry Giscard d'Estaing ne souhaite ni s'expliquer, ni répondre. Le 27 novembre 1979, sur Antenne 2, il répond et parle d'une "campagne indigne", opposant un "démenti catégorique et méprisant" à ces accusations. "Il faut", dit-il, "laisser les choses basses mourir de leur propre poison".

Le Canard enchaîné relance l'affaire un an plus tard, le 16 septembre 1980, en publiant un entretien téléphonique avec l'ancien empereur centrafricain, Jean-Bedel Bokassa. Ce dernier affirme "avoir remis à quatre reprises des diamants au couple présidentiel. Vous ne pouvez pas imaginer ce que j'ai remis à cette famille-là", insiste Bokassa, que VGE appelait pourtant son "parent et ami" au début des années 1970, bien avant que les services secrets français ne renversent l'autocrate.

Quelques mois plus tard, le 10 mars 1981, Valéry Giscard d'Estaing, dans l'émission "Le Grand Débat" sur TF1, déclare qu'il "n'y a aucun mystère dans "l'affaire des diamants"", mais fait évoluer son discours :

"En fait, ce n'était pas du tout, comme on l'a dit, des diamants, c'est-à-dire de grosses pierres ayant une grande valeur et que l'on pouvait garder pour soi, auxquelles on pouvait donner je ne sais quelle destination. C'était plutôt des produits de la Taillerie de Bangui qui sont plutôt utilisables sur un plan de décoration en bijouterie."

Le chef de l'État et candidat à un deuxième septennat minimise donc ce don et précise que ces "pierres" ont été vendues "au profit de la Croix rouge centrafricaine, d'une maternité, d'une pouponnière et d'une mission", ce que confirme l'hebdomadaire Le Point, dans son édition du 22 mars 1981, qui avance, comptabilité de l'Élysée à l'appui, que ces diamants ont été vendus pour une somme de 114 977 francs, et que l'argent a bien été remis à des œuvres de bienfaisance centrafricaines. On est loin du million de francs de diamants dont parlait Le Canard Enchaîné deux ans plus tôt.

Quand les diamants pourrissent la campagne de Giscard 

Giscard, président candidat à sa propre réélection, est en avance dans les sondages mais sa campagne pour 1981 va être phagocytée par cette affaire. Les affiches de campagne du président sortant sont détournées, avec de gros diamants, à la place des yeux de VGE. L'idée est de Jacques Séguéla, membre de l'équipe de campagne du futur vainqueur, François Mitterrand. Invité de Franceinfo ce jeudi, il avoue aujourd'hui regretter son geste : "Il ne méritait pas ça, ce n'était pas fair-play", reconnaît le publicitaire qui raconte que Mitterrand avait désapprouvé le geste et lui avait tapé sur les doigts : "Séguéla, j'ai presque envie de vous virer."

L'affaire des diamants va poursuivre Giscard jusqu'au bout. Le 8 mai 1981, deux jours avant le second tour contre François Mitterrand, Jean-Bedel Bokassa donne une interview en guise de coup de grâce au Washington Post. L'empereur déchu réaffirme dans cet entretien avoir offert des diamants à VGE en présence de témoins, à quatre occasions en huit ans. Bokassa affirme également qu'il a offert au président français et à sa famille des diamants de 10 à 20 carats : "Je les ai gâtés, ils sont pourris", lâche l'ancien empereur de Centrafrique, qui rumine la fin de son règne, provoquée par les parachutistes français. "Je règle mes comptes avec ceux qui ont provoqué ma chute", savoure Bokassa.

Deux jours plus tard, le 10 mai 1981, Valéry Giscard d'Estaing est battu par François Mitterrand qui devient président de la République.