[scald=63381:sdl_editor_representation]par Michael Winfrey et Angeliki Koutantou

ATHENES (Reuters) - Les Grecs se félicitent de la nomination de Lucas Papadémos à la tête d'un nouveau gouvernement de coalition en espérant que ce dernier remettra l'économie sur les rails et apaisera la tourmente politique qui a menacé de faire sortir Athènes de la zone euro.

L'ancien vice-président de la Banque centrale européenne n'a pas encore dévoilé la composition de son cabinet d'union nationale, qui doit prêter serment lors d'une cérémonie à 14h00 GMT après une semaine d'âpres tractations entre les deux grands partis politiques du pays, socialiste et conservateur.

La tâche de Papadémos est immense.

Il doit mettre en oeuvre des mesures d'austérité draconiennes dans un pays déjà miné par des mois de récession afin d'obtenir un nouveau prêt de 130 milliards d'euros pour empêcher la Grèce de faire faillite.

Il doit encore s'efforcer de diminuer les tensions entre dirigeants politiques dont les querelles, à l'approche des élections législatives anticipées début 2012, ont déstabilisé les marchés financiers et suscité la colère de l'Union européenne.

"Une nouvelle ère" ou "L'espoir revient", n'hésitent pourtant pas à titrer les journaux grecs même s'ils mesurent les difficultés à venir.

"UN BON DEPART"

A Athènes, la nomination de Papadémos apporte un peu d'air frais.

"Ce ne sera pas facile pour la Grèce de sortir du tunnel mais j'espère que Papadémos préparera le terrain à la renaissance économique grecque. C'est un bon départ", estime Maria Apostolou, une formatrice âgée de 42 ans.

"Je suis très heureuse que ce ne soit pas un homme politique. (...) Les politiciens sont responsables de cette situation. Il vaut mieux avoir des technocrates au gouvernement", ajoute-t-elle.

Lucas Papadémos a conclu jeudi des discussions avec les représentants du Pasok de George Papandréou, le Premier ministre sortant, et du parti conservateur Nouvelle Démocratie d'Antonis Samaras, sans le moindre signe d'un accord sur une liste gouvernementale.

Et la prestation de serment du gouvernement a été retardée de deux heures, a indiqué la présidence sans autre explication.

De sources proches des deux partis, on déclare que l'actuel ministre des Finances, le socialiste Evangelos Venizélos, restera à son poste.

De sources politiques, on indique également que Samaras a failli torpiller l'accord sur un gouvernement de coalition car Papadémos avait exigé des partis qu'ils signent un engagement à soutenir les réformes.

Or la perspective d'élections anticipées, dont la date a été provisoirement fixée au 19 février, conduit les partis à vouloir prendre leurs distances avec d'impopulaires mesures d'austérité.

Le nouveau Premier ministre devra faire adopter un budget 2012 de nouveau marqué par la rigueur, organiser la privatisation de plusieurs entreprises publiques, lutter contre une évasion fiscale généralisée et commencer à réduire la montagne de dette du pays.

"HALTE À L'AUSTÉRITÉ"

L'endettement est estimé par la Commission européenne à 162% du produit intérieur brut cette année, bien au-dessus de la moyenne européenne de 85% du PIB et du ratio de 62% de l'Argentine au moment de sa faillite en 2001. Ces chiffres conduisent de nombreux économistes à la conclusion qu'Athènes ne pourra échapper à un défaut de paiement.

Le taux de chômage a atteint 18,4% en août dernier, un record depuis l'entrée de la Grèce dans la zone euro en 2001, à une période de l'année normalement propice aux embauches saisonnières dans le secteur du tourisme.

"Les mesures qui ont déjà été annoncées seront imposées", constate Yiannis Papageorgiou, un fonctionnaire de 57 ans, par allusion aux baisses de salaires et de pensions, et aux hausses d'impôt.

"Mais j'espère au moins que le nouveau gouvernement ne prendra pas de nouvelles mesures parce que jusqu'à présent, ce ne sont que les travailleurs grecs qui ont payé pour la crise", ajoute-t-il.

Environ 8.000 partisans du Parti communiste ont défilé jeudi soir devant le parlement aux cris de "Halte à l'austérité".

Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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