[scald=68039:sdl_editor_representation]par Souhail Karam

RABAT (Reuters) - Les islamistes modérés du Parti de la justice et du développement (PJD) ont revendiqué vendredi soir la victoire en nombre de sièges aux élections législatives organisées au Maroc pour traduire dans les faits la volonté de réformes affichée par le roi Mohammed VI.

Les résultats définitifs du scrutin devraient être connus dans la journée de samedi.

Si sa victoire se confirme, le PJD deviendra, après le parti Ennahda en Tunisie, la deuxième formation islamiste modérée à arriver en tête d'une élection depuis le déclenchement du "printemps arabe".

Mais le PJD, qui ne propose pas d'imposer un ordre moral islamique stricte sur la société et défend le développement de la finance islamique, devra s'allier à d'autres forces politiques pour former un gouvernement.

"Sur la base des informations dont nous disposons actuellement, nous sommes en passe de faire mieux que prévu. Je pense que nous sommes partis pour obtenir entre 90 et 100 sièges", a dit tard dans la soirée le président du PJD, Abdelilah Benkirane.

La Chambre des représentants est formée de 395 députés.

Le PJD était notamment en concurrence avec le G8, une alliance d'inspiration libérale composée de huit formations jugées proches du palais royal et regroupées en octobre au sein de la Coalition pour la démocratie.

Lahcene Haddad, un des responsables de cette alliance, s'est refusé à tout commentaire.

LE MOUVEMENT DU 20-FÉVRIER NE DÉSARME PAS

L'autre grande interrogation autour de ce scrutin était la participation. Une forte abstention aurait été un échec pour la monarchie, qui a présenté la consultation comme le symbole du changement démocratique.

Le ministre de l'Intérieur, Taieb Cherqaoui, a annoncé dans la soirée que les législatives avaient mobilisé 45% des 13,6 millions d'électeurs inscrits, sur une population totale de 33 millions d'habitants environ.

En 2007, lors du précédent scrutin législatif, le taux de participation était ressorti à 37%. Mais il y avait alors deux millions d'inscrits supplémentaires.

Le scrutin, s'est félicité le ministre, "s'est déroulé dans des conditions normales et un climat de mobilisation empreint de compétition loyale, dans le respect des dispositions légales régissant l'opération électorale".

Driss Yazami, qui dirige le Conseil national des droits de l'homme, a indiqué que des observateurs avaient fait état d'atteintes aux règles. Mais, a-t-il ajouté au micro de la station de radio Aswat, "cela n'a pas atteint une ampleur de nature à affecter le déroulement des élections".

Ces législatives, avancées de dix mois sur le calendrier normal, avaient valeur de test des réformes amorcées par Mohammed VI sur fond de révoltes démocratiques dans le monde arabe.

Face aux manifestations en faveur de changements politiques dont le Maroc a été le théâtre à partir de février, le roi a proposé en juin une série d'amendements constitutionnels pour transférer une partie de ses prérogatives à des représentants élus, adoptés par référendum deux semaines plus tard.

En vertu de cette réforme, le souverain, qui conserve la haute main sur les affaires religieuses et la sécurité, devra notamment choisir un Premier ministre dans les rangs de la formation arrivée en tête.

Pour le Mouvement du 20-Février, né dans la rue, ces avancées sont insuffisantes et les élections, dénonçait-il par avance, ne feront que reconduire au pouvoir une caste corrompue en raison de l'insuffisance des réformes promises.

"Aujourd'hui, c'est une victoire pour le boycott", a commenté vendredi un de ses chefs de file, Najib Chaouki, qui souligne que "seuls six des 21 millions de Marocains éligibles ont participé aux élections. C'est un signal fort adressé aux autorités, le signe que les Marocains ne gobent pas les réformes proposées".

Le mouvement, qui réclame une monarchie parlementaire à l'espagnole, a mené campagne en faveur d'un boycott des urnes. Après avoir rassemblé des milliers de personnes dimanche dernier dans plusieurs villes du royaume pour dénoncer ces élections, il appelle à une nouvelle journée de contestation le 4 décembre.

Souhail Karam; Bertrand Boucey, Jean-Philippe Lefief et Henri-Pierre André pour le service français

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