[scald=219533:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Des dizaines de milliers de manifestants se sont mobilisés mardi à l'appel des syndicats CGT, FO, FSU et Solidaires, qui testent leur force face à l'exécutif français contre la réforme du marché du travail.

Dans une rare démonstration d'unité contre un texte signé le 11 janvier par les organisations patronales et trois autres syndicats de salariés - CFDT, CFTC et CGC - les frères ennemis de la CGT et de Force ouvrière ont défilé ensemble.

Ils ont reçu le renfort de militants du Front de gauche, dénonçant un recul social à leurs yeux sans précédent. Le texte sera présenté mercredi en Conseil des ministres.

La manifestation parisienne s'est ébranlée en début d'après-midi en direction de l'Assemblée nationale, en présence de plusieurs milliers de manifestants.

Dans la matinée, les opposants à "l'accord scélérat du 11 janvier", selon les termes d'une banderole, étaient 5.000 à Toulouse, selon les syndicats, et 1.800 d'après la police.

A Marseille, les organisateurs ont revendiqué 25.000 manifestants, tandis que la police n'en a dénombré que 4.000. "C'est le code du travail que l'on veut démonter. Les patrons ont déjà beaucoup de mal à l'appliquer, inutile d'en rajouter", a dit la secrétaire générale de l'Union départementale de la CGT des Bouches-du-Rhône, Mireille Chessa

A Lyon, entre 2.300 personnes et 7.000, selon les sources, syndicats ont rejoint la place Bellecour derrière la banderole "non à la régression sociale".

"ON SE BAGARRE ENSEMBLE"

Environ un millier de personnes ont défilé également dans la matinée à Strasbourg contre "La casse du code du travail".

Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT, a émis l'espoir que les 174 manifestations programmées rassembleraient "plusieurs centaines de milliers de personnes".

"Nous sommes d'accord sur le diagnostic, la nocivité de ce texte susceptible d'être traduit dans un texte de loi qui va être examiné par le conseil des ministres demain", a-t-il dit sur France Inter.

"Dès lors que nous considérons (...) que l'enjeu est beaucoup plus important que toutes les différences qu'on peut avoir, il était nécessaire de réunir nos forces."

"Quand on est d'accord, on ne se pose pas de question, on est ensemble, on se bagarre ensemble", a renchéri sur la même radio son homologue de FO, qui juge l'accord national interprofessionnel (ANI) du 11 janvier "dangereux et mal écrit".

"Le texte est déjà obligé d'être rectifié parce qu'il n'est pas conforme au code du travail et à certaines conventions internationales", a estimé Jean-Claude Mailly.

Le gouvernement dit avoir fidèlement retranscrit l'accord du 11 janvier, qui vise à renforcer la sécurisation des parcours professionnels en échange d'une plus grande souplesse de gestion accordée aux entreprises. Il sera en vigueur le 1er mai, a assuré lundi le ministre du Travail Michel Sapin.

Le coprésident du Parti de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, dont le mouvement a participé aux manifestations, juge ce texte "dangereux, régressif et antisocial".

FAIRE RECULER LE GOUVERNEMENT

Il a estimé sur RTL qu'il était encore possible de faire reculer le gouvernement sur un projet qui, selon lui, "reprend en le durcissant ce qu'avait prévu de son côté Nicolas Sarkozy", l'ancien chef de l'Etat UMP.

Le secrétaire national du Parti communiste, Pierre Laurent, crie lui aussi au démantèlement des droits sociaux, estimant que la journée de mardi ne sera qu'une "première mobilisation".

La décision du gouvernement de transposer à l'identique l'accord du 11 janvier ne passe pas non plus dans l'aile gauche du Parti socialiste, principal parti de la majorité.

Des représentants du courant "Maintenant la gauche" sont ainsi allés saluer les leaders syndicaux en tête du cortège parisien.

L'une des ses chefs de file, Marie-Noëlle Lienemann, a annoncé que "Maintenant la gauche" déposerait des amendements pour "rééquilibrer en faveur des salariés un texte trop favorable au Medef".

La droite devrait partiellement apporter à la majorité les voix de gauche qui risquent de manquer au Parlement.

L'ancien ministre UMP Benoist Apparu, aujourd'hui dans l'opposition, a dit sur Radio Classique qu'il voterait "très probablement" le projet de loi, même s'il le juge "trop faible" et "trop timide" pour résoudre la crise du chômage.

"Une bonne partie des parlementaires du groupe UMP va voter ce texte", a-t-il ajouté, tout en estimant que la journée de manifestation de mardi révélait des "désaccords très lourds au sein de la gauche".

Emmanuel Jarry et Gérard Bon, avec les correspondants de province, édité par Yves Clarisse

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