[scald=28593:sdl_editor_representation]par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Les professionnels de l'urgence sociale ont organisé mardi des grèves et des manifestations partout en France pour protester contre une insuffisance des moyens d'hébergement contestée par le gouvernement.

Ce mouvement intervient alors que, selon les associations, la crise économique et financière a aggravé la pauvreté en France, avec désormais 3,6 millions de personnes pas ou mal logées, dont 133.000 sans-abri, selon le rapport 2011 de la Fondation Abbé Pierre.

A Paris, les travailleurs sociaux et des familles sans abri ont manifesté dans le square Boucicaut, situé dans le VIIe arrondissement près de l'hôtel de luxe Lutetia, et où campent de longue date sous des tentes des familles avec de jeunes enfants.

"La pauvreté n'est pas un délit, mais mettre des personnes dans la rue est un crime", pouvait-on lire sur la banderole déployée par les participants.

Les salariés des "115", numéro d'appel pour l'hébergement d'urgence, et les associations du type "Samu social" qui vont à la rencontre des sans-abri demandent des moyens supplémentaires ave un plan d'urgence passant par des réquisitions et une application de la loi sur le "droit au logement opposable" votée à la fin de la présidence de Jacques Chirac.

Ils mettent en cause la politique du gouvernement, résumée par le slogan "Le logement d'abord" et qui consiste selon eux à réduire le logement d'urgence au profit de logements définitifs.

Le secrétaire d'Etat au Logement Benoist Apparu a défendu cette politique et assuré qu'elle n'avait pas amené à ce jour une baisse des capacités d'hébergement.

"On a besoin de l'urgence, simplement l'urgence ne peut pas être la seule réponse pour un certain nombre de familles", a-t-il dit sur RMC.

Il assure que le gouvernement a augmenté ses crédits pour l'hébergement d'urgence de 65% en quatre ans en Ile-de-France et de 30% dans le même temps dans toute la France, avec aujourd'hui, selon lui, environ 115.000 places dans le pays.

Il a confirmé sa volonté de substituer d'ici la fin de l'année 4.500 logements à 4.500 chambres d'hôtels utilisées actuellement. "Ca nous paraît une réponse humaine, sociale beaucoup plus efficace, a-t-il dit.

UNE HAUSSE DE LA PAUVRETÉ ?

Les dirigeants d'associations contestent l'analyse gouvernementale et estiment qu'on ne peut réduire un dispositif au profit de l'autre, mais qu'il faut développer les deux, qui correspondent souvent selon eux à des publics différents.

Selon Bruno Morel, directeur général d'Emmaüs-Solidarité, il n'est pas imaginable que des personnes en déshérence dormant dans la rue, souffrant de troubles psychologiques ou d'alcoolisme, soient sorties d'affaire par la seule arrivée dans un logement, et le logement d'urgence doit donc être maintenu comme un "sas" entre les deux vies.

"Il y a la question de l'accompagnement social qu'il faut prendre en compte, sauf à prendre le risque que les gens retournent rapidement d'où ils viennent", a-t-il dit à Reuters.

Selon lui, la population qui vit dehors augmente par ailleurs, et se diversifie du fait du renchérissement des loyers et de la pénurie de logements. "On commence à voir des gens qui dorment dans leurs voitures ou dans des tentes alors qu'elles ont un contrat de travail à durée indéterminée", explique-t-il.

Le mouvement a été suivi dans certaines grandes villes de province comme à Lyon, où selon Samuel Baguerre, éducateur au Samu social, les 12 salariés ont fait grève et n'ont pas assuré mardi leurs missions de terrain.

Selon lui, tous les jours, une centaine de personnes dorment dehors à Lyon faute de places. "Nous avons constaté depuis l'automne dernier un afflux de familles migrantes, des Roms, des Macédoniens, des familles nombreuses, avec de jeunes enfants que nous ne parvenons pas à loger", a-t-il dit à Reuters.

Ce problème des sans-abri a refait irruption en France dans le débat public depuis une décennie. En 2002, le candidat socialiste Lionel Jospin, finalement battu, avait été critiqué pour avoir proposé l'objectif d'une France qui ne verrait plus de sans-abri. En 2006, Nicolas Sarkozy avait promis que s'il était élu, plus personne ne dormirait dans les rues dès 2009.

Avec Catherine Lagrange à Lyon, édité par Patrick Vignal

Mots-clés :
Derniers articles
Culture
La pâte sucrée
18 janvier 2017
Monde
Qui est Chelsea Manning ?
18 janvier 2017
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.