Les forces de sécurité, en particulier les policiers, vont mal. En tout cas selon les sénateurs, qui dressent dans un rapport le portrait d'une profession "au bord de la rupture", surmenée et malmenée. Dans les commissariats, comme sur le terrain, les maux s'accumulent.

CRS face à des manifestants le 1er mai 2017
CRS face à des manifestants le 1er mai 2017 © Radio France / Clément Bolano

"Réel malaise", "inquiétude profonde"... Dans ce rapport sur l'état des forces de sécurité intérieure, les sénateurs peinent à trouver des mots suffisamment forts pour alerter sur la "crise" traversée par le corps policier. C'est l'une des explications, selon eux, d'un taux de suicide 36% plus élevé dans la profession que dans la population générale. Les policiers sont déprimés et épuisés par "l’accroissement quelque peu anarchique des missions au cours des dernières années", observe le rapporteur, François Grosdidier, sénateur Les Républicains de Moselle.

Faire plus avec moins

En témoigne l'accumulation du stock d'heures supplémentaires non récupérées et non indemnisées qui frôlait les 22 millions à la fin de l'année 2017, soit une hausse de près de 19% par rapport à 2015. À la menace terroriste s'ajoutent des manifestations d'ampleur qui dégénèrent parfois en affrontements violents, comme le 1er mai dernier, ainsi que l'application de la politique migratoire.

Les policiers doivent faire plus... avec moins. Contraints de patrouiller dans des voitures hors d'âge, sous-équipés, certains sont réduits au "système D". À l'image de Nicolas*, gardien de la paix. Il a dépensé près de 400 euros de sa poche en équipements (gilet tactique, rangers, gants, clé de menottes, etc.). Un "grand dénuement matériel des services" qui en mine le fonctionnement, et ajoute au manque de considération des hommes et femmes en uniforme. 

La politique du chiffre, ça existe

Si Nicolas juge que les conditions matérielles se sont tout de même améliorées ces derniers mois, il a surtout le sentiment d'être "mal utilisé", entre gardes statiques et paperasse. "En moyenne, jusqu’aux deux tiers du temps de travail seraient ainsi consacrés à la procédure pour les agents de la sécurité publique et jusqu’aux cinq sixièmes pour les officiers de police judiciaire", analyse le rapport. Des procédures à rallonge pour des "suites judiciaires moindres", aux yeux de Nicolas.

Sous pression, le policier dénonce une "politique du chiffre", mentionnée dans le rapport. "Sur le papier, on ne le dit pas, mais ça existe. On me demande de faire tant d'interpellations par exemple", raconte le policier. "Et si je n'arrive pas à mes objectifs, je serai en quelque sorte puni par mon chef de brigade". Il faut dire que l’indemnité de responsabilité et de performance (IRP), versée aux personnels encadrants de la police nationale, est indexée sur les statistiques opérationnelles des services dont ils ont la direction.

Résultat : les policiers vivent une véritable _"souffrance éthique, liée au sentiment d’incapacité, pour le professionnel, à bien faire son travail et à être reconnu comme une autorité_", décrypte le rapport. Il souligne l'impression d'être désignés comme "coupables" dans les médias, ainsi que les tensions entre le corps policier et le reste de la population.

*Le prénom a été modifié

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