[scald=69191:sdl_editor_representation]par Yves Clarisse

PARIS (Reuters) - Le sacrifice de la souveraineté budgétaire sur l'autel d'un accord franco-allemand susceptible de sauver l'euro réveille de vieux réflexes eurosceptiques en France, surtout à gauche, où certains prônent même une "confrontation" avec l'Allemagne.

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel mettent en ce moment la dernière main aux propositions qu'ils présenteront à leurs partenaires européens au Conseil européen du 9 décembre.

Paris et Berlin veulent convaincre leurs partenaires de l'Union européenne ou, en cas de désaccord, de la seule zone euro, de réformer les traités afin de rendre automatique l'ouverture d'une procédure pouvant mener à des sanctions en cas de déficit excessif et d'obliger les Etats membres à soumettre leurs projets de budget à la Commission européenne.

Pour l'Allemagne, cette volonté affichée de s'engager dans une réforme institutionnelle qui mettrait en place une véritable discipline budgétaire est susceptible de calmer les marchés financiers qui attaquent actuellement les pays les plus endettés.

La France espère que cela permettra à la Banque centrale européenne (BCE) d'intervenir massivement et, à terme, une fois la situation budgétaire assainie, de lancer des euro-obligations, une piste qui n'est plus exclue par des diplomates allemands.

Mais les négociations ne sont pas terminées et l'un des points les plus délicats est la volonté de l'Allemagne de donner à la Commission européenne un rôle central dans l'examen et, le cas échéant, le rejet du projet de budget d'un pays.

En cas de litige, la Cour de justice de l'UE trancherait.

"SACRIFICE" JUGÉ INDISPENSABLE

La France reste réticente à l'encontre d'un tel abandon de souveraineté en faveur de l'exécutif européen, mais les enjeux sont tels que le gouvernement semble prêt à céder sur ce point. Le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, a par exemple ouvert la porte à cette concession à Berlin.

Pour le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, au coeur des négociations, un "sacrifice" est indispensable.

"Qu'il y ait une modification du traité ou pas, les deux solutions exigent un sacrifice de souveraineté afin d'obtenir en échange une crédibilité structurelle pour l'union économique et monétaire", a-t-il dit mercredi devant les ambassadeurs de l'UE.

Mais c'est à gauche, où l'on se fait pourtant l'avocat des euro-obligations et d'une intervention massive de la Banque centrale européenne, que le refus est le plus net.

Le porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon, a dès lundi sonné la charge contre cette idée.

Cet ancien partisan du "non" à la Constitution européenne en 2005 juge que la décision doit rester politique et ne doit pas être laissée à la Commission et à la Cour de justice de l'UE.

"Ce seraient donc les tribunaux qui décideraient du bien-fondé d'un budget des états de la zone euro, c'est inacceptable, c'est insupportable que l'on arrive à une telle situation", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

Le président socialiste de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, Jérôme Cahuzac, a enfoncé le clou mercredi. "S'il s'agit, pour Nicolas Sarkozy, de consentir à un abandon de souveraineté supplémentaire (...), alors nous ne le suivrons pas sur ce sujet", a-t-il déclaré sur Europe 1.

"CONFRONTATION" AVEC BERLIN

"Car le budget c'est l'impôt, l'impôt c'est le consentement du peuple et jusqu'à ce jour, c'est à la représentation nationale de voter pour ou contre", a-t-il ajouté.

Jean-Christophe Cambadélis, responsable des relations internationales au PS, est sur la même ligne.

"Il ne me semble pas possible de négocier un traité portant atteinte à notre souveraineté budgétaire sans contrepartie des Allemands sur une modification des statuts de la BCE, à six mois d'une présidentielle", a-t-il dit sur le site internet de TF1.

Dans le camp souverainiste de gauche, c'est l'Allemagne elle-même qui est attaquée pour ses "diktats".

"Mme Merkel a décidé d'imposer à la zone euro un ordre allemand", a dit mercredi sur Public Sénat Arnaud Montebourg, "troisième homme" de la primaire socialiste en vue de la présidentielle qui a appelé à voter pour François Hollande. "C'est sur notre ruine que l'Allemagne fait la fortune."

"La question du nationalisme allemand est en train de resurgir à travers la politique à la Bismarck employée par Mme Merkel", a-t-il ajouté en estimant que le "moment (était) venu d'assumer la confrontation politique face à l'Allemagne".

Le candidat socialiste à la présidentielle, François Hollande, qui effectue mercredi une visite à Bruxelles, où il doit notamment rencontrer le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, n'a pas publiquement donné sa position précise sur ce dossier brûlant.

Mais l'unanimisme de ses troupes sur le sujet laisse penser qu'il s'agit d'une ligne fixée au sommet du PS.

Nicolas Sarkozy, qui doit prononcer jeudi à Toulon un grand discours sur l'économie et l'Europe, risque donc de se retrouver confronté à une opposition qui, s'il accepte le mécanisme exigé par l'Allemagne, exploitera ce thème dans la campagne en 2012.

Avec service France, édité par Gilles Trequesser

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