[scald=103697:sdl_editor_representation]par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Rattrapé dans les sondages par un Nicolas Sarkozy très offensif, François Hollande est contraint de redonner du souffle à sa campagne tout en évitant une "balkanisation" à gauche à quarante jours du premier tour de l'élection présidentielle.

Pour les analystes interrogés par Reuters, la prudence s'impose quant à la lecture des derniers sondages.

Dans celui de l'Ifop, les courbes de François Hollande et de Nicolas Sarkozy se croisent pour la première fois au premier tour (27% contre 28,5% pour le président sortant).

Un second signé TNS-Sofres donne François Hollande en tête et stable à 30% devant Nicolas Sarkozy en baisse de deux points à 26%. Le socialiste l'emporte dans tous les cas nettement au second tour.

Pour Frédéric Dabi, de l'Ifop, la remontée du président dans le sondage réalisé par son institut est "une sorte de retour à la normale".

"Il marque la fin de ce qui était une exception sous la Ve République, à savoir un président sortant devancé au premier tour par son principal challenger", a-t-il dit à Reuters TV.

Ce résultat survient au sortir d'une séquence très active du président-candidat, qui a donné dimanche un grand meeting à Villepinte et était le lendemain l'invité de l'émission de TF1 "Parole de candidat".

"Compte tenu de la séquence médiatique très forte qui vient de se produire, il n'est pas étonnant qu'il y ait des effets dans l'opinion", dit Adélaïde Zulfikarpasic, de l'institut LH2. "C'est à prendre avec précaution car c'est vraiment à chaud, lié à une séquence particulière".

"CAMPAGNE POSITIVE"

Même prudence du côté de l'économiste Dominique Barbet, qui juge "logique de voir une réaction au discours de Villepinte".

"On pourra voir si d'autres sondages confirment cela. On ne peut pas dire que c'est un bouleversement basé sur un seul sondage, surtout quand vous regardez la deuxième tour, ça reste un écart historique", ajoute-t-il.

La période récente a aussi montré de grandes divergences, allant parfois au-delà de cinq points, entre les résultats des différents instituts de sondages.

François Hollande tentera de reprendre la main lors d'un grand meeting à Marseille, mercredi, puis jeudi à l'émission Des paroles et des actes, sur France 2.

"Rien n'est gagné", ont répété en choeur mardi le candidat et ses proches, conscients de la puissance de feu de leur principal adversaire.

"Nous n'avons jamais sous-estimé Nicolas Sarkozy", souligne Delphine Batho, porte-parole de François Hollande.

"Nous passerons notre temps à dire que rien n'est joué. Ce sondage est une piqûre de rappel pour dire qu'il faut être fort dès le premier tour", ajoute la députée des Deux-Sèvres.

Selon elle, François Hollande ne se sent pas tenu de multiplier les surprises, du type de l'idée de taxer à 75% la tranche de revenus supérieure à un million d'euros par an.

"François Hollande n'est pas dans la politique spectacle alors que Nicolas Sarkozy propose un mauvais remake de la campagne de 2007", dit-elle. "Nous voulons faire une campagne positive en continuant de nourrir nos propositions".

La voix des deux favoris sera atténuée à partir du 20 mars, date du début de la campagne officielle synonyme de stricte équité des temps de parole pour les candidats.

RÉÉQUILIBRAGE

"On va alors assister à un rééquilibrage qui va peut-être permettre de percer cette bulle médiatique", dit Adélaïde Zulfikarpasic. "On verra alors si la dynamique Sarkozy se concrétise ou si ça aura été un effet éphémère et médiatique".

Outre François Hollande, plusieurs candidats de gauche sont en mesure d'engranger des voix qui pourraient faire défaut au socialiste au premier tour.

Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche), Eva Joly (Europe Ecologie-Les Verts), Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) et Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste) devraient être dans la course grâce aux 500 signatures qu'ils doivent déposer d'ici le 16 mars au Conseil constitutionnel.

Le risque d'un émiettement qui avait été fatal à Lionel Jospin en 2002 semble toutefois limité.

"Ces candidatures ont été testées en intentions de vote depuis plusieurs mois, ce qui n'a pas empêché François Hollande d'être l'homme fort des sondages", analyse Adélaïde Zulfikarpasic. "La question est de savoir s'il y aura un vote utile ou un vote de conviction."

Le recul de François Hollande "se fait au profit de Jean-Luc Mélenchon, qui atteint la barre des 10%, "ce qui n'était pas arrivé pour un candidat soutenu par le parti communiste depuis l'élection présidentielle de 1981", note Frédéric Dabi.

L'une des inconnues concerne le report des voix engrangées par le centriste François Bayrou, crédité d'environ 13% d'intentions de vote. Le président du MoDem a dit qu'à la différence de 2002, il prendrait position pour le second tour.

Avec Catherine Bremer et Pauline Mével, édité par Patrick Vignal

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