Les Tables rondes de François Bayrou : réflexion ou communication ?

Par Isis Marchesini, JDLP à Cavaillon.

Isis
Isis © Radio France / IM

« Il n’est de richesse que d’hommes : instruire, former, éduquer ». Intitulé des tables rondes du Modem qui portaient sur l’éducation, l’enseignement supérieur, l’innovation et les jeunes. Ce forum s’est tenu à la Maison de la Chimie le 4 février dernier.

tables rondes
tables rondes © Radio France / CDEVILLERS

Vraie bonne idée de voir un parti convoquer citoyens accoutumés et journalistes chevronnés pour une journée consacrée à une large réflexion sur l’état actuel et l’avenir de l’éducation en France.

Vraie bonne idée que de réunir de nombreuses personnalités de la société civile pour débattre de l’enseignement scolaire – première mission dans le budget de l’Etat et clef de voûte de la société de demain.

Mais je suis repartie déçue. Serais je trop exigeante ?

Mais derrière l’enthousiasmant programme susmentionné, derrière l’espoir de la mise en œuvre d’une forme intelligente et concrète de démocratie participative, se cache aussi une opération de communication .

Aux alentours de 10 heures du matin, dans un discours d’à peine dix minutes devant un parterre de militants, le candidat MoDem ouvre la journée et lance les tables rondes.

«Instruire : les chemins de la réussite », « Instruire et former », « Enseignement supérieur, recherche, innovation » : 3 salles, 3 thèmes abordés par 3 animateurs, 3 rapporteurs et un total de 95 intervenants . Parmi eux des professeurs – plus ou moins jeunes et plus ou moins zélateurs -, des syndicalistes, des associatifs, des médecins, des cadres, des historiens…

Mis à part le constat étonnant de l’absence de « jeunes », ce panel était merveilleusement constitué. Chaque intervenant se voyait allouer 4 minutes de temps de parole, que chacun a utilisé intelligemment pour faire état de son expérience, de sa colère, de ses succès, de sa perception de l’éducation. Au total, 380 minutes qui compilèrent bon nombre de réflexions et propositions.

Heureux est alors l’auditeur qui croit que ces tables rondes vont être les objets de travail du cabinet du candidat et que leurs rapports auront force de proposition dans les mesures à venir de ce dernier.

L’espoir naïf se fane rapidement : les tables rondes closes, les 3 rapporteurs présentent leurs conclusions –sous le regard insistant du staff du parti qui les incite vivement à « faire court »- et laisse place au discours de clôture du candidat.

Expédiées les tables rondes, place au discours : François Bayrou, l’incarnation même du lettré, du père de famille, de l’enseignant, dévoile longuement son « projet pour l’éducation ».

François Bayrou
François Bayrou © Radio France / CDEVILLERS

Si cette journée aura servi à mettre en lumière un discours fort de 30 propositions –au demeurant potentiellement intéressantes-, elle représente à mes yeux une occasion gâchée de rendre fructueux des échanges et de faire émaner d’expériences vécues des solutions concrètes. Quelle dommage de ne pas voir les intervenants du jour devenir des citoyens bâtisseurs de futures politiques publiques.

La fameuse citation de Charles PéguyUne société qui n’enseigne pas est une société qui ne s’aime pas » ) a fait sensation ce jour là à la Maison de la Chimie.

En sortant, je me suis posée cette question : un parti qui n’écoute pas est-il un parti qui n’aime pas ?

Par Isis Marchesini, JDLP à Cavaillon

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