La présidente du RN commence à préparer la prochaine présidentielle. En 2017, elle avait refusé de mettre en place un "shadow cabinet". Cette fois, Marine Le Pen compte le faire pour gagner en crédibilité et répondre à cette question lancinante "avec qui allez-vous bien pouvoir gouverner ?".

Marine Le Pen, le  15 septembre 2019 à Frejus, aux Universités d'été du Rassemblement national.
Marine Le Pen, le 15 septembre 2019 à Frejus, aux Universités d'été du Rassemblement national. © AFP / Clément Mahoudeau

En septembre, Marine Le Pen entretenait encore un doute sur son "envie" d'être candidate à la présidentielle en 2022. Elle a vite compris qu'une clarification était nécessaire. Depuis, d'ailleurs, les sondages la placent au coude à coude avec Emmanuel Macron. En 2017, elle avait reconnu avoir travailler dans la précipitation, et les Français l'avaient perçu lors du débat d'entre-deux-tours. Cette fois, elle espère mieux anticiper les obstacles.

Un "shadow cabinet"

Avant l'élection présidentielle de 2017, elle ne voulait pas en entendre parler par peur de créer des chapelles, des jalousies, et sans doute aussi par manque de bras (et Florian Philippot n'en voulait pas). Désormais, Marine Le Pen réfute toujours le terme "shadow cabinet", mais pas le principe, car la future candidate à la présidentielle ne supporte plus cette question récurrente : "Avec qui allez-vous bien pouvoir gouverner ?". 

Elle veut y répondre en présentant une équipe de ministres en puissance, afin que chacun se spécialise, et que le tout la crédibilise. À l'issue du congrès de Lille, en mars 2018, elle avait déjà lancé les bases de ce "shadow cabinet", sans véritable résultat. D'où son récent coup de gueule lors d'un bureau national à Nanterre.

En politique, ce n'est pas interdit d'avoir parfois deux ou trois idées" précise un député RN.

Dans ce futur "gouvernement fantôme", les députés européens occuperont les avants-postes, puisqu'ils ont déjà l'occasion de se spécialiser dans leurs commissions. Il est question de Thierry Mariani aux Affaires étrangères, Jérôme Rivière à la Défense, Jean-Paul Garraud à la Justice, André Rougé à l'Outre-mer, ou Hervé Juvin, en charge de la transition énergétique. "Le principe est acté, et le tout devrait être dévoilé juste avant ou juste après l'été 2021" s'enthousiasme un lieutenant de Marine Le Pen. "D'ici là, tout ça va tomber à l'eau" réplique un autre cadre, qui y voit "un futur serpent de mer". 

Des livres blancs

Ce grand trombinoscope ne suffira pas à gagner la bataille de la crédibilité. Marine Le Pen en a conscience. "Je vais faire un certain nombre de livres blancs d'ici l'élection présidentielle, a-t-elle promis hier lors d'une conférence de presse à l'Assemblée, pour aborder des sujets qui  sont d'une actualité brûlante, ou sur lesquels mes positions sont peut-être peu ou mal connues"

Le premier livre blanc sera consacré aux questions de sécurité, en décembre, puis "il y aura un sur la lutte contre les fraudes, un autre sur la transition énergétique" a-t-elle annoncé. "Il faut que Marine travaille le social et l'économie, prévient un dirigeant du parti. Sur le régalien, elle est suffisamment identifiée".

Ce travail devrait être en partie fourni pour son mystérieux groupe des "Horaces", qu'elle retrouve régulièrement les mardis ou mercredis soir. On ignore toujours combien de hauts-fonctionnaires ou d'élus participent à ces réunions de travail : une dizaine, selon certains, une soixantaine, pour d'autres. 

Des déplacements en Inde et aux Etats-Unis

"En parallèle, Marine doit absolument voyager", clame un de ses fidèles. Dans trois semaines elle devrait, pour la première fois, visiter la Guadeloupe et la Martinique, où son père n'avait jamais réussi à aller. Et enchaîner au printemps sur une tournée dans l'Océan indien, notamment en Nouvelle-Calédonie avant le nouveau référendum d'indépendance. 

Puis, Marine Le Pen espère monter un déplacement en Inde, qui sera bientôt le pays le plus peuplé du monde, et où le Premier ministre mène, selon elle, une politique protectionniste intelligente. D'ailleurs, Narendra Modi a reçu, fin octobre, la visite d'une délégation du Parlement européen, avec à son bord, Thierry Mariani.

"Thierry s'occupe de l'Est, et moi de l'Ouest" s'amuse Jérôme Rivière, patron de la délégation française du RN à Strasbourg. Lui s'occupe, en effet, de l'Ouest, il revient d'un voyage aux Etats-Unis, là aussi grâce au Parlement européen. Il y a rencontré l'ancien conseiller de Trump, Steeve Banon et des soutiens du président américain.

Marine Le Pen envisage donc un nouveau déplacement aux Etats-Unis. "Mais pas question de refaire le coup de la Trump Tower", annonce un membre de son équipe. "Elle n'essaiera pas cette fois de voir Donald Trump, plongé dans sa campagne de réélection, mais prendra des contacts et montrera son ouverture à l'Ouest." En mars 2017, elle avait été reçu par le président russe, Vladimir Poutine. 

Des déplacements qu'elle aimerait réaliser avant que la campagne française ne démarre, avant que la moindre poignée de main soit perçu comme un soutien. "Même si de toute façon, Macron pèsera de toutes ses forces pour que ces visites capotent" estime un élu RN.

Dans ce contexte, les élections municipales de mars prochain semblent belle et bien secondaires. Marine Le Pen n'a encore été soutenir aucun candidat. La réélection de ses maires sortants et la conquête d'une poignée de villes devrait suffire à son bonheur. Les élections régionales de mars 2021 seront, pour elle, d'une toute autre importance. 

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