Le projet de loi Asile et immigration a été adopté en première lecture dimanche soir, au terme de sept jours d'intenses débats et d'un début de fronde au sein de la majorité. Une fronde qui s'est soldée par le départ du député Jean-Michel Clément du groupe parlementaire LREM, après son vote en défaveur du texte.

Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, présent tout au long des débats, a âprement défendu son projet de loi Asile et immigration.
Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, présent tout au long des débats, a âprement défendu son projet de loi Asile et immigration. © AFP / Jacques Demarthon

Il n'y aura au final eu qu'un seul opposant au projet de loi Asile et immigration au sein de La République en Marche. Vers 23h dimanche soir, au terme d'une semaine d'intenses débats, le texte de loi a été adopté en première lecture par 228 voix, contre 139 et 24 abstentions.

Les Républicains et toute la gauche - les groupes socialistes, communistes et La France Insoumise - ont voté contre, tout comme les députés FN. Au sein du groupe LREM, seul l'ex-socialiste Jean-Michel Clément a voté contre et aussitôt annoncé son départ du groupe, conscient d'avoir "enfreint les règles" du groupe majoritaire. 

Quatorze autres LREM ont cependant exprimé leur désaccord avec le texte en s'abstenant. Une députée MoDem, Nadia Essayan, a également voté contre, et huit autres centristes se sont abstenus.

La droite promet de "l'amender considérablement" au Sénat

Le texte va maintenant être examiné au Sénat, en juin, où la majorité de droite a déjà promis de "l'amender considérablement". 

Présent quasiment de bout en bout et défendant avec vigueur son texte "face à des hommes et des femmes de convictions", le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a salué l'adoption d'un "texte juste". Dès lundi soir, il avait plaidé "l'urgence à réagir" pour limiter "une immigration massive" et "en même temps" garantir le droit d'asile, "sacré".

Le texte vise à réduire à six mois, contre onze aujourd'hui, l'instruction de la demande d'asile. Objectif affiché : faciliter à la fois l'expulsion des déboutés et l'accueil des acceptés.

Oppositions combatives

Extrêmement combatives, les oppositions (LR, FN et gauche) ont fait prolonger des débats enflammés. Critiquant une "petite loi" d'une majorité "immigrationniste" et des "pudeurs de violette" du ministre, les Républicains ont bataillé pour durcir le texte, avec 323 amendements, tous rejetés par une majorité "sectaire", dans le sillage des propositions très droitières de Laurent Wauquiez cette semaine.  Et LR de demander, plusieurs dizaines de fois, s'il y avait "un plan caché pour régulariser 40 000 étrangers en situation irrégulière".

La présidente du FN Marine Le Pen a, elle, fustigé une "loi d'organisation d'une immigration supplémentaire" et raillé le patron de LR Laurent Wauquiez, "mis sous (s)on aile, en quelque sorte" avec les propositions de son parti. Droite et extrême droite ont été omniprésentes dans l'hémicycle jusqu'au dernier jour où le FN proposait de supprimer le droit du sol et LR de le restreindre. 

Vent debout contre une loi "inhumaine", la gauche a combattu des "régressions", comme le doublement de la durée maximale de rétention, portée à 90 jours, avec la possibilité maintenue "d'enfants derrière les barbelés". "Une loi qui fait de l'étranger un suspect", selon la communiste Elsa Faucillon. La gauche a régulièrement accusé LR de "jouer à l'idiot utile du macronisme et faire passer une loi extrême pour une loi équilibrée"

L'une des mesures phare - réduction de moitié du délai d'appel à 15 jours après rejet d'une demande d'asile - a été votée par le FN (inhabituellement presque au complet dans l'hémicycle), un "tournant" historique selon Olivier Faure (PS). 

Ces critiques de la gauche contre la réduction des droits des demandeurs d'asile ont été reprises par quelques députés de la majorité qui avaient déjà depuis plusieurs mois tenté, le plus souvent en vain, de convaincre le ministre de l'Intérieur d'amender son texte. Au long des débats, cette frange contestataire LREM, avec quelques MoDem, jouait, sous pressions, les équilibristes pour faire entendre sa défense des "vulnérables" sans paraître "fronder".

Dans les dernières heures, encore émaillées d'invectives, l'Assemblée a voté, au grand dam de LR y voyant une concession du gouvernement "à son aile gauche", l'assouplissement du "délit de solidarité" pour certaines personnes venant en aide aux migrants. Et le délai pour accéder au marché du travail pour les demandeurs d'asile a été ramené de neuf à six mois.

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