Le discours d'Emmanuel Macron contre les séparatismes, initialement prévu ce mardi, est reporté au 2 octobre. Un projet de loi doit être présenté à l'automne mais le sujet est presque devenu un serpent de mer depuis le début du quinquennat d'Emmanuel Macron.

Le 18 février dernier à Mulhouse, Emmanuel Macron dévoilait les premiers contours du plan de lutte contre le séparatisme.
Le 18 février dernier à Mulhouse, Emmanuel Macron dévoilait les premiers contours du plan de lutte contre le séparatisme. © AFP / Jean-Francois Badias

C'est un énième report. Le président de la République Emmanuel Macron, qui devait se rendre mardi à Lunel dans l'Hérault pour dévoiler les contours du projet de loi contre les séparatismes, a finalement annulé sa visite. La présentation est repoussée au 2 octobre, confirme l'AFP ce lundi, et le projet doit être normalement présenté à l'automne. 

Au fil des mois, le mot "séparatisme" s'est imposé dans le vocabulaire du président qui le définit comme "quand, au nom d'une religion, de telle ou telle influence extérieure, on dit 'je ne respecte plus les lois de la République (lors d'un discours à Mulhouse en février dernier) : un sujet, qui crispe régulièrement les débats, et sur lequel est pourtant attendu Emmanuel Macron depuis le début de son mandat. Retour sur trois ans d'attente.

Mars 2017, "la laïcité est un bouclier" 

Lors de la présentation de son programme, le 2 mars 2017, Emmanuel Macron estime que "notre laïcité, telle que définie en 1905, est un bouclier". Le candidat prône alors un respect de la loi sur la séparation des Églises et de l'État tout en affirmant : "Je n'accepterai pas que certaines ou certains soient stigmatisés dans notre République parce qu'ils croient à une religion (...) De la même façon je n'accepterai pas qu'au nom de leur croyance certaines ou certains considèrent qu'on peut déroger aux règles de la République."

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Un "grand discours sur la laïcité" évoqué dès 2017

Des proches d'Emmanuel Macron le poussent, une fois élu, à exprimer sa vision de la laïcité le 9 décembre 2017, à l'occasion du 112e anniversaire de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État, mais l’échéance est finalement repoussée à janvier 2018, selon le JDD et Le Parisien."Un grand discours sur la laïcité" est évoqué par la presse. Finalement, Emmanuel Macron évoque le sujet lors de ses vœux aux autorités religieuses le 4 janvier. Le discours a lieu sans la presse, même s'il est transmis a posteriori par l'Elysée. 

Voici ce que le président dit alors exactement : "Je ne demanderai jamais, à quelque citoyen français que ce soit, d’être modérément dans sa religion ou de croire modérément ou comme il faudrait en son Dieu, ça n'a que peu de sens, mais je demanderai à chacun, constamment, d’absolument respecter toutes les règles de la République." Face aux représentants du culte musulman, il plaide pour "un travail sur la structuration de l'Islam en France, qui est la condition même pour que vous ne tombiez pas dans les rets des divisions de votre propre religion et de la crise qu'elle est en train de vivre sur le plan international."

Octobre 2019, l'arrivée du mot "séparatisme" 

En octobre 2019, face à la pression des élus de tous bords qui lui réclament de s'exprimer publiquement sur le sujet, Emmanuel Macron s'explique notamment chez nos confrères de RTL : "On ne me demande pas de parler de laïcité, on veut que je parle d’Islam. Pourquoi je ne veux pas céder à la précipitation ou aux injonctions de parole dans ces moments ? Parce que je serais moi-même complice d’une espèce de confusion collective".

Il évoque le mot "séparatisme" : "Dans certains endroits de notre République, il y a un séparatisme qui s’est installé, c'est-à-dire la volonté de ne plus vivre ensemble, de ne plus être dans la République. Et au nom d'une religion, l'Islam, en la dévoyant, de dire 'je crois à un Islam politique et nous allons vivre avec ses règles qui ne sont pas dans celles de la République' ". Le président assure pourtant travailler sur le sujet : "Je m’apprête à voir les représentants français du culte musulman, je vais continuer ce travail mais il doit d'abord se faire à bas bruit parce qu'on a souvent échoué. Et je prendrai des mesures et je ferai des annonces ensuite dans les semaines qui suivent". 

En novembre, le fameux grand discours sur la laïcité n'est toujours pas prêt, assure Le Figaro, malgré "un travail interministériel en cours."

Le communautarisme évoqué en novembre 2019 

Emmanuel Macron évoque à nouveau le sujet du communautarisme lors du Congrès des maires de France, en novembre 2019. Il se prononce contre l'interdiction des listes communautaires au élections municipales. "Le sujet des listes communautaires est venu. Je suis pragmatique et ouvert aux proposition à condition qu’elles soient efficaces" déclare-t-il. Il annonce également de nouvelles mesures contre le séparatisme "dans les prochaines semaines." 

S'en suit l'envoi d'une circulaire aux préfets émanant du ministre de l'Intérieur de l'époque, Christophe Castaner sur "la lutte contre l'islamisme et le repli communautaire", leur demandant notamment la mise en place d'"une cellule départementale" dédiée à cette action.

Un plan officiellement annoncé en février à Mulhouse

Un plan pour lutter contre le "séparatisme islamiste" est officiellement annoncé par Emmanuel Macron à Mulhouse le 18 février dernier, lors de son déplacement dans le quartier populaire de Bourtzwiller. Le mot "séparatisme" est alors officiellement employé par l'Elysée à la place de "communautarisme", un changement de vocabulaire salué par des responsables musulmans. 

Les premières mesures annoncées comprennent la fin des imams étrangers détachés, en augmentant parallèlement le nombre d'imams formés en France. Le président annonce aussi un contrôle renforcé des financements étrangers des lieux de culte, pour pouvoir bloquer des projets suspects. "Nous devons savoir d'où vient l'argent, qui le touche et pour quoi faire", indique-t-il. Il est aussi question de la disparition des enseignements en langues et cultures étrangères (ELCO), des cours où interviennent des professeurs étrangers et sans contrôle de l'Éducation nationale. Ils concerneraient 80.000 élèves.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Ce discours fait office de première étape, le chef de l'État étant censé distiller ensuite sa stratégie et celle de l'exécutif. Mais la crise sanitaire bouleverse le calendrier. Le 25 février, l'Élysée annonce qu'il annule un déplacement en Île-de-France consacré au thème du séparatisme.

Début septembre, un discours au Panthéon relance le débat....

Le 4 septembre dernier, le dossier est remis sur la table. Au Panthéon, à l'occasion des 150 ans de la proclamation de la République, le chef de l'État assure qu'"il n'y aura jamais de place en France pour ceux qui souvent au nom d'un Dieu, parfois avec l'aide de puissances étrangères, entendent imposer la loi d'un groupe, non. La République, parce qu'elle est indivisible, n'admet aucune aventure séparatiste. Un projet de loi de lutte contre les séparatismes sera à cette fin présenté, dès cet automne."

....et de nouvelles mesures sont dévoilées

Lundi 7 septembre, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et la ministre déléguée à la Citoyenneté Marlène Schiappa confirment au Parisien que le projet de loi contre le séparatisme doit être présenté en conseil des ministres à l'automne : "Nous sommes en train de le finaliser." D'autres mesures sont dévoilées. Parmi elles, la création d'un "contrat d'engagement sur la laïcité" que devront signer les associations, et qui implique la fin des subventions en cas de non-respect de cette charte, notamment sur l'égalité hommes-femmes. 

Le ministre de l'Intérieur va également "proposer de pénaliser" les certificats de virginité délivrés par certains médecins avant un mariage religieux. Marlène Schiappa explique à plusieurs reprises, notamment à France Inter, que la future loi concerne aussi les "dérives sectaires" ou encore "le suprématisme blanc".

"Le Président a clairement évolué sur ces positions", confie un ministre à France Inter. "La campagne, et surtout l’exercice du pouvoir, a façonné sa doctrine sur le sujet. Et c’est bien normal, ne serait-ce qu’en tant que maire, on ne peut pas avoir le même discours sur le communautarisme et l’insécurité avant et après son élection".

"Nous sommes attendus sur ce thème", nous confie un autre ministre,"car si on continue à avoir une partie de nos concitoyens persuadés qu’on ne fait rien pour eux, alors la violence continuera de progresser dans notre société. Une société ne tient pas si une partie des citoyens ne se sent pas à sa place".

Discours à nouveau reporté au 2 octobre

Vendredi dernier, BFMTV annonce que le discours de présentation du futur projet de loi contre les séparatismes est annulé. Emmanuel Macron devait le prononcer ce mardi à Lunel dans l'Hérault. "D'après nos sources, les annonces présidentielles sur le séparatisme ne sont pas prêtes." indique BFMTV. "Texte pas assez abouti, manque d'implication pour certains, crainte de voir des articles retoqués par le Conseil constitutionnel…" évoque de son côté Le Parisien. 

Ce lundi, l'AFP confirme qu'Emmanuel Macron définira sa stratégie le 2 octobre, avant la présentation d'un projet de loi au Conseil d'État puis devant le Conseil des ministres. Les discussions parlementaires devraient donc s'engager début 2021.

Sur France Inter ce lundi, Gabriel Attal est revenu sur ce report. "Il n'y a pas de décalage", estime le porte-parole du gouvernement. "On n'a pas attendu aujourd'hui pour agir sur le séparatisme" estime-t-il, évoquant en 2017 une loi qui a permis "de fermer des lieux où on prêche la radicalisation et la haine de la France" et en 2018 le lancement d'"une stratégie d'entrave contre le séparatisme en identifiant des quartiers de reconquête républicaine". "On aura un projet de loi finalisé à l'automne", promet le porte-parole.