Le président français participe jeudi et vendredi à Bruxelles au dernier Conseil européen de l’année. Un sommet sur fond de crise des "gilets jaunes" en France. Une révolte qui remet clairement en cause le leadership qu’Emmanuel Macron espérait incarner en Europe face aux gouvernements populistes.

Des gilets jaunes devant l'Arc de Triomphe à Paris le premier décembre 2018
Des gilets jaunes devant l'Arc de Triomphe à Paris le premier décembre 2018 © Maxppp / Christophe Petit Tesson
  • Les conséquences de la crise des "gilets jaunes" sur la politique européenne d’Emmanuel Macron 

À six mois des élections européennes, Emmanuel Macron confronté à une révolte populaire difficilement contrôlable, est affaibli sur la scène européenne. Sa posture de chef de file des gouvernants "progressistes" et pro-européens, face à ceux qu’il appelle les  "nationalistes", est mise à mal par la révolte des gilets jaunes, souvent très remontés contre l’Union européenne telle qu’elle fonctionne aujourd’hui.

Le président avait entamé sa présidence en affichant une immense ambition pour l’Europe, développée lors du discours de la Sorbonne en septembre 2017. Il y était question de refondation, de convergence avec l’Allemagne, de budget de la zone euro et d'Europe de la défense.

Des gilets jaunes regardent l'allocution d'Emmanuel Macron le 10 décembre
Des gilets jaunes regardent l'allocution d'Emmanuel Macron le 10 décembre © Maxppp / Joel Le Gall

Emmanuel Macron espérait avancer à marches forcées, quitte à se passer de l’avis de certains pays d’Europe centrale et de l’est, ou de l’Italie. Mais comment garder ce leadership européen quand sa politique économique et sociale en France se heurte chaque samedi à des émeutes ?

Pour peser en Europe, le président français aura aussi besoin d’une représentation forte de ses troupes au Parlement européen lors des élections de mai 2019. Il lui reste à construire des alliances, difficiles à trouver. Et à espérer que les candidats LREM pourront éviter une déroute.

  • L'impact de cette crise sur la relation franco-allemande

Les Allemands ne vont pas se précipiter pour multiplier les engagements financiers avec la France. Si Berlin se garde pour l’instant de tout commentaire désobligeant et affiche sa sollicitude envers Emmanuel Macron, la presse en Allemagne regarde avec effroi le "chaos" dans l’hexagone. 

Car les Allemands le savent, l’épisode des "gilets jaunes" va mécaniquement dégrader les comptes publics français. Les mesures annoncées lundi soir à la télévision vont coûter au moins 8 milliards d’euros et risquent de faire basculer le déficit au-delà des 3 % du PIB. Sans parler du manque à gagner pour les entreprises à cause du climat économique et social délétère qui s’est installé en France depuis plusieurs semaines.

À l’instar de Nicolas Sarkozy et François Hollande en leur temps, Emmanuel Macron comptait beaucoup sur l’Allemagne pour relancer l’Europe, et par la même occasion contribuer à sortir la France de la léthargie économique qu’elle connaît depuis des décennies.

Angela Merkel et Emmanuel Macron lors des commémorations du centenaire de la fin de la première guerre mondiale
Angela Merkel et Emmanuel Macron lors des commémorations du centenaire de la fin de la première guerre mondiale © Maxppp / Etienne Laurent

Or ultime mandat ou pas, Angela Merkel -politiquement affaiblie après avoir quitté la présidence de la CDU- sait qu’elle n’aura aucun soutien du Bundestag pour un véritable rapprochement avec Paris, tant que les fondamentaux économiques et budgétaires de la France ne se seront pas améliorés.

La dette de la France augmente chaque jour et frôle 100 % du PIB, celle de l’Allemagne se réduit constamment et vise maintenant les 60 % du produit intérieur brut. Le chômage dans l’hexagone est le double de celui de l’Allemagne. Pas de quoi inciter les Allemands à investir massivement avec la France. Plus que jamais, le spectre d’une mutualisation des dettes en Europe -même à minima- glace l’opinion allemande.

  • Des répercussions au-delà des frontières de l’Europe pour Emmanuel Macron

L'image du président français est écornée et ceux auxquels il a tenté de s’opposer, s’en donnent à cœur joie. Donald Trump ironise sur la révolte des "gilets jaunes". Elle prouve -selon lui- que l’accord de Paris sur le climat ne marche pas si bien que ça. Vladimir Poutine n’est pas en reste, qui appelle "les autorités parisiennes à s’abstenir de tout recours excessif à la force, conformément aux principes de l’humanisme".  

Emmanuel Macron et Donald Trump au sommet du G20 en Argentine le 30 novembre 2018
Emmanuel Macron et Donald Trump au sommet du G20 en Argentine le 30 novembre 2018 © Maxppp / Ralph Hirschberger

Au-delà de la jubilation du président américain, c’est vrai qu’il sera beaucoup plus difficile pour Emmanuel Macron d’être le porte-étendard du climat, alors qu’une grande partie des Français rejette violemment sa méthode de transition écologique. 

Problème supplémentaire, la France préside le G7 en 2019 (un sommet aura lieu en août à Biarritz) et l’impulsion que la France voulait donner sur les questions environnementales et sur le multipartisme sera peut-être plus difficile à faire passer.

Vladimir Poutine et Emmanuel Macron le 29 mai 2017 à Versailles
Vladimir Poutine et Emmanuel Macron le 29 mai 2017 à Versailles © Maxppp / Jean-Baptiste Quentin

À son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron incarnait pour ses homologues un renouveau sur la scène internationale. Un jeune dirigeant audacieux qui tentait d’imposer la France face à des pays puissants, comme la Russie ou les États-Unis d’Amérique. Le problème est que sa méthode pour faire aboutir l’un de ses principaux combats au plan mondial -la lutte contre le réchauffement climatique- a soulevé une vague de révolte dans son propre pays.

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