Calais, son tunnel, sa jungle… Les présidents français ne se sont jamais bousculés dans cette ville, devenue frontalière du Royaume-Uni depuis 1994, qui cristallise la crise migratoire. Avant Emmanuel Macron, ce jour, ce furent François Hollande et François Mitterrand. Avec un impact limité.

Davantage habitué à se rendre au Touquet, où il possède une maison, Emmanuel Macron visitera Calais pour la première fois, pour défendre sa politique migratoire
Davantage habitué à se rendre au Touquet, où il possède une maison, Emmanuel Macron visitera Calais pour la première fois, pour défendre sa politique migratoire © Maxppp / ROMAIN GAILLARD / POOL / MAXPPP

Emmanuel Macron se rend ce mardi à Calais avec une garde rapprochée, la ministre de la Justice Nicole Belloubet, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, et Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement.

Objectif : évoquer la situation des réfugiés à l’occasion de la visite d’un AES, centre d'accueil et d'examen des situations, à Croisilles, au sud d'Arras, puis la rencontre avec des associations sur le terrain. L’exercice est devenu, ces dernières années, un étape particulière des mandats présidentiels, en raison de la question migratoire, dont Calais cristallise toutes les problématiques.

►ÉCOUTER | Les enjeux de la visite d'Emmanuel Macron à Calais, par Laurence Peuron : 

Hollande acte le démantèlement de la "Jungle"

A Calais, le dernier passage présidentiel en date, le 26 septembre 2016, est celui du président "normal", François Hollande, pour quelques heures, accompagné des trois ministres aussi en action sur le dossier des migrants.

La visite, hautement symbolique, a pour mission d’appuyer la décision très critiquée d’évacuer le camp de Calais, non loin de l’embouchure du tunnel sous la Manche, qui a grossi avec les années. Le parcours, entre les associations, les forces de l’ordre et la municipalité, se fera au pas de course, et sans mettre un pied dans la "Jungle", un bidonville qui compte à l’époque entre 7 000 et 10 000  réfugiés, dont près de 7 500 seront redirigés vers les 300 centres d’accueil du territoire.

Le président Francois Hollande donne un discours devant les gendarmes de Calais lors de sa visite-éclair du 26 septembre 2016.
Le président Francois Hollande donne un discours devant les gendarmes de Calais lors de sa visite-éclair du 26 septembre 2016. © AFP / PHILIPPE HUGUEN / AFP

L’évacuation, faite en grande pompe sous l'œil des caméras de télévision, n’aura pourtant pas réglé le problème, puisque les associations calaisiennes estiment que 500 à 800 réfugiés sont toujours dans les rues de la ville.

Sarkozy et sa solution pour Calais

Son premier passage à Calais, Nicolas Sarkozy l’a fait en tant que ministre de l’Intérieur, en 2002, l’année même où il décide de la fermeture du centre de réfugiés de Sangatte, qui accueille alors un peu moins de 2 000 personnes. 

Une décision qui, pour beaucoup, sera l’origine même de l’apparition de la "Jungle", le bidonville qui s’installe dès cette époque à Calais. Après la signature des accords du Touquet en 2003 (il est alors ministre de l’Intérieur) et la fermeture d’un premier bidonville en 2009 (Il est président de la République), Nicolas Sarkozy affirme que, en cas de réélection, il réglera définitivement le problème, et qu’il renégociera lui-même les accords du Touquet… dont il est à l’origine. 

Difficile de convaincre les Calaisiens : sa venue sur le terrain en septembre 2016, cette fois dans le costume de candidat à la primaire de la droite, se fait sous les huées des habitants, au cri des "Sarkozy escroc" et autres "En tôle !".

Mitterrand inaugure le tunnel sous la manche

Si Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy n’ont jamais mis les pieds à Calais dans leur habit présidentiel, François Mitterrand, en revanche, s’y est rendu deux fois. La première en avril 1983, avec une visite au cours de laquelle l’ambiance n’est pas "à la liesse", comme l’écrit La Voix du Nord qui précise que ce jour-là, il pleut des cordes. François Mitterrand en profite pour dire que le chômage atteint un "pourcentage terrible" mais ajoute "qu’un voyage n’est pas fait pour parsemer des promesses", remarque qu'auraient pu méditer ses successeurs présidentiels dans la visite de la ville.

François Mitterrand et la reine Elizabeth à Coquelles, le 6 mai 1994, pour l'inauguration de la liaison ferroviaire trans-Manche.
François Mitterrand et la reine Elizabeth à Coquelles, le 6 mai 1994, pour l'inauguration de la liaison ferroviaire trans-Manche. © AFP / ERIC FEFERBERG

Dans un tout autre contexte, Mitterrand reviendra près Calais, à Coquelles, en 1994, cette fois pour l'ouverture du tunnel sous la Manche.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.