Le président de la République donnait, ce dimanche soir, sa première interview télévisée depuis son élection.

Emmanuel Macron répondait pour la première fois sur TF1/LCI à des journalistes, depuis qu'il est à l'Elysée
Emmanuel Macron répondait pour la première fois sur TF1/LCI à des journalistes, depuis qu'il est à l'Elysée © Capture d'écran

Il n'était pas facile à interrompre, le Président, qui après avoir refusé pendant cinq mois de répondre à une interview, semblait regretter que celle-ci ne sont pas plus longue (1h10) pour exprimer encore plus en détail ses arguments.

Je suis là pour transformer le pays.

Ce qu'on peut retenir des propos du président :

"Je continuerai à dire les choses"

Longuement interrogé sur ses supposés débordements verbaux, Emmanuel Macron en a justifié certains par une liberté de parole qu'il compte continuer à avoir. "Je n'ai pas insulté qui que ce soit. Je n'ai pas cherché à humilier", a assuré le chef de l'État interrogé sur le caractère humiliant de sa sortie sur "ceux qui foutent le bordel", visant des employés de l'entreprise GM & S.

"Nos élites politiques se sont habituées à ne plus dire les choses, à avoir un discours en quelque sorte aseptisé. Et à considérer que ce qui était intolérable, c'était le mot qu'on mettait et pas la réalité", s'est-il justifié, en considérant que "le mot 'bordel', c'est du registre populaire".
Certaines autres de ses saillies, comme "fainéants", le président les a expliqués par l'interprétation de propos tronqués.

Le chômage

On savait que ce gouvernement, contrairement au précédent, ne comptait pas commenter à chaque fois les chiffres du chômage, et c'est peut-être aussi parce que Emmanuel Macron n'attend les résultats de ses réformes sur le chômage que "dans un an et demi, deux ans".

Chômage pour les démissionnaires "s'il y a un projet"

L'ouverture des droits aux indemnités chômage aux démissionnaires, promesse de campagne, sera "encadrée" et se fera "s'il y a un projet" de la part du démissionnaire. "Avec un peu de bon sens, tous les 5 ans, 6 ans, 7 ans, on peut donner ce droit aux salariés".

Quant à savoir si on peut financer la mesure, le président a estimé que les coûts étaient déjà élevés car aujourd'hui, quand cela ne va plus avec l'employeur, "vous faites une rupture conventionnelle", qui est "la plupart du temps (...) une démission déguisée, vous avez droit au chômage".

"80% des retraités gagneront du pouvoir d'achat"

Aux retraités qui se plaignent de perdre du pouvoir d'achat avec la hausse de 1,7 point de la CSG en 2018, Emmanuel Macron a demandé de prendre en compte "l'ensemble" de sa proposition et a rappelé qu'ils bénéficieraient à terme de la baisse ou de la disparition de la taxe d'habitation ce qui selon lui "dès l'année prochaine, dans une grande partie des cas (...) compensera ces 1,7 point de CSG", a-t-il fait valoir, ce qui devrait, dans trois ans, donner plus de pouvoir d'achat à "80% des retraités d'ici 2020", a-t-il assuré.

"Je ne crois pas au ruissellement"

Interrogé sur la réforme de l'ISF, Emmanuel Macron a expliqué ne pas croire que les français puissent être "jaloux" des plus riches et vouloir pour cela les taxer. Le président estime que l'ISF est néfaste et inefficace : "Le Canard enchaîné a montré que les grandes fortunes françaises ne payaient pas l'ISF, on est dans la grande hypocrisie française". À cause de l'ISF, "celles et ceux qui réussissaient partaient, on a perdu beaucoup de talents" a-t-il expliqué.

Le "ruissellement" ne fait pas partie des théories auxquelles il croit. En revanche, "je crois à la cordée", a-t-il expliqué, "il y a des hommes et des femmes qui réussissent parce qu'ils ont des talents, je veux qu'on les célèbre (...) si l'on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordée c'est toute la cordée qui dégringole". Pas sûr que cette théorie soit très différente du "ruissellement".

"A loi constante, nous prendrons des mesures plus dures. On va faire ce qu'on doit faire"

Il n'en avait pas parlé pendant la campagne, mais Emmanuel Macron a annoncé dimanche soir que tous "les étrangers en situation irrégulière" qui commettent un délit "quel qu'il soit seront expulsés". Le président était interrogé sur la sécurité en France, et en particulier sur l'attentat du 1er octobre qui a coûté la vie à deux étudiantes à Marseille, tuées par un Tunisien en situation irrégulière. La veille de son passage à l'acte, ce dernier avait été interpellé à Lyon pour une tentative de vol à l'étalage, placé en garde à vue, puis relâché.

Emmanuel Macron a estimé que les services français devaient être "plus efficaces" dans les politiques de reconduite à la frontière. "On a des relations avec des pays d'origine qui ne sont pas satisfaisantes et qui n'acceptent pas qu'on leur renvoie celles et ceux qui sont dans cette situation", a dit Emmanuel Macron qui veut que la France conclue des "accords bilatéraux".

"Cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais, dès demain, des dispositions seront prises", a-t-il poursuivi. "Au début de l'année prochaine une nouvelle loi en matière d'immigration et d'asile sera prise pour durcir les règles sur ce point et nous nous mettrons en situation d'être intraitables sur ce sujet."

Sélection à l'université et apprentissage

"La sélection aujourd'hui c'est le tirage au sort" a expliqué Emmanuel Macron qui avait beaucoup de mal à prononcer le mot s'il se rapportait à son propre projet. "Les prérequis ça veut dire qu'on va définir des attendus dans une filière, des qualifications minimales" pour permettre d'intégrer une filière à l'université, a expliqué Emmanuel Macron qui veut une meilleure orientation.

"Je veux qu'on arrête avec les tabous sur l'apprentissage" a martelé Emmanuel Macron. "Dans 80% des cas l'apprentissage donne un emploi mais c'est mal vu !". Le chef de l'État veut d'avantage d'apprentissage, y compris dans les filières d'excellence et prévoit de simplifier les règles pour les entreprises et créer un statut pour les apprentis.

Débat apaisé sur la PMA

Emmanuel Macron, qui avait promis au cours de sa campagne d'ouvrir la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, a souhaité "un débat apaisé" dans le courant de l'année 2018 sur la question. "Sur ces sujets de société, le politique ne doit pas imposer les choix en brutalisant les consciences", a considéré le président.

Harcèlement

Le président a annoncé une "procédure de verbalisation plus simple" des actes de harcèlement "pour qu'il y ait une réponse immédiate", en déplorant qu'"aujourd'hui, bien souvent, on ne va pas porter plainte, parce qu'on n'ose pas". La future police de sécurité du quotidien "aura dans ses priorités la lutte contre le harcèlement et en particulier dans les transports".

Le président c'est moi…

Pour ceux qui en doutaient encore, le président a expliqué que "à la fin des fins, les décisions stratégiques sont prises par le président de la République" mais "les décisions quotidiennes, les arbitrages quotidiens sont pris par le Premier ministre, conformément à nos institutions".

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