Face à la contestation sociale, l'exécutif peut-il compter sur ses députés ? Pas sûr. Depuis la rentrée de septembre, le sentiment d'inutilité n'a fait que s'accentuer. Et certaines investitures aux élections municipales ne sont pas passées. À l'Assemblée, les bancs des macronistes sont de plus en plus clairsemés.

Gilles Le Gendre, président du groupe LREM, à l'Assemblée Nationale (décembre 2018)
Gilles Le Gendre, président du groupe LREM, à l'Assemblée Nationale (décembre 2018) © AFP / Alain JOCARD

Mais où sont passés les députés de la majorité ? Ils désertent l'hémicycle, chaque mardi, pour les questions au gouvernement. Dans leur commission, ils ne sont qu'une quinzaine à participer régulièrement aux travaux. Et lundi soir, lors de la lecture définitive du Projet de loi de finances de la Sécurité sociale, vingt députés seulement ont pris part au débat. Une hémorragie que reconnaissent quelques cadres au sein du groupe de La République en Marche à l'Assemblée, mais qu'ils ne parviennent pas à stopper : 

"À l'Assemblée, vous êtes complètement invisible. En circonscription, vous vous sentez utile"

Plusieurs parlementaires estiment aujourd'hui à près d'une centaine, sur 302 au total, le nombre de députés de la majorité qui délaissent le palais Bourbon. Beaucoup ne supportent plus leur invisibilité ni leur inutilité. "Mes amendements ne passent jamais, explique une députée francilienne. Mais je dois rester jusqu'à une heure du matin pour voter les textes. Ce n'est pas vraiment ce que j'avais imaginé..." Sans compter quelques déceptions après les investitures aux élections municipales, et une ligne politique de l'exécutif qui penche souvent plus à Droite que l'épicentre de la majorité. 

Accepter d'être la génération "turn over"

Le mal-être est réel chez certains députés LRM : "J'ai le sentiment d'avoir été au service d'Emmanuel Macron. Il faut accepter d'être ce que j'appelle la génération "turn over".Ce qui signifie qu'on est complètement interchangeable. Les meilleurs s'adaptent. Les autres... Et c'est certainement ce qu'attendait le président", décrypte un jeune député qui tient à rester discret. 

Mais parmi ces novices de la vie politique, ils sont de plus en plus nombreux à défendre aujourd'hui leurs propres idées. Autrement dit, beaucoup se sont autonomisés. Face à eux, le gouvernement peut toujours compter sur les "députés suiveurs" : ceux qui soutiennent toutes les réformes annoncées. Et entre ces deux blocs, se trouvent les "députés déserteurs". 

Ce n'est pas mauvais pour le MoDem !

Sans oser se réjouir, le député centriste du Haut-Rhin Bruno Fucks reconnaît que le malaise vécu par la majorité pourrait bien faire les affaires du parti de François Bayrou. "Si LRM n'est plus capable d'assurer sa propre majorité absolue, nous serons là pour y pallier". Revient donc à Gilles Le Gendre, le patron de la majorité à l'Assemblée, la lourde tâche de maintenir son groupe à plus de 300 députés. À seulement mi-mandat... une sacrée gageure. 

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