[scald=66393:sdl_editor_representation]par Elisabeth O'Leary et Judy MacInnes

MADRID (Reuters) - Mariano Rajoy a résisté lundi aux attentes de ses compatriotes et à la pression des marchés, avides de connaître le détail de ses mesures d'austérité pour lutter contre l'endettement de l'Espagne au lendemain du triomphe électoral des conservateurs aux élections législatives.

Réputé pour son flegme, le chef de file du Parti populaire (PP) ne dévoilera ni son équipe gouvernementale, ni le contenu détaillé de sa politique économique avant son investiture, prévue constitutionnellement un peu avant Noël.

Lors d'une réunion de la direction du PP, Mariano Rajoy a déclaré que les Espagnols lui avaient confié pour mandat de mettre en oeuvre une politique d'austérité, a rapporté Dolores Cospedal, secrétaire générale du parti.

La résolution du problème des dettes souveraines au sein de la zone euro passe par une réponse coordonnée au niveau européen mais l'Espagne respectera ses engagements en matière de rétablissement de ses comptes publics, a-t-elle ajouté.

"La première chose à dire aux Espagnols, c'est la vérité. La société est suffisamment mûre pour être informée d'absolument tout ce qui se passe", a dit Mariano Rajoy, citée par Dolores Cospedal.

"Rajoy a formulé le voeu que le débat d'investiture et la formation du nouveau gouvernement aient lieu aussi tôt que possible dans le respect de la loi et nous allons nous employer à ce que le nouveau gouvernement soit formé avant Noël", a ajouté la secrétaire générale du PP.

"PAS DE PRESSION"

Priée de dire si Mariano Rajoy était préoccupé par cette période d'inaction susceptible d'alarmer les investisseurs, une source du PP a déclaré à Reuters: "Il est inquiet, mais il ne ressent pas de pression."

Signe de la nervosité des investisseurs, l'écart de rendement entre les obligations de l'Espagne et celles de l'Allemagne, références de la zone euro, a grimpé lundi de 25 points de base et atteint 470 points. Le rendement des emprunts espagnols à dix ans a grimpé à 6,58%, proche des 7%, niveau jugé insoutenable pour un pays sur le long terme.

L'agence de notation Standard & Poor's a jugé lundi que le résultat des élections espagnoles n'affecterait pas la note du pays.

Les conservateurs ont profité dimanche de la colère de la population envers le gouvernement socialiste sortant. Avec près de 45% des voix, ils vont disposer pour la première fois de la majorité absolue au sein du Congrès des députés, avec 186 élus sur 350.

Le Parti socialiste (PSOE), après sept années au pouvoir, a réuni moins de 29% des voix et perdu une soixantaine d'élus au Congrès, où son groupe fond à 111 sièges, sa pire performance depuis trente ans.

Les Espagnols reprochent au gouvernement sortant d'avoir tardé à réagir pour redresser l'économie et juguler le chômage dont le taux (21,5%) est le plus élevé de l'Union européenne.

Après l'Irlande, le Portugal, la Grèce et l'Italie, l'Espagne est le cinquième Etat européen dont le gouvernement est poussé vers la sortie, par le biais d'élections ou d'une démission, par la crise économique et budgétaire.

"PAS DE MIRACLE"

Après une campagne durant laquelle il a savamment entretenu le flou sur son programme, les marchés obligataires attendent de Mariano Rajoy des mesures plus concrètes pour réduire le déficit public et relancer la croissance.

Les émissions de dette du Trésor espagnol prévues mardi et jeudi seront observées de près, comme un premier test de la confiance des marchés envers le futur gouvernement.

Depuis sa victoire, Rajoy a simplement affirmé qu'il n'y aurait "pas de miracle" pour résoudre la crise.

Contrairement aux Grecs dont les manifestations anti-austérité ont provoqué une crise politique, les Espagnols semblent résignés à se serrer la ceinture et à subir des coupes budgétaires dans les domaines de la santé et de l'éducation.

Relativement discrets lors de la campagne, les "Indignados" se disent prêts à manifester de nouveau une fois que le nouveau gouvernement aura présenté son plan d'austérité.

"Je pense que les gens sortiront dans la rue quand ils verront ce qu'ils (les conservateurs) vont faire", dit Jose Antonio Garcia, électeur de gauche âgé de 28 ans.

Oscar Ortega, concierge de 38 ans, n'a pas compris les effusions de joie des électeurs du PP: "Je veux croire qu'ils vont nous aider mais c'est honteux de célébrer une victoire vu la situation dans laquelle on est. Je ne sais pas ce que ces gens fêtaient dans la rue hier (dimanche) soir. Attendons d'avoir une solution pour faire la fête."

Clément Guillou et Bertrand Boucey pour le service français

Mots-clés:

Derniers articles

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.