Selon une étude de la Fondation Jean-Jaurès, parue ce mercredi, la porosité entre les programmes du RN et de LR, la stratégie de "dédiabolisation" du parti et la désaffection du président Emmanuel Macron dans le camp républicain pourraient mener à la victoire de Marine Le Pen à la présidentielle de 2022.

Selon la Fondation Jean Jaurès, la victoire de Marine Le Pen à la présidentielle 2022 est une "possibilité non négligeable".
Selon la Fondation Jean Jaurès, la victoire de Marine Le Pen à la présidentielle 2022 est une "possibilité non négligeable". © AFP / Thomas Samson

À un an de l'élection présidentielle, l’Observatoire de l’opinion de la Fondation Jean-Jaurès a évalué le "risque de voir Marine Le Pen remporter le second tour" dans une étude parue ce mercredi. Le constat est sans appel, le "barrage" du "front républicain" s'érode et la victoire de la présidente du Rassemblement national est "une possibilité non négligeable".

Pour que la dirigeante d'extrême-droite soit élue, selon les auteurs de l'étude de ce centre de réflexion classé à gauche, les conditions semblent réunies.

Une "convergence programmatique" entre RN et LR

Si les auteurs écartent la sempiternelle thèse d'une "grande convergence des extrêmes" entre les électorats de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon, en raison de positions "profondément différentes" sur les questions culturelles et économiques, ils constatent en revanche une "convergence programmatique indéniable" entre Les Républicains et le Rassemblement national.

Ce rapprochement partisan se retrouve au niveau de l'électorat, selon la Fondation. La distance entre les sympathisants de LR et ceux du RN se serait ainsi "largement réduite" sur les questions liées à l'islam, l'immigration clandestine, la lutte contre le terrorisme, mais aussi à l'autorité, comme sur le rétablissement de la peine de mort qui les séparait autrefois. En cause : "Le siphonnage d'une partie de l'électorat LR par Emmanuel Macron", en 2017, qui laisse un électorat LR "moins centriste" et donc plus poreux avec le RN.

Sur le plan économique toutefois, l'électorat LR s'avère "bien plus libéral" que l'électorat RN. Ainsi, les différences sont "majeures" concernant les enjeux de flexibilisation du marché du travail, de libre échange ou de niveaux de redistribution, même s'ils se rejoignent sur l'idée qu'il existe "trop d'assistanat" en France. La convergence programmatique ne se traduit donc "qu'imparfaitement au niveau des électorats", qui se rapprochent sur les questions culturelles mais restent éloignés sur l'économie. 

Il n'empêche, "la droite modérée est celle qui est la plus susceptible de se reporter sur les voix du RN" résume Tristan Guerra, l'un des auteurs de l'étude, interrogé au 13 heures de France Inter. En effet, non seulement au niveau des programmes, mais aussi au niveau des électorats, il y a "une plus grande porosité, surtout sur les questions identitaires".

Un succès de la stratégie de "dédiabolisation"

Outre la porosité entre RN et LR, la stratégie de "dédiabolisation", de "déradicalisation discursive", menée par Marine Le Pen depuis son arrivée à la tête du parti en 2011, "semble porter ses fruits". En excluant des militants, en se détachant des accusations d'antisémitisme et de racisme portées contre son père Jean-Marie Le Pen, la présidente du parti est parvenue à "rassurer une partie de l’électorat issu de la droite modérée" et à "lisser" son image. Néanmoins, "l’accentuation de sa ligne anti-euro a certainement alimenté l’image d’amateurisme économique du Front national auprès de cette fraction de l’opinion publique".

L'image du parti est encore assez négative, mais "le RN et sa candidate n'ont jamais fait moins peur aux français qu'en 2021", juge Tristan Guerra sur France Inter. Ainsi, en avril 2016, soit un an avant la présidentielle de 2017, les Français étaient 11 points de plus qu'aujourd'hui à avoir une très mauvaise opinion de Marine Le Pen. Alors, si le RN "persiste dans l'atténuation de son discours sur les questions européennes" - il ne veut plus sortir de l'euro depuis 2017 - sans se radicaliser à nouveau sur le plan identitaire, il pourrait connaître une nouvelle progression dans les urnes, selon les auteurs.

La "détestation" d'Emmanuel Macron : un effet repoussoir

Mais "la vraie force" de Marine Le Pen, selon eux, réside dans le niveau de "détestation" du président Emmanuel Macron. Les deux candidats bénéficient de "socles extrêmement solides" qui "tend à les assurer d'une place au premier tour", affirme Tristan Guerra : "Marine Le Pen bénéficie de l'alignement d'une grande partie des catégories populaires, et Macron du côté des classes moyennes supérieures".

Dans la perspective d'un match retour opposant ces deux candidats au second tour de la présidentielle en 2022, les auteurs jugent "non négligeable" la possibilité qu'une "part importante des électeurs de candidats battus au premier tour s'abstiennent, tant leur détestation de la candidate RN n'a d'égal que leur rejet de l'actuel président".

Au sein de l'électorat de droite, les sympathisants LR expriment davantage d'émotions négatives envers Emmanuel Macron que vis-à-vis de Marine Le Pen, notent les auteurs. L'étude en conclut que "si, à l'heure actuelle, les électorats [LR et RN] demeurent assez distincts, le rapprochement qui s'est opéré sur les enjeux culturels laisse entrevoir des possibilités de transferts de voix au second tour". Le fait qu'Emmanuel Macron "suscite un rejet important" en dehors de son camp pourrait conduire à une "abstention importante en cas de duel face à Marine Le Pen". La candidate pourrait donc bénéficier d'un logique de "vote par rejet".

Finalement, "les électeurs en sont à évaluer lequel de ces deux candidats ils détestent le moins, et la logique du vote par rejet pourrait se retourner contre le pouvoir", envisage Tristan Guerra. "Le vote au second tour pour Marine Le Pen ne marquerait pas une adhésion à son programme mais un rejet du candidat sortant."

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