Après les associations féministes et les professionnels de la petite enfance, la secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes fâche les gynécologues

 Le CNGOF proteste contre les "informations fausses" proférées par Marlène Schiappa
Le CNGOF proteste contre les "informations fausses" proférées par Marlène Schiappa © AFP / Jean-François Monier

Décidément, les débuts de Marlène Schiappa au gouvernement sont très compliqués… Après la polémique sur la diminution des crédits du secrétariat d’Etat, puis les VAE petite enfance pour les jeunes mères, c’est maintenant au tour des gynécologues de dire leur désaccord avec les propos de la secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les femmes et les hommes.

Violences obstétricales et épisiotomies

Les gynécologues et obstétriciens français protestent contre les déclarations de Marlène Schiappa sur le taux d'épisiotomies pratiquées en France qu’ils jugent "fausses". Une épisiotomie est incision chirurgicale du périnée, pratiquée au moment de l'accouchement, pour éviter, à priori, une déchirure.

La secrétaire d'Etat à l'égalité femmes-hommes s'est émue, devant la Délégation aux Droits des femmes du Sénat, du fait qu'en France beaucoup trop d'accouchements donnent lieu à une épisiotomie : "En France, on a un taux d'épisiotomies à 75%, alors que l'OMS préconise d'être autour de 20-25%" a-t-elle dit.

Dans un communiqué, publié lundi Marlène Schiappa précise qu’elle a cité une étude réalisée en 2013 par l'association "Maman Travaille", qu'elle a fondée. Sur 983 mères interrogées, "75% d'entre elles disaient avoir subi une épisiotomie", explique-t-elle.

Pour le professeur Israël Nisand, président du CNGOF, le Collège national des gynécologues et obstétriciens français, ces propos ne sont pas dignes d’un membre du gouvernement :

Un ministre ne devrait pas se saisir des informations qui traînent sur tous les blogs pour en faire sa communication.

"Les informations vraies elle ne les prend pas. Les statistiques nationales sur le taux d’épisiotomie montrent qu’on est en dessous de 20%", explique Israël Nisand, "alors venir avec des chiffres qui ont plus de 40 ans, pour donner une info nouvelle aux sénateurs, ça ne peut pas venir d’un personnage aussi haut placé dans le pouvoir politique".

Mais ce qui choque le plus le CNGOF, c'est le rapport sur les "violences obstétricales" que la secrétaire d'Etat a commandé au Haut conseil à l'Egalité entre les femmes et les hommes (HCE). Car selon Marlène Schiappa "il y a des pratiques obstétricales non consenties avec notamment des violences obstétricales, semble-t-il, particulièrement sur les femmes étrangères, les femmes très jeunes, et les femmes handicapées".

Dans une lettre ouverte à Marlène Schiappa, les membres du CNGOF écrivent "Non, madame la secrétaire d’Etat, les obstétriciens ne maltraitent pas leurs patientes et entendent à leur tour ne pas l’être par une secrétaire d’Etat mal informée".

Le professeur Nisand, interrogé par Laurent Grolée, parle d'improvisation et de populisme. "Cette stigmatisation un peu primaire de notre activité, cette manière un peu populiste de dire haro sur les gynécologues de France, ne nous convient pas" dit-il.

Pour la secrétaire d'Etat, "il n’appartient pas au gouvernement de dire quelle est la réalité des chiffres, mais d’apporter une réponse aux femmes qui font part de leurs souffrances". Il lui appartient, par contre, de lever "le tabou des violences obstétricales, grâce à un état des lieux auquel les gynécologues obstétriciens seront bien évidemment largement associés",a-t-elle conclu. Pour l'instant.

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