par Pierre Savary

HENIN-BEAUMONT, Pas-de-Calais (Reuters) - Jean-Luc Mélenchon défiera Marine Le Pen dans son fief de Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) aux législatives de juin prochain dans l'espoir d'empêcher la présidente du Front national d'entrer à l'Assemblée nationale et de peser dans le débat national.

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Le candidat du Front de gauche peut espérer laver dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais l'affront du premier tour de la présidentielle, avec 11,10% des voix au niveau national contre 17,90% pour Marine Le Pen, loin derrière le score espéré.

"Je viens parce qu'il y a ici une bataille qui a une signification nationale et, j'ose le dire, internationale car nous sommes sous les yeux de tous", a-t-il déclaré.

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Il était entouré de tous les responsables communistes régionaux et notamment du candidat initialement investi par le Front de gauche, Hervé Poly, qui a cédé sa place à Jean-Luc Mélenchon et en sera le suppléant.

Son élection enverrait selon lui un double signal : l'extrême droite peut être battue alors qu'elle monte partout en Europe et François Hollande doit maintenir le cap à gauche sous la pression d'un Front de gauche solide.

"Dans toute l'Europe, on a regardé le résultat de l'élection présidentielle française, la victoire que nous avons rendue possible, car il n'y avait pas de défaite de Nicolas Sarkozy, il n'y avait pas de victoire de François Hollande sans les quatre millions de voix disciplinées du Front de gauche", a-t-il dit.

Le Front de gauche, qui dispose de 19 députés à l'Assemblée nationale et souhaite jouer un "rôle réel" dans les choix politiques du prochain quinquennat, a pour ambition de gagner plusieurs dizaines de nouvelles circonscriptions.

La présidente du Front national a réagi avec ironie.

"Ce n'est plus de la rage, c'est de l'amour. Je crois qu'il ne peut plus vivre sans moi", a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse à Perpignan, en qualifiant cette candidature d'"épiphénomène" dans la campagne pour les législatives.

Jean-Luc Mélenchon a beaucoup attendu avant de fixer son choix sur la ville nordiste située dans une ancienne région houillère sinistrée par les plans sociaux, terre traditionnelle de gauche tentée par un vote d'extrême droite.

"ICI, C'EST LA GAUCHE"

Le député européen hésitait entre le Pas-de-Calais, les Bouches-du-Rhône, l'Hérault et la région parisienne.

Mais la perspective d'un nouveau mano a mano avec la dirigeante du Front national, dont il a fait sa cible privilégiée pendant sa campagne présidentielle, l'a emporté pour sa symbolique et les retombées politiques en cas de victoire.

"Nous ne sommes pas ici sur les terres de Marine Le Pen. Ce n'est pas son fief politique. Ici, c'est la gauche", a-t-il dit.

Mais le pari n'est pas gagné d'avance, tant le Front national s'est progressivement implanté dans cette ville où le taux de chômage atteint 15,5% et où les élus socialistes locaux ont été affaiblis par des affaires de corruption à répétition.

L'ancien maire socialiste, Gérard Dalongeville, a été mis en examen en avril 2009 pour "corruption et détournement de fonds publics" et a partiellement reconnu les faits dans un livre intitulé "Rose mafia", où il dénonce un système de corruption généralisée au sein de la fédération PS du Pas-de-Calais.

Au premier tour de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a obtenu dans cette circonscription 14,85% des voix, loin derrière Marine Le Pen (42%) et François Hollande (28,75%) et juste derrière Nicolas Sarkozy (15,79%).

Au second tour François Hollande a battu Nicolas Sarkozy avec plus de 60% des voix mais Marine Le Pen, qui avait annoncé voter blanc, avait été suivie par de nombreux électeurs.

En outre, aux municipales de 2009, Marine Le Pen avait recueilli 47,62% des voix dans cette ville et Hénin-Beaumont ne fait pas partie de la cinquantaine de circonscriptions où le Front de gauche a entamé des négociations avec le Parti socialiste, qui entend pour l'instant maintenir son candidat.

Jean-Luc Mélenchon n'est donc même pas certain d'être qualifié pour le second tour des législatives, le 17 juin.

Après avoir qualifié la présidente du FN de "semi-démente", de "chauve-souris" et de "yéti de la politique française" pendant la campagne présidentielle, il s'est gardé de telles invectives samedi.

"Il n'y aura pas ici la bataille de chiens que certains espèrent", a-t-il cependant promis.

Edité par Yves Clarisse

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