Dans un entretien de dix pages à L'Express, publié sur deux jours, le chef de l'État se projette vers la présidentielle de 2022. Il dénonce notamment "le camp de la défaite, des corporatistes, des égoïstes" qui "a toujours été très fort". Et les "intellectuels" qui "n'ont pas su penser un avenir français".

Dans l'entretien à l'Express, le président dénonce "le camp de la défaite, des corporatistes, des égoïstes [qui] a toujours été très fort".
Dans l'entretien à l'Express, le président dénonce "le camp de la défaite, des corporatistes, des égoïstes [qui] a toujours été très fort". © AFP / Charles PLATIAU

Dans la deuxième partie de l'entretien accordé par Emmanuel Macron à L'Express, et parue ce mercredi, le président s'en prend vivement aux élites, en particulier intellectuelles.

"Ces intellectuels qui n'ont pas su penser un avenir français durant des décennies de crise", accuse le président. Emmanuel Macron évoque une "espèce de mélasse intellectuelle, qui tout à la fois dénonce toute forme d'autorité, la défense de l'ordre républicain, justifie la violence de rue sans jamais l'interroger et ne vient pas au secours de la défense de la liberté d'expression et nos principes fondamentaux". Le chef de l'État fustige "le camp de la défaite, des corporatistes, des égoïstes" et convoque l'historien et officier Marc Bloch, qui dans son ouvrage "L'Étrange Défaite" expliquait la débâcle de 1940 par le renoncement des élites.

Ces élites, notamment intellectuelles, auraient donc trahi, selon le président de la République. Ces mêmes intellectuels qu'il conviait à l'Élysée pour un "grand débat" lors de la crise des "gilets jaunes". 

"Un pouvoir qui voudrait des intellectuels à sa botte"

Parmi les invités il y avait alors le sociologue Michel Wieviorka. Contacté par France Inter, ce dernier est très remonté après lecture de l'interview présidentielle :"C'est un pouvoir qui en réalité voudrait des intellectuels à sa botte. D'ailleurs je note qu'il prononce beaucoup le mot de 'République' et beaucoup moins le mot de 'démocratie'. Il veut des intellectuels qui vantent d'une certaine façon la Nation et l'unité qu'il incarne, et pas du tout qui sont dans leur rôle critique", dénonce le sociologue. 

"C'est bien joli de critiquer les intellectuels dans l'ensemble, sans dire exactement de qui il s'agit, quand en réalité on ne fait rien pour la vie intellectuelle. Les acteurs de la culture en ce moment apprécieront d'ailleurs cette charge contre les intellectuels".

Mais la charge du président ne s'arrête pas là. Il dénonce aussi "l'élite économique (...) mondialisée". "Elle s'est nomadisée, elle est devenue de nulle part", selon Emmanuel Macron. Face à cet "esprit de capitulation", lui se place dans le camp des "patriotes"... "Patriotes et européens", c'est sa différence avec Marine Le Pen, qui parle quant à elle des "nationaux" contre les "mondialistes". 

À moins d'un an et demi de l'élection présidentielle, le chef de l'État entre en tout cas encore un peu plus dans le match imposé par la présidente du RN.