En fin de semaine, le gouvernement décidera ou non du déconfinement à partir du 15 décembre. Quoiqu’il arrive, l’incitation au télétravail va continuer, pour les salariés... comme pour les membres du gouvernement. Même si dans les ministères, presque toujours en visioconférence, on commence à en avoir marre.

Le Premier ministre Jean Castex et son ministre de la Santé à la sortie d'un conseil des ministres le 2 décembre 2020
Le Premier ministre Jean Castex et son ministre de la Santé à la sortie d'un conseil des ministres le 2 décembre 2020 © AFP / Arthur Nicholas Orchard / Hans Luca

"C’est l’enfer", peste un ministre devant son écran. "Le règne du monologue, la mort du débat et la tyrannie de la caméra." "En plus, à Bercy", ajoute un de ses collègues, "il faut descendre au bunker pour des connexions sécurisés avec l’Élysée et Matignon !" 

Le "bunker" de Bercy fait trois étages, situés sous le ministère de l'Économie et des Finances en cas d'attaque grave, ou d'état de guerre. À l'intérieur, on trouve trois modestes "appartements pour les autorités", un stock de matelas pour les autres, un réfectoire avec un stock d'eau et de nourritures lyophilisés, une cage de Faraday qui permet une isolation parfaite pour des échanges "secret défense" et même un sac mortuaire avec de la chaux pour pouvoir rester confiné... quoiqu'il arrive.

Mais le principal défaut de ce bunker, aux yeux des ministres, c'est l'impossibilité d'envoyer des messages derrière les nombreuses portes blindées. Plus de SMS, ni de boucles WhatsApp ou Telegram, pendant les nombreuses réunions en visio. 

"Le temps paraît long", admet l'un des participants à ces réunions.

Dans d’autres ministères, à l'air libre, plusieurs cadrent leurs caméras en hauteur pour garder discrètement les mains libres. "À l'Élysée, on ne peut pas sortir nos téléphones, mais il y a davantage d'interactions, de vie, raconte un membre du gouvernement. Là, quand on enchaîne en visio le mercredi Conseil de défense et Conseil des ministres, c'est un tunnel de quatre heures dans lequel on ne s'exprime parfois que quelques minutes, le smartphone devient indispensable."

"Pierre, tu devrais couper ton micro"

Quoiqu'il arrive, attention au micro ouvert. Quand la spontanéité revient, la moindre phrase peut être très corrosive. Lors d'une réunion entre directeurs de cabinet, le 23 novembre dernier, le bras droit de Gérald Darmanin s'est laissé emporter, croyant son micro était coupé

"Il bombe le torse, il est comme un petit coq, tout content d’avoir gagné sur l’article 24", lâche le haut-fonctionnaire, repris immédiatement par Alexis Kohler, le bras droit d’Emmanuel Macron : "Pierre, tu devrais couper ton micro." Une anecdote révélée par le Canard Enchaîné (25/11) et confirmée par France Inter. 

L’ancien Premier ministre, Edouard Philippe, était aussi un spécialiste de la petite phrase "hors antenne". "Heureusement, il ne s’est jamais fait choper", se souvient un de ses amis. Les ministres le reconnaissent volontiers : "Gouverner en visio, c’est très compliqué, très froid, très formel." Eux aussi espèrent, en janvier, lâcher leurs écrans.