Arnaud Montebourg et Matthieu Pigasse
Arnaud Montebourg et Matthieu Pigasse © Radio France / Radio France

L'ancien ministre socialiste Arnaud Montebourg, flanqué de l'homme d'affaires Matthieu Pigasse, se livre dans le JDD à une charge en règle contre la politique économique du gouvernement, au moment où se tient à Poitiers le congrès du PS.

"Hébétés, nous marchons droit vers le désastre", écrivent-ils en invoquant une possible accession du Front national au pouvoir :

L'absurde conformisme bruxellois de la politique économique de la France actuelle est devenue une gigantesque fabrique à suffrages du Front national.

Arnaud Montebourg a quitté le gouvernement en août 2014 sur des désaccords avec la politique économique du chef de l'État, François Hollande, et de son Premier ministre, Manuel Valls. Il ne participe pas au congrès de Poitiers. "Est-il encore possible de sauver ce quinquennat et de le rendre enfin utile à notre pays?", écrivent l'ancien ministre et l'homme d'affaires. "Est-il encore possible d'éviter le désastre politique et moral pour cette gauche de gouvernement qui semble avoir abandonné la France?" "Oui, nous croyons qu'il n'est pas trop tard pour encore agir et engager enfin une politique différente et innovante. Il suffirait que nos dirigeants ouvrent leurs yeux sur le précipice qu'ils ont ouvert sous nos pieds (et les leurs)."

Alors que l'exécutif actuel a été élu en 2012 pour faire baisser le chômage, il s'est "rallié en deux mois" aux "exigences destructrices de l'austérité", déplorent-ils. Ils voient dans "l'explosion du chômage, la hausse de la pauvreté et la montée du sentiment de vulnérabilité dans presque toutes les couches de la société française" les raisons qui jettent des millions de Français dans le vote FN.

"Ainsi, le conformisme politique est désormais devenu le principal adversaire du renouveau économique du pays", ajoutent-ils. "C'est lui qui nous paralyse et chaque mois qui passe le rend plus insupportable."

Tout président élu commence par aller faire ses génuflexions à Berlin puis à Bruxelles, enterrant en 72 heures ses engagements de campagne. Et voici des années que cette comédie de l'impuissance publique dure.

Ils invitent les dirigeants politiques français à cesser de mener une lutte "purement verbale" contre le parti d'extrême-droite pour agir sur les causes réelles de la montée du FN. "Il faut refuser de se contenter d'attendre que la croissance revienne, comme s'il s'agissait d'un phénomène météorologique ou du cycle des saisons. Il faut refuser de se féliciter quand est annoncée, pour 2015, une progression du PIB de 1% environ, après trois années de croissance zéro." "Cela veut dire se battre pour la croissance en interrompant les politiques absurdes, inefficaces et anti-économiques de Bruxelles et rendre sous forme de baisses d'impôts ce qui a été lourdement prélevé sur les ménages", ajoutent Arnaud Montebourg et Matthieu Pigasse. "Cela veut dire ne plus se laisser faire par Berlin et Bruxelles et changer la politique économique nationale et européenne."

Valls et le PS fustigent la charge de Montebourg

Le congrès du Parti socialiste, qui devait être ce week-end à Poitiers celui de l'unité retrouvée derrière François Hollande à moins de deux ans de l'élection présidentielle, n'a pas donc réussi à masquer la persistance de fortes contradictions en son sein.

Au Congrès du PS à Poitiers, la charge de l'ancien ministre n'est pas passée inaperçue. Le reportage de Cyril Graziani.

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Les réactions des têtes de pont du PS à la tribune d'Arnaud Montebourg

C'est une "insulte aux militants" selon Jean-Christophe Cambadélis. Manuel Valls a renvoyé Arnaud Montebourg à son "irresponsabilité" :

Ici, nous avons toujours fait le choix de l'exercice du pouvoir et de la responsabilité. Moi, j'assume ma responsabilité et je laisse l'irresponsabilité aux autres.

Son prédécesseur à Matignon, Jean-Marc Ayrault, a ironisé sur la "souffrance" qu'avait dû endurer Arnaud Montebourg durant deux ans au gouvernement et a invité la presse à ne pas "faire des absents les vedettes" du congrès de Poitiers.

Les frondeurs toujours critiques

L'aile gauche et les "frondeurs" ont joué les trouble-fête en critiquant la politique de l'exécutif, trop libérale à leurs yeux, dans des interventions souvent plus applaudies que les orateurs de la motion majoritaire et du gouvernement. "Il faut poursuivre les réformes de fond. Ce n'est pas le moment de renverser la vapeur ni de changer de conducteur", a déclaré dimanche Jean-Christophe Cambadélis en conclusion du congrès, emboîtant le pas à Manuel Valls.

Tout juste a-t-il dit vouloir engager un "débat amical avec le gouvernement" sur des "inflexions" en matière de fiscalité et de ciblage des aides publiques aux entreprises, qu'il a souhaité voir intégrées à la discussion budgétaire de l'automne."Maintenant, il faut finir le job !", a-t-il lancé au Premier ministre. "Et nous avons confiance dans ta détermination et ton sens de l'écoute des aspirations du Parti socialiste."

Mais il n'est pas parvenu à convaincre les "frondeurs" de se joindre à "l'Adresse au peuple de France" dont il voulait faire un symbole de rassemblement du parti derrière le gouvernement. Les contestataires n'ont pas obtenu que les "erreurs" de la politique économique menée depuis 2012 soient reconnues et que des propositions de réformes communes aux différents courants, comme la diminution du taux de contribution sociale généralisée (CSG) ou la réorientation de 15 milliards d'euros de baisses de charges prévus pour les entreprises, soient reprises.

 la fin du Congrès comme le veut la tradition, il y a eu la photo de famille mais les frondeurs n'ont pas voulu rajouter un cliché aux précédents.

Pas question d'afficher une unité de façade a déclaré le député du PS Christian Paul. Le chef de file des frondeurs et de l'aile gauche du parti au micro de Louise Bodet.

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"Le PS a passé l'âge des photos de famille quand elles sont des unités de façade"

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