L'ancien président de la République s'est éteint, ce jeudi 26 septembre au matin, à 86 ans. Personnalités du monde politique, culturel, médiatique, lui rendent hommage sur France Inter.

Député, ministre, Premier ministre, Président de la République... Jacques Chirac a marqué la France à travers les années.
Député, ministre, Premier ministre, Président de la République... Jacques Chirac a marqué la France à travers les années. © AFP / Patrick Kovarik

Conseiller municipal dans les années 60, fondateur du RPR en 1976, président de la République de 1995 à 2007 et icône pop consacrée par la jeune génération : Jacques Chirac aura marqué la France à travers les années. Ce jeudi 26 septembre, date de son décès à l'âge 86 ans, des personnalités françaises, politiques, culturelles ou médiatiques, lui rendent hommage au micro de France Inter.

Nicolas Hulot : "J'ai vu Mandela l'étreindre et le supplier de ne pas envahir l'Irak"

À travers le discours de Johannesburg - et la phrase culte "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs", et l'intérêt immense que vouait le président à ses expéditions Ushuaïa, Nicolas Hulot dit avoir assisté au "début de conversion, de prise de conscience" écologique de Jacques Chirac.

Mais une autre scène, concernant cette fois la guerre en Irak, l'a marqué : "J'étais avec lui lors d'une rencontre avec Nelson Mandela en Afrique du Sud. Nous étions tous les trois, avec l'interprète. J'ai vu Mandela se lever, étreindre Jacques Chirac par l'épaule, et le supplier de ne pas envahir l'Irak. _Et Chirac était tellement ému_... Je pense que l'idée du discours de Dominique de Villepin aux Nations-Unies [le 14 février 2003, pour dire non à la guerre en Irak, NDLR], est née à ce moment-là."

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Jacques Chirac décerne à Nicolas Hulot l'Ordre national du mérite, en 2003
Jacques Chirac décerne à Nicolas Hulot l'Ordre national du mérite, en 2003 © AFP / Daniel Janin

Jean-Louis Borloo : "On lui doit aussi l'énorme plan de rénovation des quartiers"

Ministre de Jacques Chirac pendant tout son second mandat, de 2002 à 2007, Jean-Louis Borloo évoque un aspect du président dont on se souvient moins. "C'était à la fois l'homme de 'la maison brûle et nous regardons ailleurs', le grand discours de Villepin à l'ONU sur le refus de la guerre en Irak, mais aussi l'énorme plan de rénovation urbaine de nos quartiers, qui étaient abandonnés. Jamais un tel plan n'avait été fait, c'était sa volonté, je l'ai fait exclusivement à sa demande. Il voulait le faire pour nos quartiers populaires et pour l'ensemble de la France, pour une réconciliation nationale. On lui doit ça aussi."

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Line Renaud : "Il m'avait demandé de garder Claude pendant les vacances"

La comédienne et chanteuse confie avoir connu Jacques Chirac en 1975, lors d'un meeting où elle avait été conviée. "Je l’ai suivi par conviction, et je n’ai jamais été déçue. C’est un monsieur formidable, authentique, sincère, fidèle en amitié, à l’écoute des autres." Line Renaud se souvient également du jour où Jacques Chirac lui avait demandé de garde sa fille Claude, pendant un mois, pour les vacances. Elle décrit un homme passionné et très érudit : "Je l'avais présenté à l'acteur Gregory Peck, et ils partageaient le même genre d’érudition. Poésie, sciences, tous les sujets les intéressaient et ils se parlaient durant des heures."

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Lionel Jospin : la cohabitation fut "le privilège de gouverner la France sous sa présidence"

Le socialiste, qui fut le Premier ministre de Jacques Chirac pendant quatre ans, évoque cette période de cohabitation comme une chance : "J’ai eu le privilège de gouverner la France sous sa présidence. [...] J’ai sûrement conduit une politique intérieure différente de celle qui aurait été la sienne. Mais en politique étrangère, nous avons veillé tous deux à ce que la France parle d’une seule voix et soit respectée sur la scène internationale."

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Jean-Jacques Aillagon : "Il laisse un legs culturel considérable à notre pays"

Ministre de la Culture de Jacques Chirac, Jean-Jacques Aillagon évoque évidemment l'héritage culturel laissé par le président. "Je suis triste, c’est une peine très cruelle. Il aura laissé à notre pays un legs culturel considérable, avec le musée du quai Branly, mais aussi avec le musée des arts d’Islam au Louvre, les Archives nationales à Pierrefitte... Il a contribué, à la fois comme maire de Paris, et comme Président de la République, à l'épanouissement culturel de notre pays."

Jean-Paul Delevoye : "Malgré les apparences, il avait une culture extraordinaire"

Le haut commissaire à la réforme des retraites, engagé au RPR, était aussi un proche de Jacques Chirac. "C'était un homme qui avait un amour profond de la France, des Françaises et des Français. [...] Je retiens de lui sa profonde connaissance des hommes, de la sociologie, des sciences humaines, de l'Histoire. Malgré les apparences, il avait une culture extraordinaire. Il y avait la défense des arts premiers, avec le Quai Branly. Et les arguments qu'il avait opposés aux Américains [au sujet de la guerre d'Irak, NDLR]. Il avait exactement prédit ce qu'il se passerait par la suite !"

Jacques Chirac et Jean-Paul Delevoye, en 2007
Jacques Chirac et Jean-Paul Delevoye, en 2007 © AFP / Patrick Kovarik

Philippe Douste-Blazy : "Il plaçait les plus faibles au même niveau que les plus aisés"  

L'ancien ministre de la Culture, puis de la Santé, puis des Affaires étrangères, est également médecin et conseiller spécial des Nations Unies. Pour lui, Jacques Chirac, "C'est un homme qui plaçait les plus humbles et les plus faibles au moins au même niveau que les plus aisés. [...] Il faut savoir ce que représente Jacques Chirac aujourd'hui en Afrique."

"Je suis actuellement à New York, _où nous allons parler cet après-midi d'UNITAID, que nous avons créée ensemble_, qui permet de soigner les plus faibles du SIDA, de la tuberculose, du paludisme [fonds créé grâce à la "taxe Chirac" sur les billets d'avion, ndlr]. Cette idée de respecter les populations, les civilisations et les personnes les plus faibles, c'est quelque chose qui m'a profondément marqué chez lui."

Jean-François Copé : "Je lui dois tout"  

Le maire de Meaux, figure de proue du parti Les Républicains, parle de Jacques Chirac comme d'un mentor : "Je dois tout à Jacques Chirac. C'est lui qui m’a fait entrer dans la carrière, comme on dit, je lui dois les premiers conseils sur l'engagement, la disponibilité aux autres. Bien souvent, il m'a dit 'il ne faut jamais oublier personne". Il fallait se mettre à la place des gens. Pour lui, il fallait proposer un message de hauteur tout en écoutant les inquiétudes."

Michèle Alliot-Marie : "Pendant mes cinq ans et demi à la Défense, je pouvais compter sur lui"

Également ancienne ministre de Jacques Chirac, Michèle Alliot-Marie revient sur ces années passées à travailler avec le président : "Surtout, on pouvait s'appuyer sur lui, notamment pendant les cinq ans et demi que j'ai passé à la Défense, avec des situations difficiles - celles de la guerre en Irak, les problématiques de la Côte-d'Ivoire, du Liban... C'était des moments pas faciles, et je savais que si j'avais un problème, je pouvais non seulement l'interroger, mais également compter sur lui, parce qu'il assumait ses responsabilités lui-même."

Jacques Chirac tient la main de Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Justice, à la sortie de l'audience solenelle de rentrée à Paris en 2011
Jacques Chirac tient la main de Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Justice, à la sortie de l'audience solenelle de rentrée à Paris en 2011 © AFP / Jacques Demaillon

Dominique Perben : "C'est avant tout sa dimension humaine qui me bouleverse aujourd'hui"

Ministre de la Fonction publique, garde des Sceaux, puis ministre des Transports, Dominique Perben aura passé six ans et demi sous les gouvernements de Jacques Chirac. "J'ai passé quarante ans avec lui, parfois j'étais d'accord avec lui, parfois je ne l'étais pas, mais c'était d'abord un homme gigantesque. Bien sûr, il y avait des batailles politiques, mais c'est avant tout la dimension humaine qui aujourd'hui me bouleverse. Je me sens comme si j'avais perdu un membre de ma famille."

Christine Albanel : "Il combattait la fracture civilisationnelle"

D'abord attachée de presse d'Anne-Aymone Giscard d'Estaing en 1979, Christine Albanel intègre l'équipe de Jacques Chirac en 1982, où elle écrit notamment ses discours, avant d'intégrer la mairie de Paris puis de devenir conseillère régionale. "J'ai passé presque 22 ans avec lui, de 1982 à 2002", nous dit-elle.

Ministre de la Culture sous Nicolas Sarkozy, Christine Albanel évoque l'héritage culturel de Jacques Chirac : "Il a eu la grande ambition de faire connaître les autres civilisations, il combattait la "fracture civilisationnelle", le fait de ne pas estimer les cultures venues d'ailleurs, et je crois que c'était un écho direct avec l'extrême-droite. Le musée du Quai Branly en était un très beau témoignage, contre tous les conservatismes."

François Bayrou : "Nous étions concurrents, et en même temps nous avions des moments de complicité personnelle"

Le président du Modem évoque la relation ambivalente qu'il entretenait avec Jacques Chirac : "J'ai été son adversaire politique, et son ministre. Son concurrent en 2002, et en même temps, on avait des moments de complicité personnelle, de relations de pères de famille, lors d'événements qui à l'époque nous concernaient tous les deux."

L'opposition à la guerre en Irak fut pour François Bayrou un moment marquant de la politique chiraquienne : "_Il a été, à ce moment-là tout seul, à dire au nom de la France : 'Non'_. Et j'ai choisi de monter à la tribune de l'Assemblée pour lui apporter mon soutien."

Nathalie Loiseau : "Il avait alerté sur les conséquences de lancer une guerre au Moyen-Orient"

Candidate aux dernières européennes pour la République en Marche, Nathalie Loiseau évoque d'abord les débuts de son engagement en politique, "au centre-droit, pour soutenir Jacques Chirac, en 1995".   

Elle a ensuite travaillé à plusieurs reprises avec celui qu'elle considère comme une "figure politique mondiale" : "Souvenons-nous de la manière dont il avait alerté le monde sur les dangers de lancer, pour de mauvaises raisons, une guerre au Moyen-Orient, et sur les conséquences que ça aurait, notamment en termes de risques terroristes et de déstabilisation. Il avait une connaissance profonde des affaires internationales, et aujourd'hui, alors que nous essayons de protéger le multilatéralisme, nous sommes un peu les enfants de Jacques Chirac."

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