[scald=222019:sdl_editor_representation]par Oliver Holmes

BEYROUTH (Reuters) - Un enfant de douze ans a vu un de ses camarades prendre une balle en plein coeur. Un autre, âgé de quinze ans, a été détenu dans une cellule avec 150 personnes et brûlé chaque jour avec des mégots de cigarettes.

Les enfants syriens sont peut-être les plus grandes victimes du conflit qui déchire leur pays, le traumatisme psychologique s'ajoutant à la violence physique, souligne l'organisation Save the Children, basée à Londres, dans un rapport publié mercredi.

Selon l'ONG, deux millions de mineurs syriens souffrent de malnutrition, de maladies, de traumatismes et sont exposés aux brutalités et aux mariages forcés, victimes innocentes d'une guerre qui a déjà fait plus de 70.000 morts.

"C'est une guerre dont les femmes et les enfants sont les plus grandes victimes", a dit à Reuters le directeur de Save the Children, Justin Forsyth, à l'occasion d'une visite au Liban, où 340.000 Syriens ont trouvé refuge.

Justin Forsyth a rencontré un enfant de 12 ans dont le meilleur ami a été tué devant une boulangerie. "Son ami a reçu une balle en plein coeur. Au début, il a cru qu'il lui faisait une plaisanterie, parce qu'il ne saignait pas. Il n'a compris qu'il était mort que quand on lui a retiré sa chemise", raconte-t-il.

Le rapport de Save the Children cite une étude de l'université Bahcesehir, en Turquie, réalisée auprès des réfugiés syriens, selon laquelle un enfant sur trois dit avoir reçu des coups ou avoir été la cible de tirs.

Deux-tiers des enfants interrogés disent avoir été séparés de membres de leur famille en raison du conflit et un tiers ont été confrontés à la mort d'au moins un de leurs proches.

"Tous ces enfants vous racontent cela sans émotion apparente, puis vous réalisez qu'il y a des couches et des couches de traumatisme émotionnel", précise Justin Forsyth.

LE VIOL COMME ARME

Les soldats gouvernementaux comme les rebelles ont été accusés de prendre pour cible les civils et de commettre des crimes de guerre. Selon certains réfugiés, les forces du président Bachar al Assad visent délibérément les enfants.

Parmi les enfants qu'il a rencontrés, le directeur de Save the Children se souvient d'un adolescent de 15 ans qui dit avoir été détenu avec environ 150 autres personnes, dont une cinquantaine d'enfants.

"On le sortait chaque jour de la cellule et il était attaché à une roue géante et brûlé avec des cigarettes. Le traumatisme que subit un enfant est terrible."

Le viol est devenu un instrument de punition collective, poursuit Justin Forsyth, déplorant que ces violences soient souvent passées sous silence, en particulier dans un pays conservateur comme la Syrie.

"Dans la plupart des conflits, plus de 50% des victimes de viols sont des enfants. Je suis certain que c'est aussi le cas dans ce conflit."

La peur des violences sexuelles est l'une des raisons les plus souvent invoquées par les réfugiés pour expliquer leur fuite, selon le rapport.

Autre conséquence de ces abus, les mariages arrangés de jeunes filles, parfois dès l'âge de 14 ans.

Des réfugiés syriens au Liban ont expliqué à Justin Forsyth avoir décidé pour cette raison de marier leur fille de 16 ans à un homme âgé.

"La mère m'a dit que sa fille était jolie et qu'à chaque fois que des soldats (syriens) entraient dans sa maison, elle avait peur qu'ils la violent."

Tangi Salaün pour le service français

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