Pour Marine Le Pen c'est un "vrai déclic" : pour la première fois depuis 1995, le Rassemblement national remporte, avec Perpignan, une ville de plus de 100.000 habitants. Mais derrière la vitrine, le bilan est plutôt négatif. La faute au Covid et à une implantation locale encore en chantier.

Le député RN Louis Aliot remporte l'élection municipale à Perpignan, avec 53,09% des voix.
Le député RN Louis Aliot remporte l'élection municipale à Perpignan, avec 53,09% des voix. © Maxppp / GUILLAUME HORCAJUELO/EPA/Newscom

C'est une première depuis Toulon en 1995 : le Rassemblement national remporte la victoire dans l'élection municipale de Perpignan, une ville de plus de 100.000 habitants. Une chose est sure : la vitrine est belle. Perpignan, 120.000 habitants, 300 millions d’euros de budget, 2400 employés municipaux. Et si Louis Aliot décroche la semaine prochaine l’agglomération (ça semble bien parti), il aura les mains libres sur cette plaine du Roussillon, et tentera de se mettre dans les pas de son ami et voisin, Robert Ménard, maire de Béziers. 

Louis Aliot va ainsi quitter l’Assemblée Nationale, et céder son siège de député à sa suppléante, Catherine Pujol (aucun lien de parenté avec son adversaire LR, Jean-Marc Pujol). Dans l’hémicycle, le RN perdra donc un de ses ténors, mais espère gagner à l’échelle nationale un nouvel ambassadeur. 

Deux fois moins de conseillers municipaux qu'en 2014

La vitrine est attrayante, mais une fois passée la porte, la boutique est plus terne, et même à moitié vide. En 2014, Marine Le Pen avait fait élire près de 1500 conseillers municipaux dans 463 communes françaises. Six ans plus tard, elle perd un tiers de ses troupes : près de 1000 sièges dans 297 communes (chiffre du RN). "La qualité plutôt que la quantité", nous expliquait son équipe en début de campagne. Le parti a présenté 30% de listes en moins qu'il y a six ans, faute de relais et de candidats sérieux. "Moins mais mieux", assure la direction du mouvement, qui avait connu en 2015 et 2016 une importante vague de démission de ses conseillers municipaux. Marine Le Pen avait privilégié la stratégie de la "tâche d’huile" autour des villes déjà conquises. "Le Covid est venu tout bouleverser", rappelle un de ses lieutenants. "Nos électeurs ont eu plus peur que la moyenne, ils sont restés chez eux au premier tour, et ce retard est impossible à rattraper." En effet, le parti à la flamme pouvait difficilement espérer mieux que la moisson d’hier soir, au vu des scores du premier tour. Dans la boutique, il y a trois nouveautés :

  • Hénin-Beaumont a maintenant une petite sœur : Bruay-la-Buissière, ancienne cité minière du Pas-de-Calais, ancrée à gauche depuis un siècle. Le député RN, Ludovic Pajot, 26 ans, a réussi à la faire basculer en duel face au maire sortant divers gauche de La Buissière, commune associée. "Très belle performance", se réjouit son voisin, le maire d'Hénin-Beaumont Steeve Briois.
  • Tâche d’huile aussi dans le Vaucluse. Près d’Avignon, à côté du Pontet, déjà conquise en 2014, le RN allié à des militants de droite s’empare de Morières-lès-Avignon, et gagne aussi les petites communes de Bédarides et Mazan (5.000 habitants chacune).
  • A Moissac (12.000 habitants), personne ne l’avait vu venir. À 31 ans, l’ancien assistant parlementaire de Marion Maréchal, Romain Lopez, décroche cette commune du Tarn-et-Garonne avec 62% des voix au second tour.

Défaites à Marseille et Mantes-la-Ville

Le Rassemblement national a donc remporté ces cinq villes en plus, mais il en perd trois parmi celles qui avaient été gagnées en 2014. Le sénateur RN, Stéphane Ravier, a perdu le 7e secteur de Marseille, qui revient aux mains de la droite. Et cette défaite risque de lui coûter son siège au Sénat en septembre. Il essaiera, sans doute, de rebondir en menant la bataille des régionales en Provence Alpes Côte d’Azur. 

Le RN quitte Marseille, et s’efface aussi de l’Île-de-France. Mantes-la-Ville, conquête surprise de 2014, revient à un candidat centriste de la société civile : le front républicain a fonctionné. Et, enfin, la droite reprend la commune du Luc dans le Var. Le parti gérait 11 villes de plus de 9.000 habitants, il en gère 10 désormais.

Au lendemain des européennes, l’an dernier, le RN, premier parti de France, rêvait de faire tomber plusieurs cités. Calais, Lens, Maubeuge et Denain dans les Hauts-de-France, et dans le sud, Carpentras, Vauvert, Tarascon, Brignoles. Il n'en est rien. "Le Covid n’explique pas tout, admet un cadre du parti. Il y a eu trop de parachutages, on a manqué de candidats implantés et connus sur le terrain ».

"Chaque scrutin doit permettre à notre famille politique d’accrocher un mousqueton supplémentaire sur la paroi qui mène au sommet, et le sommet, c’est l’Elysée", clamait en septembre dernier Marine Le Pen. Le mousqueton, ce sera donc Perpignan. "Ailleurs, on manquera de relais pour les départementales et les régionales du mois de mars, se désole un élu du sud. Ce sera compliqué." 

Le Rassemblement National se retrouve, une fois de plus, dans la même situation que La République En Marche. Emmanuel Macron et Marine Le Pen seraient ravis de voir cette étape des régionales et des départementales s’éloigner, après la présidentielle de 2022. L’un et l’autre échapperaient à un nouveau test et à de nouvelles défaites. Ils commenceraient, dès maintenant, leur match favori : la course à l’Elysée.

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