C’est la seule grande ville (de plus de 100.000 habitants) que le RN peut espérer décrocher lors des prochaines élections municipales. Dans la cité catalane, Louis Aliot a déjà gagné son siège de député en 2017, et il brigue la mairie pour la quatrième fois.

Louis Alliot est candidat pour le Rassemblement national aux élections municipales à Perpignan (Pyrénées-Orientales).
Louis Alliot est candidat pour le Rassemblement national aux élections municipales à Perpignan (Pyrénées-Orientales). © AFP / Hans Lucas / JC Milhet

Un puissant socle électoral 

A Perpignan, l’implantation du FN remonte aux années 80. A l’époque, l’ancien résistant et dirigeant de l’OAS, Pierre Sergent, porte la flamme tricolore. Elu député des Pyrénées-Orientales en 1986 (grâce à la proportionnelle), il rassemble déjà 30% des voix au second tour des municipales, en 89. Il a donc participé au travail de "normalisation" du FN dans la cité catalane. Son combat pour l’Algérie française a, aussi, particulièrement touché les nombreux pieds-noirs et anciens combattants installés à Perpignan. 

Le puissant socle électoral du FN s’explique aussi avec les statistiques de l’Insee et du ministère de l’Intérieur. Un quart des habitants sont au chômage, un tiers seulement paie des impôts, et le taux de pauvreté atteignait en 2016 : 32%. Et à cette détresse sociale s’ajoute un sentiment d’insécurité. « Perpignan, ce n’est pas Marseille, une ville où vous avez un meurtre tous les jours, s’exclame le député En Marche et candidat, Romain Grau. Mais les statistiques démontrent que l’incivilité est plus forte ici qu’ailleurs ». 

Ce cocktail offre au RN dès le premier tour un socle de 12.000 électeurs en moyenne (sur 65.000). Au second tour des municipales en 2014, Louis Aliot avait rassemblée 45% des voix, soit 17.500 bulletins (4.000 de moins que le maire sortant LR). Et en 2017, Marine Le Pen avait, elle, réuni 16.800 voix au second tour. « Il en faudra 20.000 pour l’emporter » estime un proche de Louis Aliot. 

Une opposition fragile

Au pouvoir depuis 2009, Jean-Marc Pujol, 70 ans, a « hésité » longtemps à se représenter. « Pour me déterminer, j’ai demandé à ce qu’un sondage soit fait, il a montré que j’étais le seul à pouvoir battre le FN » assure-t-il dans son bureau de l’Hôtel de ville au micro de France Inter. Ce sondage IFOP, réalisé l’été dernier, le donne vainqueur au second tour avec 54% des voix face à Louis Aliot (46%). Un sondage plus récent ne le crédite que de 18% d'intentions de vote au premier tour (Aliot à 26%, EELV-PS à 14.5%, En Marche à 14%, Alternative citoyenne à 13.5%).

« C’est complètement ridicule de se lancer à partir d’un sondage", tacle un de ses concurrents. "Il se fout de Perpignan, s’il perd, le lendemain, il ira jouer au golf à Marrakech". "Il est en bout de course", ajoute Agnès Langevine, la candidate écolo (soutenue par le PS et le PRG). "C’est une dynastie qui a été ouverte par Paul Alduy (en 1959), il n’a plus la pêche pour entraîner Perpignan. Et quand on continue à traiter les habitants comme des clientèles électorales, on ne crée pas de la cohésion sociale. Le score attendu de Louis Aliot est une forme de bilan du maire sortant" assène-t-elle.

Lui se défend, en mettant en avant des finances dans le vert, et une puissante police municipale : "1 agent pour 842 habitants, c’est un record en France. Et je suis prêt à relever les défis de demain, notamment le changement climatique avec la construction d'un tramway".

Parmi les adversaires de Louis Aliot, il y a également l’autre député de Perpignan : le marcheur Romain Grau, ancien adjoint de Jean-Marc Pujol. "Il l’encensait hier et veut maintenant le battre" s’amuse le candidat RN. "Je n’ai qu’un seul objectif : la renaissance de Perpignan" lui répond Romain Grau, qui pourrait être victime d’un contexte national défavorable aux macronistes.

Le 15 mars prochain, les Perpignanais pourront aussi opter pour Caroline Forgues (soutenue par les Insoumis, Génération.s, NPA, PCF), Clotilde Ripoull (sans étiquette), Olivier Amiel (dissident LR) ou Alexandre Bolo (divers droite, ancien collaborateur de Louis Aliot).

"La chance d’Aliot, c’est qu’il est quasiment le seul à incarner la droite" avoue un de ses opposants. "Puisque le maire sortant est monté à Paris voir le patron d’En Marche, Stanislas Guérini, pour nouer un accord (il le dément), et que le dissident LR est trop faible pour le concurrencer"

Un candidat bien installé

La première candidature de Louis Aliot à Perpignan remonte à 2002. Il y a installé un cabinet d’avocat en 2010, et se présente pour la quatrième fois aux élections municipales. 

Il fait parti du paysage, résume une habitante. Ici, on vote Louis, on vote pas FN 

Et d’ailleurs, l’ancien directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen a décidé de ne pas afficher son appartenance politique. Il est officiellement "sans étiquette" avec "une liste d’union locale". "Et sa séparation avec Mme Le Pen participe aussi de cette banalisation", ose le maire Jean-Marc Pujol. "Il joue d’une manière très fine la carte de quelqu’un de fréquentable, sans propos clivant, sans agressivité"

En septembre dernier, Louis Aliot a en effet officialisé sa rupture avec la présidente du RN, et il se présente depuis en ville aux côtés d’une Perpignanaise. Même dans la dernière ligne droite, il n’accueillera pas Marine Le Pen pour un meeting. "Son accent méditerranéen, sa gouaille, son franc-parler jouent aussi pour lui " admet un conseiller municipal LR. "Mais, n’oubliez pas de dire qu’il a été absent à près de la moitié des conseils municipaux" assure son adversaire Clotilde Ripoull.

Louis Aliot attribue son échec en 2014 à son manque de relais dans la sphère économique. "Ils ont eu peur de moi. Cette fois, j’ai été au contact de milieux pas forcément acquis à la cause, j’ai rencontré énormément de patrons de PME, de grandes familles", assure le candidat. "Ma liste va vous surprendre". Il la dévoilera, peu à peu, dans les prochains jours.

L’exemple de Béziers

"Quand Béziers a voté _Ménard_, tout le monde s’est mis la main sur la tête, oh la la qu’est ce qu’il va arriver ! Et maintenant qu’ils ont Ménard depuis 6 ans, tout le monde applaudit et dit « vivement que ça continue !" se réjouit Louis Aliot. Son ami est devenu son modèle. Robert Ménard a, en effet, de grandes chances d’être réélu. 

Il est donc devenu un argument de campagne, présent lors de l’inauguration de sa permanence en octobre dernier. Il reviendra soutenir Louis Aliot dans cette campagne. 100 kilomètres séparent Béziers de Perpignan. C’est la stratégie de la "tâche d’huile" que le RN compte aussi utiliser dans le bassin minier du Nord Pas-de-Calais et autour de Fréjus, Beaucaire, Hayange. Le parti de Marine Le Pen compte gagner des municipalités autour de ces conquêtes de 2014, ailleurs il manque de relais.

Tout ne sera peut-être pas si simple

Y aura-t-il un front républicain ? Même son ancien assistant parlementaire, Alexandre Bolo, assure qu'il n’appelera pas à voter pour lui. "Je m’attends à un duel", reconnaît Louis Aliot, "parce que je n’ai aucune confiance en ces candidats, ils s’insultent, se querellent, mais ils ont été les adjoints des uns des autres, et au final, tout ce beau monde se réunira pour tenter de sauver le système". En effet, Jean-Marc Pujol, Agnès Langevine et Romain Grau assurent qu’ils "prendront leurs responsabilités dans l’entre-deux-tours". "Attention, la ficelle du vote utile est usée, les électeurs ne voteront pas sur la peur mais sur un projet" répond Caroline Forgues, candidate soutenue entre autres par le PCF et les Insoumis. "En cas de triangulaire ou de quadrangulaire, c’est gagné pour Aliot"» admet un dirigeant d’En Marche. En 2014, les socialistes, arrivés troisième, s’étaient désistés au profit du maire sortant. 

L'élection se fera sous les projecteurs.  En ce moment, tous les médias nationaux défilent à Perpignan. Et le rythme risque de s’intensifier à l’approche du scrutin. Louis Aliot multiplie, lui, les interviews à Paris. Ses adversaires espèrent que cette nationalisation peut limiter l’abstention, et faire oublier les efforts de "banalisation" du candidat RN. Dans l’entre-deux-tours, l’hypothèse d’un déplacement du Premier ministre est évoquée. "C’est à double tranchant" souligne un marcheur. En 2017, Edouard Philippe était venu soutenir à Aigues-Mortes la candidate En Marche qui affrontait Gilbert Collard au second tour des législatives. Et le célèbre avocat a été réélu député avec 123 voix d’avance. "Laissez Perpignan aux Perpignanais" conclut Caroline Forgues, à la tête de la liste "L’Alternative citoyenne".

NDLR : Nos confrères de France Bleu Roussillon proposent chaque semaine jusqu'à l'élection l'interview d'un candidat dans leur matinale, et une chronique complète "demandez le programme" tous les lundis. Nous nous sommes volontairement concentrés ici sur le match politique à dimension nationale.

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