Au terme d’un sommet qui s’est tenu jeudi à Bruxelles (Belgique), l’Union Européenne a accordé un délai au Royaume-Uni pour le Brexit. Les Britanniques ont jusqu’au 22 mai, en cas de “oui” à l’accord pour le parlement national. France Inter était dans les coulisses de ce sommet, aux côtés d'Emmanuel Macron.

Le président français, Emmanuel Macron, lors du sommet européen sur le Brexit à Bruxelles, le 21 mars 2019.
Le président français, Emmanuel Macron, lors du sommet européen sur le Brexit à Bruxelles, le 21 mars 2019. © Maxppp / Stefan Rousseau

Dans l’avion qui le mène à Bruxelles, Emmanuel Macron lâche d’emblée : “J’aime bien ces moments où il faut décider”. Encore un sommet de crise ? “Non, ce n’est pas une crise de l’Europe, mais une crise démocratique britannique”, répond-il. “Il y a une incapacité du parlement britannique à mettre en œuvre une décision du peuple britannique”. À savoir une sortie de l’Union européenne du Royaume-Uni alors que la date butoir était prévue le 29 mars.

L’objectif français dans ce sommet : préserver d’une part le respect du vote britannique et d’autre part le bon fonctionnement de l’Union. “On ne peut pas avoir une Europe paralysée”, explique-t-il. Le risque en ce moment à ses yeux, pour nombre de ses partenaires européens, c’est l’immobilisme et la peur de faire des choix

“Pour ne jamais choisir, ne jamais avoir à décider, acceptons l’extension la plus longue”

Ce choix-là, le Président français le refuse. Il appelle ça “l’aboulie (trouble psychique qui se caractérise par une absence ou une diminution de la volonté, NDLR), la maladie grave de cette Europe. On en meurt”.

Rencontre avec Angela Merkel, l'affaire Benalla dans un coin de la tête

Le Président arrive avec près d’une heure de retard à Bruxelles. À midi, au moment du départ du palais de l’Élysée, tombe l’information selon laquelle le bureau du Sénat a décidé de saisir la justice, non seulement du cas d’Alexandre Benalla mais aussi de ceux de trois hauts responsables de la présidence. Raison de son retard ? Dans l’avion, il n’en dira pas un mot.

Avant l’ouverture du sommet, le chef de l’État a trois réunions bilatérales prévues avec Mark Rutte, le premier ministre néerlandais, Theresa May et Angela Merkel. Il ne peut honorer que celle avec la chancelière allemande, qui durera 20 minutes dans un petit bureau exigu – “on était serré les uns contre les autres” raconte un participant –, au quatrième étage, la chancelière servant même le café à ses hôtes. “C’est la règle avec Merkel”, raconte un diplomate français. “Nous nous concertons avec elle pour bien faire attention à ce que nos messages soient coordonnés. Ainsi, on ne prend jamais l’autre pays par surprise”. 

Emmanuel Macron et Angela Merkel prennent ensuite ensemble l’ascenseur, pour se rendre côte à côte au sommet, quatre étages en dessous, où les attendent déjà leurs homologues. Une image forte, celle de l’axe franco-allemand qui “reste central, glisse un conseiller de l’Elysée. Message envoyé aux partenaires. 

Retour à pied à l'hôtel et une bière avec les premiers ministres belge et luxembourgeois

Les portes se referment. Seuls “les chefs” restent en conclave. Les ministres, les conseillers sont exclus de la salle du conseil. Tout doit rester confidentiel. Du moins pour un temps. “Toutes les demi-heures nous recevons des synthèses des différentes interventions”, précise un diplomate de l’Élysée, au moment où son téléphone vibre. “Ah, le président m’informe que Theresa May a pris la parole”. Dans ce monde de l’ultra secret, les SMS et les messageries type Telegram, dont Emmanuel Macron est féru, résistent. 

La session Brexit s’est éternisée. Après son intervention, Theresa May a dû quitter la salle pour permettre aux 27, surnommé “format article 50” (les 28 moins le Royaume-Uni) de débattre. Elle patientera pendant des heures dans un bureau au 7e étage de l’immeuble, en attendant que ses futurs ex-partenaires decident de son sort. Bien après 19 heures, des pays tentent de réclamer un nouveau sommet la semaine prochaine pour permettre à la première ministre britannique d’organiser un nouveau vote. “Inutile” tente de justifier Emmanuel Macron. Côté français, on explique cette prise de position de certains partenaires (les Polonais en tête) comme une volonté “de ne pas décider aujourd’hui”. 

Parfois, le soir après le dîner, Emmanuel Macron a pris l’habitude de rentrer à pied à son hôtel. Il va boire des bières avec les premiers ministres belge Charles Michels et luxembourgeois Xavier Bettel. “Ça leur permet de décompresser après des heures enfermées et de rire lorsque bettel imite tous ses homologues européens”, raconte la ministre aux affaires européennes Nathalie Loiseau. La nuit dernière, c’est avec Angela Merkel qu’ils ont terminé la soirée. 

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