François Hollande expliquait que "le terrorisme cherche à nous diviser, à nous opposer" et qu'il fallait donc faire front ensemble. Nice aura visiblement été l'attentat de trop.

L'attentat de Nice aura marqué une rupture, une fracture dans le pays
L'attentat de Nice aura marqué une rupture, une fracture dans le pays © Maxppp / Cyril Dodergny

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On a longtemps pensé que l’attentat contre Charlie Hebdo représenterait pour la société française un marqueur indélébile, un "avant-après" censé nous rappeler que l’union nationale nous rend plus forts. Cette utopie aura été complètement balayée par l’attentat de Nice et l'union nationale a laissé place à la discorde politique totale en seulement quelques heures.

Dans les jours qui ont suivi l'attentat du Bataclan, le chef de l'Etat avait été salué pour son intervention devant le Congrès à Versailles. Une partie de la droite avait même été vivement critiquée pour avoir écorné l'unité nationale, le mardi à l'Assemblée. Après Nice, le Premier ministre est sifflé lors de l'hommage rendu aux victimes sur la promenade des Anglais, le gouvernement est accusé de ne pas avoir mis sur pied un dispositif de sécurité suffisant le 14 juillet, voire d'avoir menti sur le sujet. François Hollande lui même est attaqué sur son incapacité supposée à lutter contre le terrorisme. Il serait le président qui compatit au lieu d'agir.

15 juillet : l'unité nationale vole en éclat

Dès le lendemain matin de l’attentat, Christian Estrosi, ex-maire de Nice et président de la région PACA ouvre les hostilités sur deux fronts à la fois. Celui plus local du nombre de forces de l’ordre présentes à Nice : "Combien de policiers nationaux étaient en poste et quels sont les moyens qui avaient été mis en œuvre, alors que notre pays est encore en état d'urgence, pour éviter cela ?" Et celui plus vaste des leçons à retenir des précédents drames qu’a connu le pays. "Après Charlie Hebdo, on a oublié et on a eu le Bataclan. Après le Bataclan, on a oublié et on a eu Bruxelles. Après Bruxelles, on a oublié et on a Nice. Alors il y a des questions auxquelles il faudra répondre. […]"

Une question, ou plutôt, une accusation reprise par toute l’opposition et d’abord par le Front national pour qui le gouvernement n'a rien fait pour éviter que les attentats recommencent : "Il faut que la naïveté, parfois la complaisance, face au fondamentalisme islamiste, face à cette barbarie, cesse et qu'on prenne des mesures urgemment".

Un procès en paralysie qu’ouvrent également Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. Pour ce dernier "Si tous les moyens avaient été pris, le drame n'aurait pas eu lieu. Bien sûr qu'il faut faire plus, qu'il faut faire mieux. D'abord en ce qui concerne nos services de renseignement".

Pour le Président de Les Républicains : "On ne va pas revenir tous les six mois pour pleurer des victimes, ce n'est pas possible […] un moment où il va falloir dire les choses pour les faire". Nicolas Sarkozy va encore plus loin, alors qu'il est l'invité du 20h de TF1 trois jours après l'attentat.

"Je veux dire que tout ce qui aurait dû être fait depuis 18 mois ne l'as pas été"

"Unité" et "rassemblement" crient dans le vide François Hollande et Manuel Valls

Trois jours après, l'attentat, ce sont trois membres du gouvernement qui s'expriment dans la cour de l'Elysée. Jean Yves Le Drian, Bernard Cazeneuve et Stéphane Le Foll transmettent le message de François Hollande : "le président a rappelé que dans ce moments ce qu’il veut c’est rappeler la nécessite de la cohésion. La France doit rester un grand pays du vivre ensemble".

Le 18 juillet, à l'issue du conseil de défense, Bernard Cazeneuve rapporte les propos de François Hollande : "Le président de la République a rappelé le deuil auquel le pays est confronté, a évoqué l'immense chagrin des Français, et, face à cette, situation a rappelé l'obligation de recueillement, de rassemblement du pays, mais, aussi, pour ceux qui ont une parole publique, l'obligation de dignité et de vérité".

Le président a beau refuser d'entrer dans la polémique et tenter de jouer son rôle de rassembleur : "c'est ma responsabilité ne pas me laisser détourner de l'engagement que j'ai pris au nom des Français de les protéger. Ne pas m'abaisser à n'importe quel excès", c'’est visiblement trop tard.

A Nice, la parole raciste se libère. Certes, Marion Maréchal-Le Pen avait réuni 45,22 % des votes au second tour en Provence-Alpes-Côte d’Azur, mais ça n’explique pas tout.

François Hollande : "Que cherche le terrorisme? Il cherche à nous diviser, à nous séparer, à nous opposer, à susciter la haine, la suspicion, la querelle, la vindicte"

Lors de son déplacement à Lisbonne, cinq jours après Nice, François Hollande demandera : « Est-ce que nous serons capables d’être ensemble, unis, forts ? Ou est-ce que nous allons connaître la discorde, la désunion et la dislocation ? »

Depuis, nous connaissons la réponse.

Les attentats qui ont ciblé la France ces derniers mois
Les attentats qui ont ciblé la France ces derniers mois © AFP / Sabrina Blanchard
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